DES MÉMOIRES DE DANGEAU
AVEC LES NOTES d'un ANONYME.
3 Avril 1684.
Le roi à son lever parla fort sur les courtisans qui ne faisaient point leurs pâques, et dit qu'il estimait fort ceux qui les faisaient bien, et qu'il les exhortait tous à y songer bien sérieusement, et ajoutant même qu'il leur en saurait bon gré.
7 Avril.
Le roi envoya le duc de Gharost chez madame de Rohan qui se mourait, pour tâcher de lui faire écouter les gens qui lui parleraient de changer de religion.
17 Avril.
Mademoiselle des Herteaux fut mariée avec le chevalier du Guet. Le roi donna une pension de mille écus à la mariée.
Noir. fV un Anonyme. La mère de mademoiselle des H ci-
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teaux avait été Tort dans la confidence du roi pour ses amours, surtout dans les commencemens de madame de Montespan , qui résista long-temps.
21 Mai.
Le roi fit le matin, dans l'église, une réprimande au marquis de Gêvres, sur ce qu'il entendait la messe irréligieusement.
i3 Juin.
M. de Bussy perdit son procès. Sa fille fut déclarée, par arrêt du parlement, femme de M. de la Rivière, et l'enfant légitime.
N. D. A. Bussy est celui qui se perdit par VHistoire /Imoureuse des Gaules, qui était les amours du roi, ce que le roi ne lui pardonna jamais. Les lettres qu'il écrivit pendant son exil respirent tout à la fois un orgueil et une bassesse qui (ont peine, et montrent un homme qui fait le philosophe et le tranquille du fond de son désespoir, qui tire vanité de tout avec l'alambic , qui se guindé pour faire le savant et l'homme d'esprit, qui est effacé par les moindres réponses de madame de Sévigné. 11 passa pour aimer sa fille plus que de raison. Il tacha de perdre d'honneur son gendre, qui en eut tout l'avantage, et qui est mort retiré à l'institution de l'Oratoire.
ii Juin.
On sut que le sieur de Baliment avait arrêté M. de Meckelbourg, et l'avait mené à Vincennes : il avatt promis au roi, par un traité signé, de livrer sans
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troupes de Danemarck la place de Dinatz, et n'a pas tenu parole.
5 Octobre.
Madame la dauphine à un bal refusa le milord Arran qui la vint prendre, et dit qu'elle voulait danser le branle de Metz ; si bien que le bal finit. Le roi approuva ce qu'elle avait fait , parce que milord Arran n'était que fils de duc, et non pas duc. ,
4 Novembre.
On choisit trois nouvelles comédiennes pour être mises dans la troupe du roi ; et madame la dauphine leur a fait une exhortation sur leur bonne conduite à l'avenir.
14 Novembre.
Au souper du roi il y eut un petit concert de trois luths-théorbes, qui sont des instrumens fort ressemblans aux archiluths d'Italie.
3o Novembre.
Apres le petit coucher, le roi appela M. de Turenne, et lui fit une forte réprimande sur ce qu'il le servait peu respectueusement.
N. D. A. M. de Turenne, fils aine de M. de Bouillon, 'and chambellan en survivance, profita mal de cette correction , et se lit enfin exiler. En donnant la chemise an roi,
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il ne prit pas la peine d'ôter des gants à frange, de laquelle il donna par le nez du roi fort rudement, qui le trouva aussi mauvais qu'il est aisé de le croire.
17 Décembre.
Le bruit se répandit qu'on avait fait le soir du samedi une cruelle insulte à M. de Terme dans la galerie basse.
N. D. A. Terme, de même maison que M. de Montespan, n'avait de noble que sa naissance , et était si pauvre et si bas , qu'il fit l'impossible pour être premier valet-de-chambre du roi. Il fut tellement accusé de lui rapporter tout ce qu'il voyait ou entendait, qu'il était seul au milieu de la cour, sans que personne voulût lui parler ou le recevoir. M. le Duc et madame la princesse de Conti firent aposter des Suisses qui le chargèrent si violemment de coups de bâton , qu'il en fut plusieurs jours au lit.
26 Décembre.
Le major déclara que le roi lui avait ordonné de l'avertir de tous les gens qui causeraient à la messe.
8 Janvier i685.
Le marquis de Gêvres et le comte de Grammont obtinrent du roi un don de place dans Paris, où ils feront une manière de halle. Ils prétendent que cela leur vaudra i[\,ooo francs de rente, dont la moitié sera pour ceux qui leur ont donné l'avis.
L'académie de Saumur fut condamnée. Ainsi i!
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ne reste plus en France que Puylaurens , où les gens de la religion puissent étudier en théologie.
16 Janvier.
On envoya à Saint-Lazare le petit Brunet; et le roi ordonna à M. de Seignelay de dire à Lully qu'il lui pardonnait le passé , mais qu'à l'avenir il prît garde à sa conduite.
23 Janvier.
J'appris la mort du chevalier de Méré. C'était un homme de beaucoup d'esprit, qui avait fait des livres qui ne lui faisaient pas beaucoup d'honneur.
8 Février.
J'appris la mort de l'abbé Bourdelot, qui avait avalé de l'opium au lieu de sucre. Il avait été longtemps en faveur auprès de la reine Christine; et depuis qu'il s'était brouillé avec elle, il était revenu en France, et s'était attaché à M. le Prince, qu'il réjouissait fort, et dont il était médecin.
N. D. A. L'abbé Bourdelot était en tiers avec M. le Prince et avec la fameuse princesse palatine, amie intime de ce dernier, lorsqu'ils essayèrent ensemble de brûler un morceau de la vraie croix, sans pouvoir en venir à bout. Ce prodige frappa fort la princesse. Un songe qu'elle eut long-temps après d'une danse en rond, dont un tombait à chaque tour dans un gouffre qui se refermait, sans que cela interrompît la danse, acheva de la convertir tout-à-fait.
9 Février.
Je sus que dans toutes les villes où les violons s'assemblent pour des concerts d'opéra , les violons sont obligés de donner pension à Lully. Ils le font à Rouen et ailleurs.
12 Février.
Le roi ne demande aux Génois , pour tout dédommagement des dépenses qu'ils lui ont fait faire , que de rebâtir leurs églises que nos bombes ont ruinées.
ii Mars.
Les députés d'Alger vinrent saluer le roi, et lui dirent « que leur dey prenait la hardiesse de lui « faire un petit présent ; qu'il espérait que S. M. ne « le dédaignerait pas , puisque Salomon avait bien « reçu la cuisse de la sauterelle que la fourmi lui « avait présentée. » L'après-dînée, en sortant du sermon , ils présentèrent au roi douze beaux barbes que le dey avait choisis avec soin.
3o Mars.
M. le prince d'Orange ayant écrit au roi d'Angleterre en faveur de M. de Montmouth , pour qu'il lui fût permis de retourner en Angleterre, S. M. B. a répondu qu'il avait des lettres de rémission du grand seau , et qu'ainsi on ne lui pouvait faire son
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procès en Angleterre ; mais que s'il y remettait le pied , il le ferait enlever, et mener en Ecosse, où il lui ferait faire son procès , et le ferait pendre.
