ACTE I, SCÈNE I
Chacun sur ce départ forma sa coh jecture ; Tous s'entre-regardoient , étonnés , ébahis : L'un disoity « Il est jeune ^ il veut voir le pays n; L'autre, « Il s'est allé battre, il a quelque qua:*ellQ »j L'autre d'une autre idée embrouilloit'sa cervelle; Et tel vous soupçonnoit de quelque guérison D'un mal privilégié dont je tairai le nom. ' . Pour moi, j'écoutois tout , et mis dans mon caprice ^ Qu'on ne devlnoit rien que par votre artifice. Ainsi ce qui chez eux prenoit plus de crédit M'étoit aussi suspect que si vous l'eussies dit ; . ) £t, tout simple et doucet, sans. chercher* de finesse, Attendant le boiteux, je consolois Lucrèce. ^ î »
' Il faut plaindre un siècle où l'on présentait sur le théâtre de ces idées qui font rougir. De plus , .privilégié doit êtrer de cinq syllabes , et Corneille le fait de quatre. "» i • : •> • ' '
* Je mia dans mon caprice ne peut signifier^ /ejnia doorma tête, dans ma fantaisie t dans mon itnagination ^ dans mon esprit.: on n'a pas le caprice comme on a une faculté de râfue ; on peut bien avoir un caprice dans son idée , mais on n'a' point une idée dans son caprice.
? Ancienne façon de' parler qui signifie lé temps , parce que les anciens figuraient le temps sous' l'emiblérae d'un vieillard boiteux qui avait des ailes , pour faire voir que le mal arrive, trop vite , et| le bien trop lentement.
Nous ne remarquerons pas dans cette pièce toutes les fautes de langage ; elles sont en très grand nombre : mais c^é^t sjssèz d'avertir qu'en général il ne faut pas imiter le style de. cet 'ouyjraga^, trop n{gligé. n me semble que la meilleure manière de s'instruire est d'observer soigneusement les fautes des bons écrits , parce qu'elles pour* raient être d'un exemple dangereux , et de remarquer lés 'beàud^a des pièces moins heureuses , parce que d'ordiutiixe ces betubtés sont perdues. ,
i8 LA SUITE DU MENTEUR.
DORANTE
Je Faimois^ je te jure; et, pour la posséder, Mon amour mille fois voulut tout hasarder :
Mais quand j'eus bien pensé que j'allois à mon âge Au sortir de Poitiers entrer au mariage , Que j'eus considéré ces chaînes de plus près , Son visage à ce prix n'eut plus pour moi d'attraits : L'horreur d'un tel lien m'en fit de la maîtresse j Je crus qu'il falloit mieux employer ma jeunesse , Et que , quelques appas qui pussent me ravir, C'étoit mal en user que sitôt m'asservir.
Je combats toutefois ; mais le temps qui s'avance Me fait précipiter en Cette extravagance ; Et la tentation de tant d'argent touché M'achève de pousser où j'étois trop penché.
Que l'argent est commode à faire une folie !
L'argent me fait résoudre à courir l'Italie : Jé'pdrs de nuit en poste , et d'un soin diligent Jç quitte la maîtresse , et j'emporte l'argent.
Mais, dis-moi, que fit-elle? et que dit lors son père? Le ipien, ou je me trompe, étpit fort en colçre ?
CLITON
Ifàbôrd'dei^yart et d'autre on vous attend sans bruit ; Un jour se passe , deux , trois, quatre , cinq, six, huit; .Enfin, n'espérant plus, on éclate, on foudroie : Lucrèce par dépit témoigne de la joie , Chante, danse, discourt , rit; mais, sur mon honneur. Elle en.ragéoijt, monsieur, dans l'âme, et de bon cpeur. iCe grand brukâ'aocomnK»de , et , pour plâtrer l'aifaipe , La pauvre délaissée épouse votre père ,
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