ACTE I, SCÈNE I. i
Parce qile je les tiens d une main ennemie , ' Et leur plu$ doux appât qu'un excès de rigueur Parce que pour échange on veut avoir mon cœur. On perd temps toutefois; ce cœur n'est point à vendre.* Marcelle^ en vain par là tu crois gagner un gendre ; Ta Flavie à mes yeux feit toujours même horreur- Ton frère Marcellin peut tout sur l'empereur. Mon père est ton époux , et tu peux sur son âme Ce que sur un mari doit pouvoir une femme :
Va plus outre '^; et^ par zèle ou par dextérité , Joins le vouloir des dieux à leur autorité; ^ Assemble leur faveur , assemble leur colère : * Pour aimer je n'écoute empereur, dieux, ni père ; Et je la trouverois un objet odieux Des mains de l'empereur, et d'un père et des dieux.
CLÉOBULE
Quoique pour vous Marcelle ait le nom de marâtre , Considérez, seigneur, qu'elle vous idolâtre; Voyez d'un œil plus sain ce que vous lui devez ,
* Parce que est une con joacUoi^ dpre à l'oreille , et traînante en ▼ers, il faut toujours l'éviter ; mais quand il est répété > il deyient intolérable. On pardonne toutes ces fautes dans des ouvrages remplis de beautés , comme les précédons.
» Ou peut dire dans le siyle noble , vendre son 9ang , vendre son honneur à la fortune ; mais un cœur à vendre est bas.
3 Terme autrefois familier , et <^ui n'est plus français.
4 Pourquoi le vouloir des dieux ? Cet hymen n'est point ordonnil par un oracle ; le^ dieux sept ici de trop : le vouloir n'est plus d'usage.
^ n faudrait leurs faveurs au pluriel , parce qu'on ne peut assein* bler une seule chose.
i44 THÉODORE.
Les biens et les txpnneurs qu'elle vous a sauviSâ«
Quand Diodétianfut maître de l'empire....
PB ACIDE
Mou père étoit perdu , c'est ce ^e tu veux dire.
Sitôt qu'à son parti le bonheur eut manqué ,
Sa tête fut proscrite , et son bien confisqué ; *
On vit à Marcellin sa dépouille donnée :
Il sut la racheter par ce triste hyménée ; ;
Et y forçant son grand cœur à ce honteux lien.
Lui-même il se livra pour rançon de son bien.
Dès-lors on asservit jusques à mon enfance ;
De Fia vie avec moi l'on conclut, l'alliance ;
Et depuis ce moment Marcelle a feiit chez nous
Un destin que tout autre auroit trouvé fort doux. *
La dignité du fils, comme celle du père.
Descend du haut pouvoir que lui donne ce frère ;
Mais, à la regarder de l'œil dont je la voi ,
Ce n'est qu'un joug pompeux qu'on veut jeter sur moi*
On élève chez nous un trône pour sa fille ;
On y sème l'éclat dont on veut qu'elle brille ;
Et dans tous ces honneurs je ne vois en effet
Qu'un in£îme dépôt des présents qu'on lui fait.
CLÉOBULZ.
S'ils ne sont qu'un dépôt du bien qu'on lui veut faire^
' Toutes ces expressions sont faibles , prosaïques et rampantes.
• Style bas et négUgé de la comédie. En voilà assez sur le style de la pièce , dont les fautes ne sont rachetées par aucun morceau su' blime ; nous nous contenterons de remsirqaer les endroits moins faibles que les autres. 11 est étrange que Corneille ait sçnti le.vkede son sujet , et qu'il n*ait pas senti le vice de sa diction.