Madame la dauphine fit ses pâques à la paroisse. Il arriva une chose extraordinaire ; c'est qu'il y eut deux consécrations , parce qu'on avait oublié d'abord de présenter Yhostie choisie pour la communion de madame la dauphine.
18 Avril.
Le roi apprit , en entrant à ténèbres, que le doge de Gènes était arrivé à Paris , étant venu de Lyon par la diligence.
On mit dans la galerie une statue que MM. d'Arles ont donnée au roi, qu'ils avaient trouvée, il y a environ vingt ans , dans les ruines d'un ancien édifice des Romains. Il y a eu de grandes disputes entre les savans pour savoir si c'était une Diane ou une Vénus; mais enfin les connaisseurs ont décidé que c'était une Vénus.
20 Avril
J'appris que le roi d'Angleterre avait fait dire à mademoiselle Chelzoy, qu'il honorait de son amitié étant duc d'Yorck, que si elle voulait se retirer en France, il lui donnerait de quoi y vivre magnifiquement; qu'elle avait répondu qu'elle ne voulait iv. 2
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point porter sa honte chez les étrangers. Quand le roi la fît presser une seconde fois de prendre ce parti-là, afin qu'on ne pût pas dire, si elle demeurait en Angleterre , qu'elle eût quelque pouvoir sur son esprit, elle répliqua que S. M. avait tout pouvoir, qu'elle pouvait la faire tirer à quatre chevaux , mais qu'elle ne pourrait la faire consentir à s'éloigner de lui.
Le roi fit son bon jour à la paroisse, entre les mains du cardinal de Bouillon , et toucha ensuite treize cents malades.
28 Avril.
Nous nous promenâmes long -temps dans le potager. Nous sûmes que le roi ne donnait plus que 2,000 francs de pension à M. de la Quintinie, et qu'il avait fait un marché avec lui pour toutes les dépenses du potager. Il lui donne 18,000 francs par an pour tous les jardiniers, et tous les frais qu'il faut faire.
8 Mai.
On présenta au roi le duc de Saint-Alban, fils du roi d'Angleterre et de mademoiselle Gouin , comédienne. La reine douairière lui donna 2,000 pièces de pension , sans quoi il ne pourrait subsister.
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3i Mai.
Par le calcul qu'on fit de tous les gens qui travaillent présentement ici ou aux environs pour Versailles , on trouva qu'il y en avait plus de trente-six mille travaillant actuellement.
8 Juin.
M. de Louvois revint de la rivière d'Eure, où il était allé voir les travaux. Il y aura près de seize cents arcades aux aqueducs que l'on fait, desquelles il y en aura quelques-unes plus hautes deux fois que les tours de Notre-Dame. Outre ces seize cents arcades -là, il y en aura beaucoup de petites que l'on ne compte point.
10 Juin.
M. le Prince fit ses dévotions à Saint-Sulpice , sa paroisse. Il y eut un concours de peuple extraordinaire , qui fut fort édifié de le voir faire une si bonne action.
12 Juin.
On reçut des lettres de MM. les princes de Conti. Ils ont passé à Vienne, et n'ont point vu l'Empereur.
N. D. A. MM. les princes de Conti ne virent point l'Empereur , parce qu'ils voulurent un fauteuil devant lui , comme en ont les électeurs, et refusèrent d'être reçus debout, et tons les honneurs possibles qu'on leur offrit, en tenant ferme sur le fauteuil.
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i5 Juin.
Le roi cassa la compagnie des cadets de Charlemont, parce qu'ils s'étaient assemblés séditieusement, et qu'ils avaient fait sauver un de leurs camarades qu'on allait faire mourir pour s'être battu; et même dix-sept d'entre eux , non contens de l'avoir tiré de l'échafaud, l'avaient escorté jusqu'à Namur, et étaient ensuite revenus à Charlemont. On a fait tirer au billet ces dix-sept, et il y en aura deux passés par les armes.
a3 Juin.
Le roi envoya M. de Duras, quoiqu'il fut en quartier, pour voir M. le duc de la Force qu'on croyait à l'extrémité, et savoir s'il ne voulait point songer à abjurer son erreur. M. de la Force remercia le roi de son honnêteté et de ses soins , et demeura dans sa religion.
Ier Juillet.
On arrêta un courrier, portant des lettres de plusieurs gens de la cour à MM. les princes de Conti.
N. D. A. Il y avait entre autres trois lettres qui piquèrent le roi au vif. Elles étaient des deux fils du duc de la Rochefoucauld, et du marquis d'Alincour, fils du duc de Villcroi. C'étaient- des plaisanteries sur le roi et sur madame de Maintenon , sur ses revues de troupes, ses occupations et ses arauscmens, et toutes les nouvelles contées en ridicule. Celle de d'Alincour était fort impie, et de beaucoup la moindre sur ce
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qui regardait le roi ; ce qui fit dire au bonhomme maréchal de Villeroi , que pour son petit-fils , qui ne s'en était pris qu'à Dieu , ce ne serait rien , et que cela le mettait bien au large , mais que pour les deux autres , c'étaient de grands impertinens. Le roi ne pardonna de sa vie à Liancourt , qui fut enfermé des années avec une rigueur extrême , ni aux deux princes de Conti. Le premier mourut en disgrâce ouverte, et l'autre est mort enfin d'ennui et de douleur de n'avoir pu arriver au commandement des armées malgré son apparence de pardon.
24 Août.
Le petit dom Cosme, feuillant, qui avait prêché à la cour, même avec réputation, fut chassé de son couvent, et mis, dit-on, in p ace.
3o Août.
Le duc de Lude , grand-maître de l'artillerie, mourut à Paris.
N. D. A. Il n'eut point d'enfaos de ses deux femmes. La première, Bouille, toujours dans ses terres, ne se plaisant qu'aux chevaux, qu'elle piquait mieux qu'un homme, et chasseuse à outrance. Elle faisait sa toilette dans son écurie , et faisait trembler le pays. Vertueuse pour elle, et trop poulies autres, elle fit châtrer un elerc en sa présence , pour avoir abusé dans son château d'une de ses demoiselles, le fit guérir, lui donna dans une boîte ce qu'on lui avait ôté , et le renroya.
2 Septembre.
Le soir on apprit que tous les huguenots de la ville de Montauban s'étaient convertis par une délibération prise en la maison de ville.
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5 Septembre.
Madame la dauphine fit son bon jour dans la chapelle sous terre (à Chartres), et retourna encore l'après-dînée dans la même chapelle , où elle demeura long-temps. — Le roi alla encore faire ses prières dans la chapelle de la Vierge , sous terre. C'est une chapelle que les druides avaient dédiée, il y a deux mille ans , à la Vierge qui devait enfanter, Virgini pariturœ.
27 Septembre.
On sut que les diocèses d'Embrun et de Gap , et les vallées de Pragelas, qui sont dépendantes de l'abbaye de Pignerol, s'étaient toutes converties, sans que les dragons y aient été.
2 Octobre.
Le roi eut nouvelle à son lever que toute la ville de Castres s'était convertie.
5 Octobre.
On apprit que Montpellier et tout son diocèse étaient convertis : Lunel et Maugnio en sont. Aiguës-Mortes s'est converti aussi : il est du diocèse de Nîmes.
