‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 6 sur 123 · REPONSE DE M- DE SAINT-EVREMOND · texte numérisé non relu

REPONSE DE M- DE SAINT-EVREMOND

Monsieur,

Je ne doute pas que tous ne fussiez le plus reconnoissant homme du monde d'une grâce qu'on vous feroit, puisque vous vous sentez obligé d'une justice, qu'on vous rend. Si vous aviez à remercier tous ceux qui ont les mêmes sentiments que moi de vos ouvrages , vous devriez des remerciements à tous ceux qui s'y connoissent. Je vous puis répondre que jamais réputation n'a été si bien établie que la vôtre en Angleterre et en Hollande. Les Anglois, assez disposés naturellement à estimer cfe qui leur appartient , renoncent à cette opinion, souvent bien fondée, et croient faire honneur à leur Ben. Johnson ' de le nommer le Cor-

' Benjamin Johnson , célèbre poète anglais , fleurissait sous les règnes de la reine Elisabeth , de Jacques I«' et de Charles I"'. Comme il e'tait versé dans la lecture des anciens , il en profita habilement , et donna au théâtre anglais une forme et une régularité qu'il n'avait point eu jusqu'alors. Il a fait des tragédies , comipe la Chute de Séjan , la Cons-. piration de CauUnay qui ont eu l'approbation des connaisseurs. On estime infiniment ses comédies, particulièrement celles qui ont pour titre f^olpone , ou le Renard ; V Alchfndste ; la Foire de Saint-Barihélemf ; la Femme qui ne parle pas, M. de Saint-Évremond était

RÉPONSE DE M, DE S. ÉVREMOND, etc. 121 neille d'Angleterre. Monsieur Waller, un des plus beaux esprits du siècle, attend toujours vos pièces nouvelles, et ne manque pas d'en traduire un acte ou deux en vers anglois pour sa satisfaction particulière \ Vous êtes le seul de notre nation dont les sentiments aient l'avantage de toucher les siens. Il demeure d'accord qu'on parle et qu'on écrit bien en France; il n'y a que vous, dit-il, de tous les François, qui sache penser. M. Yossius, le plus grand admirateur de la Grèce, qui ne sauroit souf&ir la moindre comparaison des Latins aux Grecs, vous préfère à Sophocle et à Euripide.

Après des suffrages si avantageux, vous me surprenez de dire que votre réputation est attaquée en France. Seroitil arrivé du bon goût>comme des modes, qui commencent à s'établir chez les étrangers quand elles se passent à Paris ? le ne m'étonnerois point qu'on prît quelque dégoût pour les vieux héros , quand on en voit un jeune qui efface toute leur gloire ; mais si on se plaît encore à les voir représenter sur nos théâtres, comment ne peut-on pas admirer ceux, qui viennent de vous.»* Je crois que l'influence du mauvais goût s'en va passer ; et la première pièce que vous donnerez au public fera voir, par le retour de ses applaudissements, le recouvrement du bon sens , et le réublissement de la raison. Je ne finirai pas sans vous rendre grâces très humbles de l'honneur que vous m'avez fait. Je

channë de la dernière pièce. Benjamin Johnson mourut en 1687 , âgé de soixante-trois ans. Il est enterré dans l'abbaye de Westminster , où pour toute ëpitaphe on s'est contenté de mettre ces paroles sur sa tombe : RARE Ben. Johnson !

' Waller a travaillé a la traduction anglaise du Pompée de Corneille , conjointement avec Charles Sackville , comte de Dorset , un des plus beaux esprits d'Angleterre , mort en 1 706. C'est tout ce qui reste de ses traductions de Corneille.

laa RÉPONSE DE M. DE S. ÉVREMOND, etc.

me trouTeroift indigne des louanges que tous donnez à mon jugement ; mais comme il s'occupe le plus souvent à bien connoitre la beauté de vos ouvrages, je confonds nos intérêts, et me laisse aller avec plaisir à une vanité mêlée avec la justice que je vous rends.

DE

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