ACTE V, SCÈNE I. 38i
toi , qui n'attends plus que la cérémonie Pour jeter à mes pieds ma rivale punie.
Et par qui deux amants vont d un seful <5oup du sort Recevoir l'hyménée , et le trône et la mort ; Poison , me sauras-^tu rendre mon diadème? * Le fer m'a bien servie , en feras-tu de même ? Me seras-tu fidèle ? Et toi , que me veux^ta, * Ridicule retour d'une sotte vertu, Tendresse dangereuse autant comme iiyipbrtune?' Je ne veux point pour fils l'époux de Rodogunie> Et ne vois plus en lui les restes de mon sang. S'il m'arrache du trône, et la met en mon rang.
Reste du sang ingrat d'un époux infidèle.
Héritier d'une flamme envers moi criminelle.
Aime mon ennemie , et péris comme lui.
Pour la faire tomber j'abattrai son appui :
Aussi-bien sous mes pas c'est creuser un abîme
1 TaToue encore qne je n'aime point cette apostrophe slu poison: on ne parle point à nn poison ; c'est une déclamation de rhéteur :
^ une reine ne s'ayise guère de prodiguer ces figures recherchées. Vous De trouverez po^nt de ces apostrophes dans Racine. *
* Et toi , que me yenx-tn y
Bidicitle retour d'une sotte vertu ?
n'est pas de même ; rien n'est plus bas , ni même plus mal placé : Cléopâtre n'a point de vertu ; son âme exécrable n'a pas hésité un instant. Ce mot sotie doit être évité.
^ AuUmt comme n'est pas français ; on l'a déjà observé ailleurs.
^Monime, dans MMnViSeite / apostrophe le bandeau royal, dont elle Voulait faire un instrument de mort, et qui a mal servi '«on désespoir :
Et toi , fatal tissa, malheurenx diadème , etc.
Que retenir ma maia sur la mottié du crime ;
Et, te faisant mon roi, c'est trop me négliger,
Que te laisser sur moi père et frère à venger.
Qui se venge à demi court lui-mâme à sa peine : j
Il faut ou condamner oa couronner sa haine. *■ \
Dut le peuple en iureur pour ses maîtres nouveaux |
De mon sang odieux arroser leurs tombeaux ,* I
Dut le Parthe vengeur me trouver sans dëfensé.
Dût le ciel ëgaler le supplice à l'offense ,
Trône, à t'abandonner je ne puis consentir;
Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir;
Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange. *
Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge ! '
J'en recevrai le coup d'un visage remis :
Il est doux de périr après ses ennemis ;
Et, de quelque rigueur que le destin me traite ,
Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette.
> Ces sentences au moins doivent être claires et fortes ; mais ici le mot de hcUne est faible , et couronner sa haine ne donne pas une idée nette.
• Jl vaut mieux mériler, etc. Il est bien plos étrange qu'un vers si oiseux et si faible se trouve entre deux vers si beaux et si forts. Plaignons la stérilité de nos rimes dans le genre noble : nous n'en avons qu'un très petit nombre , et l'embarras de trouver une rime convenable fait souvent beaucoup de tort au génie; mais aussi, quand cette difficulté est toujours surmontée , le génie alon brille dans toute sa perfection.
3 On sait bien que le ciel ne peut tomber sur une personne ; mais cette idée, quoique très fausse, était reçue du vulgaire ; elle exprime toute la fureur de Cléopâtre , elle fiiit firénùr.