7 Octobre.
On apprit la mort de Vittorio Siri , historiographe du roi, qui avait eu l'emploi d'écrire l'his-
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toire du roi en italien. Ses livres sont pleins des mémoires qu'il avait eus du cardinal Mazarin et de M. de Lyonne.
9 Octobre.
Le roi dit à M. le nonce , à son lever, qu'il avait eu nouvelle que la ville d'Uzès se convertissait tout entière , à l'exemple de Nîmes et de Montpellier, et qu'il ne doutait pas que le pape ne se réjouît fort de ces bonnes nouvelles-là.
9 Octobre.
Le cerf blessa M. le prince de la Roche-sur-Yon d'un coup d'andouiller entre l'œil et la tempe, et l'enleva fort haut de dessus son cheval. On espère que la blessure ne sera pas dangereuse. On lui a recousu la peau du visage; ainsi il en sera marqué toute sa vie. Le roi n'a point envoyé savoir de ses nouvelles, ni n'en a demandé.
i3 Octobre.
On sut au lever du roi que presque tout le Poitou était converti. On a appris aussi qu'à Grenoble tous les huguenots avaient abjuré.
ai Octobre.
Le roi voulut assister à l'abjuration du duc de Ilichemont.
N. D. A. Cette conversion ne dura guère. Le duc de Ri—
chemont retourna en Angleterre après la révolution de 1688 , redevint anglican, ou plutôt sans religion effective, s'y maria , s'y perdit de vin et de débauche, et de la plus belle créature qu'on pût voir devint la plus hideuse.
24 Octobre.
M. de Chaulnes est reparti pour la Bretagne. Il espère pouvoir convertir les huguenots , qui y sont en fort petit nombre, sans qu'il soit besoin d'y envoyer des troupes.
14 Novembre.
Le roi se promena (à Versailles) dans l'orangerie , qu'il trouva d'une magnificence admirable. Il vit la statue équestre du chevalier Bernin, qu'on y a placée, et trouva que l'homme et le cheval étaient si mal faits, qu'il résolut non -seulement de l'ôter de là , mais même de la faire briser.
25 Novembre.
Le roi a donné deux mille écus de pension à Vivans , ancien brigadier de cavalerie , qui s'est converti depuis deux mois.
8 Janvier 1686.
Le roi a donné une pension de 2,000 francs au marquis de Belsence, nouveau converti, et une de pareille somme à madame de Lance-Rambouillet, nouvelle convertie.
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11 Janvier.
Je sus qu'il y avait un arrêt rendu contre ceux de la R. P. R., par lequel il est ordonné que tous les enfans qui sont au-dessous de seize ans seront élevés dans notre religion ; et pour cela on les ôtera de chez leurs pères et mères huguenots, pour les mettre chez leurs plus proches parens catholiques.
24 Janvier.
On eut nouvelle que le marquis du Bordage avait été arrêté auprès de Trelon , entre Sambre et Meuse. Il voulait sortir du royaume avec sa famille. Sa femme a été blessée d'un coup de fusil. Ce sont les paysans qui l'ont arrêté , et qui faisaient la garde pour empêcher les gens de la religion de sortir du royaume. On mena le Rordage dans la citadelle de Lille , sa femme dans celle de Cambrai , et mademoiselle de la Moussaye , sa bellesœur, dans celle de Tournai. On fait revenir les enfans à Paris, où ils seront élevés dans notre religion.
2 Février.
Le roi refusa de signer le contrat de mariage de mademoiselle de Tonnerre, disant qu'il ne voulait faire cet honneur-là qu'aux personnes dont il avait été content.
25 Février.
Le roi résolut d'envoyer des troupes à M. de Savoie, pour réduire les habitans des vallées de Lucerne et d'Angrogne ,, qui ne veulent pas se soumettre à quitter leur religion. S. M. y envoie six bataillons , deux régimens de dragons , et un régiment de cavalerie.
26 Février.
Le maréchal d'Estrades mourut à Paris. Il était gouverneur de M. le duc de Chartres , et Benserade a dit là-dessus que Monsieur avait beaucoup de peine à élever des gouverneurs à son fils.
.26 Mars.
Le 1 3 janvier, M. Girardin, ambassadeur du roi à la Porte, fit assembler tous les Français , et leur déclara , de la part du roi , qu'il n'y aurait que les catholiques qui jouiraient des privilèges et des franchises que la protection du roi fait accorder à la nation , et qu'il leur donnait quatre mois pour se faire instruire.
On sut que Quinault avait fait demander au roi de le dispenser des opéras. Dans sa dernière maladie il a eu des scrupules sur cela, et S. M. a trouvé bon qu'il n'en fît plus. Il va travailler à
faire un poème qui expliquera les peintures de Le Brun dans la galerie de Versailles.
i5 Avril.
Le roi alla se promener dans une petite calèche qu'on lui a fait accommoder pour tirer sans descendre. Il tua cinq ou six pièces de gibier. Cette machine-là n'est pourtant pas bien commode.
18 Avril.
Le roi envoya le duc de la Force à Saint-Magloire. On avait cru qu'il changerait de religion , et le roi lui avait parié long-temps ce matin pour cela , mais inutilement.
2 Mai.
Mademoiselle de Malause, qui est encore huguenote, eut ordre de se mettre dans un couvent.
12 Juin.
Le pape a fait faire de grandes réjouissances pour la conversion des hérétiques en France. Il a tenu un consistoire exprès, où il a donné de grandes louanges au roi , et a fait tenir une chapelle où l'on a chanté le Te Deum , ce qui a été ^iivi d'illuminations dans toute la ville pendant trois jours.
23 Juin.
Il y eut une grande batterie entre les officiers
du régiment du roi et les soldats des gardes. 11 y eut quinze soldats tués ou blessés.
19 Juillet.
On brûla à Paris Ambre ville, fameux Bohémien, pour avoir dit des impiétés abominables. Le roi lui avait souvent donné grâce pour plusieurs crimes ; mais il n'a point voulu lui en pardonner un si atroce. Léance, sa sœur, a été enfermée dans l'Hôpital-Général.
ii septembre.
M. le lieutenant-civil et M. le premier président de la cour des aides vinrent apporter au roi une lettre de M. de Grenoble, leur frère, que le pape a nommé cardinal.
N. D. A. L'abbé Lecamus avait été aumônier du roi , et dans les meilleures compagnies, galant, plein d'esprit, d'agrément, de sel , savait beaucoup, débauché à l'excès, et impie jusqu'à avoir fait le baptême d'un cochon. L'abbé Bouthilier de Rancé était fort de ses amis, et se retira quelques années avant d'entreprendre cette merveille de la Trappe. L'abbé Lecamus en fut touché, et prit toute une autre conduite qui fut récompensée de l'évêché de Grenoble. Il y mena une vie tout épiscopale, et y ajouta une pénitence extérieure qui le canonisa avant le temps. Ce fut.de ne manger en tout temps que des légumes, et de prendre ses repas avec tous ses domestiques, même les plus abjects, avec une lecture commune. Tout en lui avait plu à Innocent II, et surtout sa singularité <le vie. Il en reçut la pourpre pour récompense, et
la prit sans se commettre à la permission du roi, qui ne le lui pardonna jamais, et ne le laissa ni venir à la cour, ni mettre le pied hors de son diocèse. Jamais cardinal ne le fut tant que lui , et jusqu'à ses bottes pour aller en mulet par les montagnes étaient rouges. On lui voulut persuader d'adoucir sa nourriture. « Oh î mes chers légumes, répondit-il par « un élan de vérité, je vous ai trop d'obligation! » Il n'avait point d'autres bénéfices , était riche de patrimoine, et dépensait peu. 11 laissa de si immenses richesses, qu'elles furent Fétonnement et le scandale de tout le monde.
