ACTE II, SCÈNE IV
Quand même sur ma tête il feroit choir l'empire , Vous me verriez répondre à cette iUustre ardeur Avec la même estime et la même froideur.
Sortez d'inquiétude , et m'obligez de croire Que la gloire où j'aspire est tout une autre gloire , Et que , sans m'éblouir de cet ëclât nouveau^ Plutôt que dans son lit j'entrerois au tombeau. '
MARGELLE
Je vous crois : mais souvent l'amour brule sans luire ;
Dans un profond secret il aime à se conduire ;
Et voyant Cléobule aller tant et venir,
Entretenir Placide, et vous entretenir.
Je sens toujours dans l'âme un reste de scrupule, *
Que je blâme moi-mèoie et tiens pour ridicule.
Mais mon: cœur soupçonneux ne s'en peut, départir.
Vous avez deux moyens de l'en faire sortir ;
Épousez ou Didyme, ou Cléante, ou quelque autre.
Ne m'importe pas qui, mon choix suivra le vôtre ,
Et je le comblerai de tant de dignités,
Que peut-être il vaudra ce que vous me quittez;
Ou, si vous ne pouvez sitôt vous y résoudre,
Jurez"4noi par ce Dieu qui porte en main la foudre.
Et dont tout l'univers doit craindre le courroux ,
» On retrouve dans quelques vers de cette scène l'auteur des beaux morceaux de Pofyeucte ; mais une fille de qualité qui veut mourir vierge est fort bonne pour le couvent, et fort mauvaise pour )e théâtre.
Au reste , V amour qui brûle sans luire , Cléobule qu'on voit aller tant et venir , un reste de scrupule que Marcelle tient pour ridicule , sont des façons de parler si basses , si choquantes , qu'elles dégoûtoraient tout lecteur , ^nand même la pièce serait bien iàite.
Que Placâde jamais ne sera votre époux.
Je lui fais pour Fkvie offrir un sacrifice :
Peut-être que vos vœux le rendront plus propice ; Venez les joindre aux miens , et le prendre à témoin.
THÉODORE
Je veux vous satisfaire ; et^ sans aller si loin^
J'atteste ici le Dieu qui lance le tonnerre ,
Ce monarque absolu du ciel et de la terre ,
Et dont tout Tunivers doit craindre le courroux^
Que Placide jamais ne sera mon époux.
En est-ce assez ^ madame? étei»-vous satisfaite?
MARCELLE
Ce serment à peu près est ce que je souhaite ; Mais^ pour vous dire tout^ la sainteté des lieux ^ Le respect des autels > la présence des dieux , Le rendaiit et plus saint et plus inviolable , Me le pourroient aussi rendre bien plus croyable.
THÉODORE
V Le Dieu que j'ai juré connoît tout, entend tout ; Il remplit l'univers de l'un à l'autre bout; Sa grandeur est sans borne ainsi que sans exemple ; Il n'est pas moins ici qu'au milieu de son temple; Et ne m'entend pas mieux dans son temple qii'id.
MARCELLE
S'il vous entend partout, je vous entends aussi : On ne m'éblouit point d'une mauvaise ruse ; Suivez-moi dans le temple, et tôt, et sans excuse.
Votre cœur soupçonneux ne m'y croiroit non plus, ^t je vous y ferois des serments superflus.