PSAUME CXLII
Domine , cxaudi orationem meam.
JliXAucE-MOi y Seigneur, suivant ta vérité :
Il est temps que ta fureur cesse; Exerce ta justice à remplir ta promesse , Ou ta justice aura trop de sévérité.
Ne demande point compte , ou souffre à ta pitié
Que ce soit elle qui l'entende :
S'il faut qu'à la rigueur chacun de nous le rende , Qui pourra devant toi se vofa* justifié?
Ne te suffit-il point qu'un ennemi cruel
Persécute ma triste vie, Que l'opprobre en tout lieu me suive et m'humilie , Que je sois du mépris l'objet continuel ?
Cette obscure demeiure où je me tiens caché Comme si j'étois mort au monde,
DE P. CORNEILLE. 38i
Ma noire inquiétude , et ma douleur profonde ,
Mes troubles, mes sanglots, ne t'ont^ils point touché?
Je rappelle en mon cœur le souvenir des jours
Où tu faisois tant de merveilles ; Je rappelle à mes yeux tant d'oeuvres sans pareilles , Tant de soins amoureux, et tant de prompts secours.
J'élève à tous moments mes foibles mains vers toi ^
Et jamais la campagne aride Ne fut des eaux du ciel si justement avide Que lest- tout mon esprit des bontés de mon Roi.
Hâtez-vous, 6 mon Dieu! hâtez- vous. Roi des rois:
Je suis sur le bord de la tombe ; Pour peu que vous tardiez, c'en est fait, je succombe, Et l'haleine me manque aussi-bien que la voix.
De mes jours presque éteints rallumez le jQbunbeau ,
Chassez la mort qui les menace ; En l'état où je suis, détourner votre £ace, C'est achever ma perte , et m'ouvrir le tombeau.
Montrez dès ce moment comme votre courroux
Cède à votre miséricorde ; Montrez comme au besoin votre bonté l'accorde Aux âmes dont l'espoir ne s'attache qu'à vous.
Daignez faire encor plus ; montrez-moi le sentier
Qu'à me rétablir je dois suivre :
C'est de vous que j'attends la force de revivre , Moi, qui dans tout mon corps ne vois plus rien d'entier.
Arrachez-moi des mains qui m'ont persécuté ; J'ai mis en vous tout mon refiige :
Vous êtes mon Dieu seul, et serez mon seul juge; Réglez mes actions sur votre volonté.
Vous porterez plus loin vos célestes faveurs,
Votre Esprit saint sera mon guide ; Et, me rendant ce trône où votre nom préside. Vous y ranimerez mes premières ferveurs.
Vous passerez l'effet que je me suis promis ;
Et, m ayant tiré de misère, Vous la renverserez sur le parti contraire ; Et vos bontés pour moi perdront mes ennemis.
Oui, vous disperserez tous mes persécuteurs,
Vous vous en montrerez le maître , Et leur ferez à tous hautement reconnoître A quel point votre bras soutient vos serviteurs.