2 Octobre.
Les ambassadeurs de Siam ont eu audience de toutes les princesses du sang qui les reçurent sur leur lit. On leur donna des fauteuils. Les autres mandarins restèrent debout.
6 Octobre.
J'appris que M. Choppin, le lieutenant-criminel, s'était mis en prison. On l'accuse d'avoir fait enlever une femme , et d'avoir mis son mari en procès. L'affaire est fâcheuse , car le mari était prêt à être condamné, comme ayant fait mourir cette femme, qui ne se retrouvait plus.
to Octobre.
On ne veut plus que les filles montent à cheval, parce qu'on n'a pas été content de la dernière cavalcade qui se fit à Marly.
3o ARTICLES INEDITS.
ia Octobre.
Le soir, madame la dauphine arriva à Essonne , où elle coucha. Elle marche en chaise, et a quarantedeux porteurs. Elle va presque aussi vite qu'en carrosse.
20 Octobre.
Le roi nous conta en dînant l'aventure tragique d'un capucin nommé Belmont, qui avait été mousquetaire. C'était un des braves hommes du monde, et qui, même depuis être capucin, avait donné beaucoup de marques de courage, car il ne partait point de la tranchée, et était toujours à la tête des travailleurs, pour confesser les blessés. Le maréchal de Lorge a dit au roi qu'il l'avait vu durant deux heures entre deux lignes d'infanterie qui combattaient, ayant un coup de mousquet dans la cuisse, et ne se voulant pas retirer. Le pauvre misérable est devenu fou et furieux. On l'a enfermé dans le fort Saint-André au-dessus de Salins. Le commandant, nommé la Barte, le fit enchaîner. Le lendemain matin, il fit entrer un caporal dans sa chambre. Le capucin avait rompu sa chaîne, et en jeta à bas le caporal, et quand la Barte, qui suivait le caporal, entra, il se jeta sur lui , le renversa à terre et l'étranglait , quand le caporal revint de son étourdissement; et, comme il ne pouvait se relever, il cria à la sentinelle de
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tirer par la fenêtre. La porte était fermée. La sentinelle tira , tua le capucin , et cassa le bras à la Barte.
6 Janvier 1687,
Le roi descend toujours en bas à la chapelle, et en sortant de la messe il va chez madame de Montespan , et le soir, après souper, madame de Montespan monte chez lui avec madame la Duchesse.
L'archevêque d'Albi mourut à Paris. Cet archevêché et l'abbaye de la Chaise-Dieu qu'il laisse vacans valent 100,000 livres de rente. Il s'appe lait Seroni, et avait été jacobin et compagnon du cardinal de Sainte-Cécile. M. le cardinal Mazarin l'avait employé en beaucoup d'affaires.
N. D. A. Ce fut pour ce Seroni qu'Albi fut érigé en métropole aux dépens de Bourges. L'archevêque d'Aix, cardinal et dominicain , était un pauvre homme , frère du cardinal Mazarin, qui lui procura cette fortune, et lui donna Seroni pour le conduire. L'archevêque d'Aix fut cause de tout l'éclat qui arriva à Rome sur les Barberins. Pendant le pontificat de leur oncle, Urbain VIII, ceux-ci s'étaient cruellement brouilles avec la France, et y avaient ajouté les voies de fait contre le maréchal d'Estrées, ambassadeur, jusqu'à faire assassiner son ecuyer, et avouer l'assassinat. Ils comblèrent la mesure par l'élection de Pamphile , malgré la France , sous le nom d Innocent X, avec qui ils conclurent pour cela un marché fort avantageux. Mais dès qu'il fut pape, il n'en tint rien , et se mit à les persécuter avec une telle furie , qu'ils ne surent
ni où , ni comment se mettre à couvert. Mazarin désirant faire son frère cardinal, le pape l'amusa de promesses, afin de pouvoir pousser à son aise les Barberins. Mais Mazarin , s'apercevant que le pape le jouait, et voulant lui faire dépit , fit venir les Barberins en France, et les combla de faveurs et de bienfaits. Le pape fut plusieurs fois sur le point d'en venir aux dernières extrémités contre la France. Cette situation , qui dura long-temps, finit enfin par le raffermissement solide des Barberius, et par la promotion de l'archevêque d'Aix.
ii Janvier.
Le roi donna à M. de la Rochefoucault l'abbaye de la Chaise-Dieu , pour en partager le revenu entre son oncle, l'abbé son frère, et le chevalier, comme il le jugera à propos. Le roi a dit au père la Chaise, que le chevalier de la Rochefoucault serait le dernier chevalier qui aurait des pensions sur des bénéfices.
16 Janvier.
J'appris que l'affaire des poteaux de Namur était terminée. Les Espagnols ont obtenu du roi qu'il ferait mettre ses poteaux cinq à six cents toises plus loin, et pour cela ils ont cédé à la France la petite ville de Valcour et les villages qui leur restaient entre Sambre-et-Meuse.
24 Janvier.
J'appris que la duchesse de Béthune, mère du duc de Charost, était morte à Paris.
N. D. A. Cette duchesse était Lescalopier, fille d'un président à mortier du parlement de Paris. Son fils, qui fut fait duc et pair quelques années après , prenait plaisir d'aller souvent occuper sa place au parlement, et cPy juger. M. de Foix disait plaisamment qu'il y avait là du Lescalopier.
ti Février.
La duchesse d'Estrées est morte ce matin. Elle était si mal dans ses affaires, que le roi de temps en temps lui donnait quelque petit argent pour subsister.
N. D. A. Cette duchesse, troisième femme et veuve sans enfans du premier maréchal d'Estrées , est fameuse par l'étrange et ridicule aventure qui lui arriva, du tonnerre qui tomba fort près d'elle, lui passa entre les jambes, et qui , sans la blesser, lui servit si bien de barbier, que si l'on s'en servait en ces endroits-là , elle n'en aurait jamais eu besoin depuis.
ier Mars.
Le roi choisit pour gouverneur de M. le comte de Toulouse le marquis de Villers d'O, qui avait épousé mademoiselle de Guillerague le jour du mardi gras. Le roi avait donné à mademoiselle de Guillerague 22,000 écus.
