‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 7 sur 123 · A MONSIEUR D. L. T · texte numérisé non relu

A MONSIEUR D. L. T

iliNFiN, échaj^é'du danger

Où mon sort me voulut plong<er,

L'expérience indubitable >

Me fait tenir pour véritable * '

Que l'on commence d'être heureux *

Quand on cesse d'être amourOux, '

Lorsque notre âme s'est purgée

De cette sottise enragée ^

Dont le fantasque mouvement

Bricole notre entendement.

Crois-moi , qu'un homme de ta sorte j

Libre des soucis qu'elle appoirte^ i

Ne voit plus loger avec lui '

Le soin, le chagrin ni Fennui.

Pour moi, qui dans un long servage

A mes dépens me suis fait sage,

Je ne veux point d'autres motifs,

Pour te servir de lénttifs ,

Et ne sais point d'autre remède . ^

ia6 POÉSIES DIVERSES

A la douleur qui te possède, Qu^écrivaiit la félicité Qu'on goûte dans la Uberté , Te Caire une si bonne envie Des douceurs d'une telle vie , Qu'enfin tu puisses à ton tp^r Envoyer au diable l'amour.

Je meurs , ami; c'est un grand charme D'être insusceptible d'alarme , De n'espérer ni craindre rien, De se plaire en tout entretien , D'être maître de ses pensées, Sans les avoir toujours dressées Vers une beauté qui saUvent Nous estpue moins que du vent, Et pense qu'il n'est poû^t d'bommagt Que l'on ne doive à son visage.

Tu t'e9 peux bien fier à moi 9 J'ai passé par là comme toi; J'ai fait autrefois de la bête.

J'avois des Phyllis à la tête:

J'épiois les occasions ; J'épiloguois mes passions; Je paraphrasois un visage; Je me mettob à tout usage , Debout , tête nue , à genoux , Triste, gaillard, rêveur, jaloux; Je courois, je faisois^ la grue Tout un jour au bout d'une rue ; Soleils, flambeaux, attraits, appas.

Pleurs, désespoirs, tourments, trépas.

Tout ce petit meuble de bouche

Dont un amoureux s*e9carmouche, Je savois bien m'en escrimer.

Par là je m'appris à rimer, Par là je fis sans autr^ chose Un sot en vers d'un sot en prose; Et Dieu sait alors si les feux, Les flammes, les soupirs, les vœux, Et tout ce menu badinage, Servoient de rime et de remplage.

Mais à la fin bors de mes fers.

Après beaucoup de maux soufferts, Ce qu'à présent je te conseflle, C'est de pratiquer la pareflle , Et de montrer à ce bel œil.

Qui n'a pour toi que de l'orjgueil, Qu'un cœur si généreux et brave N'est pas né pour vivre fu esclave.

Puis , quand nous noUs verrons un jour, Sans soin tous deux, et sans ameur, Nous ferons de notre martyre A communs frais une satire ; Nous incag^erons les beautés; Nous rirons dç leurs cnmuté*; A couvert de leurs artifices, Nous pasquinerons leurs maliees; ImpaaétjrabJip^ 91 l^^xs traits , Noua ferons^ nai|[ue à leurs attraits ; Et, toute tristesse bannie , Sur une table bien garnie.

Entre les verres et les pots Nous dirons le mot à propos;

On nous orra ^ conter merveilles

En préconisant les bouteilles ;

Nous rimerons au cabaret

En faveur du blanc , du clairet ;

OiXy quand nous aurons >£adt ripaille »

Notre main contre la muraille,'

Avec un. morceau de charbon

Paranymphera le jambon.

Ami j c'est ainsi qu'il faut vivre ,

C'est le chemin qu'il nous faut suivre,

Pour goûter de notre printemps

Les véritables passe-temps.'

Prends donc, comme moi, pour devise,

Que l'amour n'est qu une sottise.

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