‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 224 sur 240 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CLÉOPATRE

lîiNFiN, grâces aux dieux, j'ai moins d*un ennemi : '

La niort de Séleucus m'a vengée à demi ;

Son ombre, en attendant Rodogune et son firère,

Peut déjà de ma part ks promettre à son père : *

Ils le suivront de près , et j'ai tout préparé

Pour réunir bientôt ce que j'ai séparé.

' n n*eftt point de serpent , ni de monstre odienx , Qni, par Tart imité , ne puisse plaire aux yeux.

H &ut bien que cela soit ainsi ,* puisque le public écoute encore, non sans plaisir, ce monologue. Je ne puis trahir ma pensée jusqu'à déguiser la peine qu'il me fait : je trouve surtout cette exclamation , grdceê aux dieux , aussi déplacée qu'horrible. Grâces aux dieux. Je vtena d'égorger monftU, de qui je n'àvoia nul sujet de me plaindre: mais enfin je conçois que cette détestable fermeté de Cléopâtre peut attacher , et surtout qu'on est très curieux de savoir comment Cléopâtre réussira ou succombera ; c'est là ce qui fait , à mon avis , le grand mérite de cette pièce.

* De ma part, est une expression familière; mais, ainsi placée, elle devient fière et tragique : c'est là le grand art de la diction. Il serait à souhaiter que Corneille l'eût employé souvent; mais il serait à souhaiter aussi que la rage de Cléopâtre pût avoir quelque excuse au moins apparente.

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