N. D. A. Guillerague, conseiller au parlement de Bordeaux, homme d'un esprit amusant, avait fait avec madame Scarron une connaissance particulière, qui se changea en amitié intime. Comme c'était un panier percé, elle le fit envoyer ambassadeur à Constantinople, pour se remplumer. Sur le iv. 3
vaisseau qui le portait, ainsi que sa femme et sa fille, se trouva Villers, petit garde-marine , fort gueux, fort sot , et fort bien fait, qui devint amoureux de mademoiselle de Guil— lerague. Cet ambassadeur étant mort, on dépêcha un bâtiment pour ramener la mère et la fille, et Villers, qui en fut instruit, trouva le moyen de monter ce bâtiment, en qualité de lieutenant. Mademoiselle de Guillerague , charmée de son retour, et encore plus de l'amour qui lui avait fait entreprendre ce voyage, le fit goûter à sa mère; et, à la manière, des héros de romans qui ne s'inquiètent pas de la subsistance , ils se marièrent sur la côte de l'ancienne Troie, où le vaisseau eut à relâcher. C'était une terre toute propre à un mariage de roman; aussi lui porta-t-elle bonheur. Madame deMaintenon, plus touchée du romanesque que sa moderne austérité ne le semblait, prit de là pour eux un degré d'affection qu'elle trouva moyen de tourner en utile. Elle avait toujours tendu à saper madame de Montespan , et à lui soustraire ses enfans par qui elle tenait encore. Montchevreuil lui répondait du duc du Maine, dont elle l'avait fait gouverneur. Elle voulait tenir le comte de Toulouse par le même moyen , et sa qualité d'amiral lui donna couleur de proposer un officier de vaisseau pour mettre auprès de lui. Villers fut donc agréé, et prit le nom de marquis d'O, se prétendant de cette maison, que les généalogistes ne lui accordèrent jamais, mais dont la cour et le monde ne firent aucune difficulté. Sa femme , galante et romanesque, lui laissa la gravité et l'austérité' en partage , et prit pour elle l'enjouement et tout ce qui l'accompagne. Pour lui , la suffisance de son maintien, le sage dédain de son silence, sa dévotion extatique, jointe à son orgueilleux sourcil, donnaient envie de découper en frange le derrière de son habit, et de coller sur ses épaules quelque passage de l'Ancien Testament.
9 Mars.
M. de Roquelaure avait demandé au roi les lods et ventes de quelques terres de M. de Lauzun, et le roi les refusa , disant qu'il ne fallait pas vouloir profiter de la disgrâce des malheureux.
Madame Golbert est morte à Paris. Elle avait fait son testament se portant bien , et sa maladie la prit avant qu'il fût fini. Elle ne laissa pas de l'achever, et perdit connaissance bientôt après.
N. D. A. Madame Colbert était sœur du président Menars. Madame la princesse de Conti, fille naturelle de Louis XIV, lui fut confiée. Elle l'éleva long-temps avec ses filles, sans qu'on sût qui elle était. Puis reconnue , elle lui servit un temps de gouvernante, l'ayant toujours chez elle. Elle était avec cela favorite de la reine , et la voyait tous les jours en particulier. La combinaison de ces deux choses lui ouvrit enfin l'entrée dans les carrosses et à la table, où jamais femme de secrétaire d'Etat n'avait été admise.
5 Mai.
Le prince d'Isenghien est à l'extrémité, et a prié le maréchal d'Humières de pardonner à la vidame le mariage qu'elle a fait avec M. de Surville. M. le maréchal a reçu sa fille, que M. d'Isenghien avait fait venir à la petite écurie où il est malade.
TV. D. A. Le prince d'Isenghien est Flamand, et s'appelle Villain. Ti y m a eu treize maires de Gand de suite. Il faut
que ce soit beau , puisque, en mémoire de cela , il porte un XIII pour chiffre.
20 Mai.
Le roi fit l'honneur à la femme de Mathieu , gouverneur de Longwi, de la saluer.
27 Mai.
Madame de Maintenon a fait de grandes charités à beaucoup de pauvre noblesse.
Le roi vit à Verdun, en arrivant, une grande inondation , parce qu'on avait relevé les écluses pour lui en faire voir l'effet. S. M. changea un ancien usage que les chanoines avaient à Verdun , qui ne se mettaient point à genoux durant l'élévation , et qui se couvraient aux processions.
S. M. joue tous les jours au 3o et 4<>? comme elle avait joué en venant.
i5 Octobre.
L'octave de Sainte-Thérèse a commencé. Toutes les dames vont en foule aux Loges. La comtesse de Grammont est tout-à-fait dans la dévotion. Il y a long-temps qu'elle s'en cachait, présentement elle n'en fait plus mystère.
16 Octobre.
On a voulu faire une affaire cruelle à madame de Roquelaure, dont elle s'est fort bien justifiée.
On accuse un courtisan considérable de lui avoir fait cette méchanceté-là. On prétend qu'il est amoureux d'elle, et que c'est pour se venger de sa cruauté.
25 Octobre.
Le roi a permis à madame de Montchevreuil de quitter la charge de gouvernante des filles, et l'on croit qu'on ne mettra personne en sa place. On malheureusement trouvé un mauvais livre derrière le lit de mademoiselle de M****. Elle a avoué que M. le Duc le lui avait donné, mais elle prétend que c'est pour une de ses compagnes qui le nie fort. La chambre est dans une grande désolation. Le roi a déclaré qu'il ne s'en voulait plus mêler. Madame la dauphine fait des merveilles , et quoiqu'elle crût n'avoir pas sujet de se louer de ces demoiselles, elle leur a promis sa protection , si elles faisaient mieux à l'avenir.
Madame la dauphine a déclaré qu'elle ne prendrait plus de nouvelles filles, mais qu'elle tâcherait d'établir celles qui demeurent.
27 Novembre.
L'on apporte à Monseigneur deux habits, l'un brodé d'or et l'autre d'argent à Constantinople. C'est Girardin, notre ambassadeur, qui les lui a envoyés. Us sont magnifiques et agréables.
3 Décembre.
Le roi nous dit en dînant, que M. de Lavardin était entré à Rome le i5 novembre, sans que personne se soit présenté pour s'opposer à son entrée. Quelques jours après , le cardinal d'Estrées demandant au pape la permission de proposer un évèché pour le Portugal , dont il est protecteur , le pape lui dit : Je vous absous. Saint-Père, répondit le cardinal, je n'ai point encouru de censure; ainsi je ne demande point l'absolution. Je vous la donne, dit le pape, proposez votre évèché. Il n'y a que le cardinal Maldakin qui ait vu l'ambassadeur. Mais la plupart se sont absentés de Rome avant qu'il arrivât. Il a envoyé, quelques jours après son entrée, demander audience au pape, qui a répondu qu'il ferait réponse quand il se porterait mieux. Le cardinal Mollini, qui a été nonce en Espagne, a pris la liberté de dire au pape qu'il avait grand tort de balancer à donner audience à un ambassadeur du roi très-chrétien, et que c'était commencer par offenser un grand roi. Mais ce sage avis n'a pas lait changer le pape.
19 Janvier 1688.
M. l'abbé de Lorraine , fils de M. le Grand j reçut à Paris l'ordre de prêtrise; il n'a pas encore l'Age , mais il a obtenu une dispense de Rome. Il y aura à Noël cent ans qu'aucun prince de la mai-
son de Lorraine n'avait été prêtre. Le dernier fut le cardinal de Guise tué à Blois.
24 Janvier.
Des lettres de Constantinople de M. Girardin mandent que les spahis se sont révoltés, qu'ils ont voulu forcer le sérail , qu'ils ont pillé les plus riches maisons de la ville, sont entrés dans les bains où les femmes se baignent et les y ont violées, et que l'ambassadeur craint pour sa maison et pour lui-même.
3i Janvier.
