‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 4 sur 123 · A }IL. DE SAINT-ÉVREMOND · texte numérisé non relu

A }IL. DE SAINT-ÉVREMOND

POUR LE REMERCIER DES LOUANGES QU'iL LUI AYOIT DONNEES DANS LA DISSERTATION SUR L ALEXANDRE DE RACINE. '

Monsieur^

L*OBLiGATiON que je vous ai est d une nature à ne pouvoir jamais vous en remercier dignement ; et dans la confusion où je suis , je m'obstinerois encore dans le silence, si je n avois peur qu il ne passât auprès de vous pour ingratitude. Bien que les suffrages de l'importance du vôtre nous doivent toujours être très précieux, il y a des conjonctures qui en augmentent infiniment le prix. Vous m'honorez de votre estime en un temps où il semble qu il y ait un parti fait pour ne m'en laisser aucune. Vous me soutenez, quand on se persuade qu'on m'a battu; et vous me consolez glorieusement de la délicatesse de notre siècle, quand vous daignez m'attribuer le bon goût de l'antiquité. C'est un merveilleux avantage pour un homme qui ne peut douter que

' Cette lettre et la -réponse sont au tome III des Wuvres de M. de Saint'Euremond f p. 45 et sniv. de Véôition à^ Amsterdam , 1726.

ii8 LETTRE DE P. CORNEILLE

la postérité ne veuille bien s'en rapporter à vous. Aussi je vous avoue ) après cela, que je pense avoir quelque droit de traiter de ridicules ces vains trophées qu'on établit sur le débris imaginaire des miens, et de regarder avec pitié ces opiniâtres entêtements qu'on avoit potir les andens héros refondus à notre mode.

Me voulez-vous bien permettre d'ajouter ici que vous m'avez pris par mon foible, et cpie ma Scphonisbe\ pour qui vous montrez tant de tendresse, a la meilleure part de la mienne? Que vous flattez agréablement me^ sentiments, c[uand vous confirmez ce cpie j'ai avancé touchant la part que l'amour doit avoir dans les belles tragédies , et la fidélité avec laquelle nous devons conserver à ces vieux illustres ces caractères de leur temps, de leur nation et de leur

• Voici l'endroit de la Dissertation de M. de Saint-Evremond : <t Un <r des grands de'fauts de notre nation , c'est de ramener tout à elle , jus- « qu'à nommer étrangers dans leur propre pays ceux qui n'ont pas bien « ou son air ou ses manières : de là vient, qu'on nous reproche justement ff de ne savoir estimer les choses que par le rapport qu'elles ont avec « nous , dont Corneille a fait une injuste et fâcheuse expérience dans sa « Sopkonisbe. Mairet , qui avait dépeint la sienne infidèle au vieux tt Syphax , et amoureuse du jeune et victorieux Massinisse , plut quasi <r généralement à tout le monde pour avoir rencontré le goût des dames (c et le vrai esprit des gens de la cour. Mais Corneille , qui fait ipieux a parler les Grecs que les Grecs , les Romains que les Romains , les Car- H. thaginois que les citoyens de Carthage ne parloient eux-mêmes ^ Corff neille , qui presque seul a le bon goût de l'antiquité , a eu le malheur de «f né plaire pas à notre siècle pour être entré dans le génie de ces nations , « et avoir conservé à la fille d'Asdrubal son véritaUe caractère. Ainsi , à la A honte de nos jugements, celui qui a surpassé tous nos auteurs , et qui « s'est peut-être ici surpassé lui-même à rendre à ces grands noms tout « ce qui leur étoit dû , n'a pu nous obliger à lui rendre tout ce que nous «r lui devions , asservis par la coutume aux choses que nous voyons en « usage , et peu disposés par la raison à estimer des qualités et des senti- « ments qui ne s'accommodent pas aux nôtres, u Œuvres de Saint- Kuremond f tome EL, page 449-

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