‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 94 sur 240 · MARCELLE, THÉODORE, STÉPHANIE · texte numérisé non relu

MARCELLE, THÉODORE, STÉPHANIE

MAR^CELLE

Ne vous offensez pas , objet rare et cbartnam,

Si ma haine avec lui traite un peu rudem^t.

Ce n'est poim avec vous que je la dissimule :

Je chéris Théodore , et je hais Cléobule 5

Et, par un pur effet du bien que je vous veut ,

Je ne puis voir ici ce parent dangereuit.

Je sais que pour Placide il vous fait tout facile ,

Qu'en sa grandeur nouvelle il vous peint un asile.

Et tache à vous porter jmqu'à làr vanité

D'espérer me braver avec impmlilé;

Je. n'ignore nim plus que* rotré âme pki$ sain^,

Connoissant son devoir, ou redoutant ma haine,

Rejette ses conseils, en dédaigne le prix.

Et fait de ces grandeur^ un généreux mépris. '

Mais comme avec lé temps il ponrroit vous séduire ,

Et vous, changeant d'humeur, me forcer à vous nuire^

J'ai voulu vous parler , pour vous mieux avertir

Qu'il seroit malaisé de vous en garantir ;

i68 THÉODORE.

Que si ce qu'est Placide enfloit votre courage^ Je puis en un moment renverser mon ouvrage > Abattre sa fortune , et détruire avec lui Quiconque m'oseroit opposer son appui»

Gardez donc d'aspirer au rang où je l'élève.

Qui commence le mieux ne fait rien s'il n^achève. Ne servez point d'obstacle à ce xjue j'en prétends; N'acquérez point ma haine en perdant votre temps. Croyez que me tromper, c'est vous tromper vous-même 5 Et si vous vous aim^z,' souffrez que je vous aime.

THEODORE

Je n'ai point vu, madame, encor jusqu'à ce jour Avec tant de menace expliquer tant d'amour , Et, peu faite à l'honneur de pareilles visites , J'aurois liçu^ de douter de ce quevoixs me' dîtes; Mais soit que ce' puisse être ou feinte , où vérité , Je veux, bien vous répondre avec sincérité. . ■ ^

Quoique vous me jugiez l'âme basse et timide , Je croirois sans faillir pouvoir aiiner.Plaoide ; Et si sa passion avoit pu me toudïer, • • J'aurois assez de îoceur pour a^ le point oacher. Cette haute puissati^eè à ses vertus rendue . L'égale .presque aux tins dont je suis descendue; . Et si Borne et, le temps m'en ont ôté le rang. Il m'en dempure encor le courage, et le «sang. Dans mon sort ravalé je sais vivre en princesse ; Je fuis l'ambition , mais je hms la foiblesse : . ' ^ !Et comme ses grandeinrs ne jpeuvènt m'^çiiratiler , L'épouvante jamais ne me fera parler..

Je l'estime beaucoup , mai^ e^u vain i^ soupire j "

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