On a su que le pape avait forcé les jésuites de venir à la procession , ce qu'ils n'avaient jamais fait. On a arrêté un barnabite à Paris , accusé d'être un peu ifSoîinosiste. H y a quelques docteurs en fuite accusés d'être tombés dans des erreurs approchant de celle-là , et qu'on accuse d'avoir eu des commerces secrets avec la cour de Rome.
8 Février.
Oiia voulu faire une méchanceté à un magistrat considérable, prétendant qu'il voyait trop souvent chez lui à Paris un jeune garçon qui demeure d'ordinaire à Versailles.
Après souper, M. de Luxembourg mena chez madame la princesse de Conti, où étaient Mon-
4o ARTICLES INEDITS.
seigneur et madame la Duchesse , trois comédiens italiens , quelques-uns des meilleurs danseurs et mademoiselle de la Lande, et donna un petit spectacle qui divertit fort. Il avait fait déguiser quatre gardes de la compagnie de Noailles, qui avaient des tailles de géant et qui étaient habillés en filles. Il y a eu des courtisans qui ont voulu fronder ce divertissement-là, qui attaquait un peu les princes qui veulent épouser présentement la princesse de Conti.
14 Février.
Langlade eut la question ordinaire et extraordinaire , et n'avoua rien ; on ne laisse pas de le croire coupable.
16 Février.
Le roi a résolu de faire sortir du royaume tous les gens de la religion qui y restent. Il confisque leurs biens , et leur donne permission de se retirer où il leur plaira. Il les fera conduire hors du royaume.
Langlade fut jugé définitivement, et condamné aux galères pour neuf ans, et sur l'heure mis à la chaîne. Sa femme est condamnée à un bannissement pour neuf ans, et à garder prison jusqu'à ce qu'elle ait payé à M. de Montgommeri les 1 0,000 écus qui lui ont été volés , et tous les frais du procès.
ANNÉE 1688. 4i
18 Février.
On trouva les quatre appartemens principaux de Marly meublés de neuf. Ils n'étaient que de damas , et ils sont présentement de velours et de brocart. On a seulement conservé les couleurs : le rouge pour le roi , le vert pour Monseigneur, le bleu et l'aurore pour Monsieur et pour Madame.
24 Février.
M. le Prince a parlé au roi du dessein qu'il a de marier mademoiselle de Bourbon sa fille , à M. le prince de Conti.Le roi approuva fort ce mariage, mais il ne paraît pas qu'il veuille présentement rien faire de considérable pour M. le prince de Conti. 11 lui a pardonné , mais il n'a pas encore tout-à-fait oublié.
a Mars.
On n'espère plus rien de mademoiselle de Guise. On dit qu'elle meurt d'un cancer dans la matrice; elle est âgée de soixante-treize ans.
N. D. A. Mademoiselle de Guise était extrêmement riche, et la dernière de la branche de Guise en ligne directe. Elle était petite-fille de celui qui fut tué à Blois, sœur de celui qui tenta l'expédition de Naples , et sœur aussi de Fabbesse de Montmartre, célèbre par ce beau traité signé à sa grille , et avorte aussitôt après, qui donnait la Lorraine au roi, et substituait la couronne à la maison de Lorraine, après les
4a ARTICLES INÉDITS.
princes du sang-, et avec le même rang , ce qui produisit tant de vacarmes, et fit dire par le chancelier Séguier au roi, qu'il ne pouvait faire de princes du sang qu'avec la reine. Mademoiselle de Guise était fort magnifique et fort glorieuse. Elle avait épousé secrètement un cadet de Bourdeille, si connu dans la cabale des Importans , sous le nom de Montrésor, dans la régence, de qui l'on a des mémoires. Il mourut chez elle , et n'en eut point d'enfans.
22 Mars.
Les Vénitiens souhaitaient que M. de Turenne acceptât la charge de lieutenant - général , sous M. de Konigsmarck. Notre ambassadeur à Venise en avait écrit au roi , mais S. M. n'a fait aucune réponse. La famille de M. de Turenne jugeant bien que le silence du roi n'était pas une marque d'approbation , lui a écrit de ne pas accepter l'emploi.
M. de Mortemart est toujours fort mal, et l'on espère que M. de Vivonne son père, sera touché de l'état où il est, et voudra bien lui donner la consolation de le voir avant sa mort ; ce qu'il souhaite passionnément.
N. D. A. M. de Mortemart était l'homme de son temps de la plus grande espérance, et pour son âge de la plus grande réputation. Son père , qui n'était pas tel , mais qui payait de beaucoup d'esprit et de privance avec le roi , était brouillé avec lui, et avec les Colbert, dont son fils avait épousé une fille, et les menait haut la main pour des intérêts pécuniaires,
où il était tort injuste et grand panier percé. Il n'aimait point M. de Mortemart. On l'accusait de jalousie, mais il ne le croyait pas son fils. Dans cette triste entrevue, il se retira le dos à une table, vis-à-vis le pied du lit qui était ouvert, d'où , considérant M. de Mortemart , on l'entendit qui se disait à lui-même : « Il n'en reviendra jamais; j'ai vu son pauvre père « mourir tout comme cela. » C'était son écuyer dont il voulait, parler. Lui, sa femme, ses trois sœurs, et ses filles, auraient fourni l'Europe d'esprit, et de choses plaisantes et singulières , toujours neuves , et auxquelles personne , ni euxmêmes , ne s'attendaient. Il y a de lui des histoires sans fin , que le feu roi se plaisait à rendre , et il contait parfaitement bien. Tout courtisan qu'était M. de Vivonne , sa sœur, madame de Montespan, ne laissait pas de le craindre. Il mourut lui-même peu de mois après son fils, parfaitement ruiné.
3o Mars.
J'appris la mort de Charleval. Il était père de M. de Ris, premier président du parlement de Rouen. Il était fort connu par son mérite, son esprit, et les jolis vers qu'il avait faits.
14 Avril.
M. de Vendôme est allé à Anet, et le roi lui a donné 2,000 pistoles. On croit que Monseigneur avait prié le roi de lui faire quelque petit présent.
i5 Avril.
Monseigneur fit la cérémonie de la cène , que le roi ne put faire à cause de sa goutte. Il n'y eut point de sermon , parce que l'abbé Roquette, qui
s'était préparé à prêcher devant le roi , s'excusa.
22 Avril.
Le roi a donné à Racine et à Despréaux , qui travaillent à son histoire, 1,000 pistoles à chacun.
29 Avril.
J'appris que le roi avait donné 2,000 liv. de pension à d'Estoublon , ancien maître-d'hôtel et qui avait été à la reine-mère.
