ACTE II, SCÈNE IV
MARGELLE
Vous désobéissez?
THÉODORE
Je crois vous satisfaire.
MARGELLE
Suivez^ suivez mes pas.
THEODORE
Ce seroit vous déplaire ; Vos desseins d'autant plus en seroient reculés; Ma désobéissance est ce que vous voulez.
MARGELLE
Il faut de deux raisons que Ypne vous retienne ; Ou vous aimez Placide^ ou vous êtes chrétienne.
THÉODORE
Oui, je le suis, madani<e, et le tiens à plus d'heur Qu'un autre ne tiendroit tome votre grandeur. Je vois qu'on vous l'a dit, ne cherchez plus de ruse; J'avoue et hautement, et tôt, et sans excuse. Armez-vous à ma perte, éclatez, vengez-vous; Par ma mort à Flavie assurez un époux; Et noyez dans ce sang, dont vous êtes avide , Et le mal qui la tue, et l'amour de Placide.
MARGELLE
Oui, pour vous en punir je n'épargnerai rien; Et l'intérêt des dieux assurera le mien.
THÉODORE
Le vôtre en mêîne temps assurera ma gloire ; Triomphant de ma vie, il fera ma Wctoire , Mais si grande , si haute , et si pleine d'appas , Qu'à ce prix j'aimerois les phis cruels trépas.
172 THÉODORE
MARCELLE
De cette illusion soyez persuadée ;
Périssant à mes yeux^ triomphez en idée ;
Goûtez d'un autre monde à loisir les appas.
Et devenez heureuse où je ne serai pas :
Je n'en suis point jalouse , et toute ma puissance
Vous veut bien d'un tel heur hâter la jouissance ;
Mais gardez de pâlir et de vous étonner
A l'aspect du chemin qui vous y doit mener.
THEODORE
La mort n'a que douceur pour une âme chrétienne.
MARCELLE
Votre félicité va donc &ire la mienne.
THEODORE
Votre haine est trop lente à me la procurer.
MARCELLE
Vous n'aurez pas long-temps sujet d'en murmurer. Allez trouver Valens, allez , ma Stéphanie :
Mais demeurez , il vient. *
> L'auteur dit avec une candeur digne de lui , ^'une femme sans grande passion ne pouvait faire un grand effet : on ne peut aans doute s'intéresser à elle ; mais on s'intéresse beaucoup moins à Marcelle : son caractère indigne , et son ton ironique et insultant dé-*
goûtent.