N. D. A. D'Estoublon était de condition et Provençal ; un fort honnête homme , mais plaisant au dernier point, et un grand homme noir, olivâtre, qui ne riait jamais, avec je ne sais quel air niais et naturel dont il attrapait les nouveaux venus. Il avait usurpé une telle liberté avec la reine— mère, qu'il lui demanda un de ses carrosses pour ramener sa femme de Saint-Germain. Ce carrosse ne revenait point; la reine le sut, et demanda à Estoublon ce qu'il en avait fait. « Ce que « vous m'avez permis, madame; vous m'avez fait la grâce de « me le prêter pour ramener ma femme , et il la ramène en « Provence. Je ne sais pas bien le temps qu'il faut pour aller « et venir. Voilà ce qu'est devenu votre carrosse. » On en rit, et ce fut tout. Une autre fois, passant devant la chambre de madame de Brégis, qui donnait sur une galerie à Saint-Germain , il en trouva la porte entr'ouverte , et la vit sur son lit, le derrière en l'air, et une seringue auprès. Il se glisse doucement, insinue le remède, remet la seringue, et se retire. La femme de chambre, qui était allée dans la garde-robe chercher je ne sais quoi , revient, et propose à sa maîtresse de se remettre en posture. Elle demande ce qu'elle veut dire, et ajoute qu'elle rêve apparemment; grande cacophonie entre
elles. Enfin la femme de chambre regarde à la seringue et la trouve vide, et proteste tant et si bien qu'elle n'y a pas touché, que la Brégis croit que c'est le diable qui lui a donné son lavement. C'était une antique beauté, et un bel esprit, grande intrigante, à qui de la régence et de la jeunesse du roi et de Monsieur, il était resté grande familiarité avec eux , et avec la reine-mère. Dès qu'elle parut chez elle , voilà le roi et Monsieur à lui parler de son lavement, et elle étonnée et furieuse tout ce qu'on peut l'être , apprit la dernière de la cour ce qu'elle devait à Estoublon.
Cet Estoublon , à la fin de sa vie , homme de bien dès longtemps , le devint de plus en plus. Il se mit à Paris à un quatrième étage, dans la paroisse de Saint-Sulpice , occupé uniquement de son salut et des bonnes œuvres, donnant tout aux pauvres . et il avait du bien. Sa dévotion était d'en ramener tous les jours quelques-uns dîner avec lui , et de manger avec eux. Dans ces temps-là MM. de Saint-Sulpice s'étaient mis dévotement dans la tête de tirer par le for de la conscience la connaissance de tout ce qui se passait, sous prétexte de ce qu'ils appelaient la correction fraternelle , et obligeaient tous ceux qui se confessaient à eux de leur rendre un compte exact de toutes choses. Ils surent donc par le valet d'Estoublon , qu'il voyait tous les jours des gens de fort mauvaise mine, et qu'il leur donnait à dîner. Les inquisiteurs comptent toujours sur le mal. Je ne sais ce qu'ils soupçonnèrent ; mais ils eurent un ordre de la police, et mirent Estoublon au Châtelet. Voilà un homme bien étonné à quatrevingts an9 qu'il avait. Cependant lui, comme il put, et ses voisins qui étaient édifiés de lui, firent tant qu'il en sortit. Mais il eut beau demander justice ; on ne songea qu'à l'apaiser, et il se retira chez lui en Provence. Toutefois cela fit assez de bruit pour réveiller d'autres choses, et pou;
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mettre au net tout le pot aux roses de la correction fraternelle , qui fit un furieux vacarme. Le curé La Barmondière fut obligé de chasser plusieurs prêtres, de détester en pleine chaire ce genre d'informations, et d'en écrire une apologie, en forme d'instruction. Toutefois on fut long-temps à se rapprivoiser avec eux à confesse.
8 Mai.
L'abbé de Furetière mourut à Paris; il était de l'Académie, mais les académiciens l'en avaient exclu. Il s'en était rendu indigne par le procédé qu'il avait eu avec plusieurs particuliers de ce corps, et en voulant dérober partie du dictionnaire.
25 Juin.
On a appris que la reine d'Angleterre était accouchée d'un fils. Son père lui donnera bientôt le titre de prince de Galles. Il n'aura point de nourrice, et sera nourri de lait, de pain et de bouillie. C'est ainsi qu'on élève à Londres beaucoup d'enfans de qualité.
25 Juillet.
M. le maréchal d'Estrées bombarde Alger, et ceux de la ville ont déjà mis plusieurs esclaves français à la bouche de leurs canons. On a passé par les armes autant de herts qu'ils avaient fait mourir de chrétiens, et on les leur a envoyés suides radeaux. On ne croit pas qu'on les puisse réduire.
2 Août.
Arlequin est mort aujourd'hui à Paris. On dit qu'il laisse 3oo,ooo livres de bien. On lui a donné tous ses sacremens, parce qu'il a promis de ne plus monter sur le théâtre.
N. D. A. Cet arlequin était le sieur Dominique, comédien plaisant, salé, mettant du sien, sur-le-champ et avec variété, ce qu'il y avait de meilleur dans ses rôles. Il était sérieux , studieux , et très-instruit. Le premier président de Harlay, qui le rencontra souvent à la bibliothèque de Saint- Victor, fut si charmé de sa science et de sa modestie , qu'il l'embrassa et lui demanda son amitié. Depuis ce temps — là jusqu'à la mort de ce rare acteur , M. de Harlay le reçut toujours chez lui avec une estime et une distinction particulières. Le monde qui le sut, prétendait qu'Arlequin le dressait aux mines, et qu'il était plus savant que le magistrat, mais que celui-ci était aussi bien meilleur comédien que Dominique.
18 Août.
Racine, par l'ordre de madame de Maintenon , fait un opéra dont le sujet est Esther et Assuérus. 11 sera chanté et récité par les petites filles de Saint- Cyr. Tout ne sera pas en musique. C'est un nommé Moreau qui fera les airs.
21 Août.
M. de Croissy a été dire à M. le nonce qu'on fera à ses gens le même traitement qu'on fera à Rome aux gens de M. de Lavardin, parce qu'on
a su qu'on en avait arrêté deux par ordre du pape.
3 Septembre.
M. de Vardes est mort ce soir à Paris ; il était chevalier de l'ordre, avec un brevet de juste-aucorps en broderie. Il avait été capitaine des centsuisses.
N. D. A. M. de Vardes s'appelait Du Bec Crespin, un des hommes de France le mieux fait, le plus adroit, de la meilleure grâce, et le plus galant. Les dames, les intrigues et l'ambition, le perdirent. Il fut du complot de la comtesse de Soissons, pour exciter la reine sur les amours du roi. Il fut découvert et perdu. Il lui en coûta sa charge , et plus de vingt-cinq ans d'exil en Languedoc. Il en revint si rouillé, qu'il surprit tout le monde , et conserva toujours du provincial. 11 avait trouvé le moyen pendant la régence de se battre impunément en duel avec le duc de Saint-Simon. Le rendez-vous était à la porte Saint-Honoré, et les deux combattans y allèrent dans leurs carrosses. Les voitures se heurtèrent , et les cochers se chargèrent à coups de fouet. Pendant ce temps les maîtres sautèrent à terre avec leurs seconds , et se battirent. Vardes fut désarmé. Gela passa pour une rencontre, et une querelle de cochers de gens qui ne s'aimaient pas.
ifi Septembre.
Milord Spencer, fils aîné du comte de Sunderland, premier ministre d'Angleterre, est mort cette nuit à Paris, pour avoir trop bu d'eau-devie.
4 Octobre.
On a su que le roi d'Angleterre avait fait mettre à la Tour Schalton , qui était son envoyé ici , parce que , sans son ordre, il avait prié le roi de le secourir. On ne doute plus que le prince d'Orange n'en veuille à l'Angleterre, et S. M. B. se repentira de n'avoir pas accepté les offres que le roi lui faisait de lui envoyer quarante de ses meilleurs vaisseaux.
5 Octobre.
Voici l'adieu qu'on dit que le prince d'Orange a fait aux États de Hollande : « Messieurs, je vous « dis adieu pour jamais. Je vais ou périr ou ré- « gner. Si je péris, je mourrai votre serviteur; si « je règne, je vivrai votre ami. »
8 Octobre.
Le roi a donné ordre à Saint-Olon , gentilhomme ordinaire, de se rendre auprès de M. le nonce, pour ne le pas quitter d'un pas.
Le prince d'Orange ne prend sur ses vaisseaux aucun officier catholique. Il a fait demander aux Français réfugiés s'ils voulaient le suivre. La Mulonière a fait la liste de ceux qui veulent s'embarquer, et il s'en est trouvé près de six cents, iv. \
5o ARTICLES INÉDITS.
r4 Octobre.
Monsieur et Madame ont aujourd'hui ouvert trente à quarante caisses de Siam , où ils ont trouvé des présens et beaux et agréables. Le roi de Siam ne leur en avait point envoyé par les premiers ambassadeurs, et ils avaient témoigné qu'ils n'en étaient pas contens.
17 Octobre.
Le roi a dit aujourd'hui au duc de Villeroi : « Ne trouvez-vous pas bien extraordinaire que « M. de Schomberg, qui est né Allemand, se soit « fait naturaliser Hollandais, Anglais, Français et « Portugais. »
22 Octobre.
M. Ducange, homme fameux par sa profonde érudition et par les bons livres qu'il nous a donnés, est mort à Paris. Il passait pour le plus savant homme de l'Europe , et le roi lui donnait pension sans le connaître de vue.
26 Octobre.
Plus de quatre cents soldats des invalides, voyant les levées qu'on fait en France, et que la guerre est commencée, ont demandé à sortir pour aller servir, et se sont enrôlés en différens corps. On leur a donné à tous des billets, afin qu'ils
ANNÉE 1688. . 5r
puissent rentrer dans la maison , quand le temps pour lequel ils se sont engagés sera expiré. Presque tous ceux qui se sont mis dans l'infanterie ont été faits sergens.
2 Novembre.
Quelques évêques d'Angleterre ont été trouver S. M. B., et lui ont représenté qu'il était à propos, dans les conjonctures présentes, de convoquer le parlement, et qu'il était de son devoir de s'instruire de la religion anglicane, à quoi S. M. B. a répondu que les Hollandais ne pourraient pas lui tenir un autre discours.
4 Novembre.
M. le prince d'Orange, avant que de partir, fît une harangue à MM. les États, et leur dit qu'il n'allait en Angleterre que pour les intérêts de la religion réformée, et pour en chasser les catholiques. Dans le même temps, l'ambassadeur d'Espagne à La Haye faisait des prières pour l'heureux succès des armes du prince d'Orange en Angleterre. Cela nous a paru ici fort extraordinaire.
On a su que le chevalier de Longueville, visitant les travaux de Philisbourg, après la prise de la place, avait été tué par un soldat qui tirait une bécassine. Il était bâtard de M. de Longueville , tué ait passage du Rhin.
N. D. A. Ce chevalier de Longueville était fils de M. de
Longueville, ou comte, de Saint -Paul, tué au passage du Rhin 9 comme il allait être élu roi de Pologne. La maréchale de la Ferté , célèbre par ses galanteries, était sa mère. Son mari vivant , il n'y avait point d'exemple en France de la légitimation d'un bâtard de femme mariée, parce qu'il fallait nommer la mère , et qu'en la nommant, ce fils par la loi devenait le fils de son mari. Le roi, pressé par madame de Montespan de reconnaître leurs enfants, et de les légitimer, chargea Harlay , lors procureur-général , et depuis premier président, d'en chercher les moyens. Il n'osa hasarder rien sur les enfans du roi; mais ce chevalier de Longueville lui parut propre pour un essai. Ils subornèrent donc madame de Longueville , sœur du grand prince de Condé, et si connue dans les troubles de la régence , qui était retirée et dans une grande pénitence, et lui persuadèrent de reconnaître ce bâtard de son fils, et de présenter requête pour le faire légitimer. Elle le fit, et le parlement, dans l'ignorance du pont qu'il construisait sans le savoir, le légitima sans nommer la mère , après quoi il n'y eut plus de difficulté pour les enfans du roi et de madame de Montespan. Harlay avait renouvelé pour eux un prodige de la mythologie. Ils étaient, comme Minerve, nés de Jupiter sans avoirde mère. Le comte de Saint-Paul avait un frère aîné qui vécut de longues années, prêtre, fou, et relégué dans l'abbaye de Saint-Georges en Normandie. En lui a fini la maison de Longueville.
12 Novembre.
Madame la duchesse de Bourbon et madame la princesse de Conti ont pris le deuil du chevalier de Longueville.
11 Décembre.
M. de Bulonde est revenu à Huis , après avoir mis sous contribution tous les villages de la mairie de Bolduc et de la mairie de Breda. Il a été jusqu'à deux lieues de Bolduc. Il a été obligé de brûler douze ou quinze villages. H a mis aussi sous contribution le pays de Liège , dont on tirera plus de 5oo,ooo livres.
16 Décembre.
S, M. a résolu de faire raser Cherbourg, dont les fortifications étaient déjà fort avancées, et deux petites villes qui n'en sont éloignées que de trois ou quatre lieues, Valogne et Carentan. On avait déjà dépensé plus de 200,000 écus pour fortifier Cherbourg.
28 Décembre.
Il est venu des nouvelles d'Angleterre qui disent que le roi avait été arrêté à Faversham , et mené prisonnier à Rochester ; qu'on ne l'avait pas connu d'abord , mais qu'on s'était saisi de lui , parce que le trouvant à deux lieues de la mer, on avait bien cru que c'était un catholique qui se voulait sauver; qu'il s'était déguisé en valet d'un milord qui a été arrêté aussi. On dit que le geôlier de Ro- ( hester a reconnu le roi dans sa prison.
54 ARTICLES INEDITS.
10 Janvier 1689.
On a su d'Angleterre que le prince d'Orange a envoyé dire à M. de Barillon de sortir de Londres sur-le-champ.
N. D. A. Barillon , trompé par le roi d'Angleterre, et par ses ministres qui trompaient leur roi , répondit toujours qu'il n'y avait rien à craindre en Angleterre, tandis que d'Avaux mandait de Hollande de point en point tout ce qui arriva. Si, à la fin de 1688, on eût fait le siège de Maestricht , au lieu de celui de Philisbourg , comme on y balança, l'affaire d'Angleterre était avortée avant d'être entreprise, comme on le sut bien après. Mais M. de Louvois voulait absolument la guerre, et une guerre générale et longue, qui lui donnât toute supériorité.
16 Janvier.
On a su d'Espagne que le roi avait donné à la reine sa femme une confiscation d'un million. On croit qu'elle paiera présentement les dettes qu'elle a en France, et qui montent à 200,000 francs.
Le roi d'Angleterre a vu aux grandes Carmélites la mère Agnès et madame d'Épernon. Il a voulu voir la mère Agnès, parce que c'est la première personne qui lui a parlé pour le faire changer de religion. Il a fait ses dévotions aux .1rs ni les.