SUR JKAN-FRANCOIS-PAUL GONDI
Mazarin, c'est'à-tiire de demeurer, comme ce ministre, jusqu'à la mort, maître absolu de la reim^, du roi et du royaume. Combien de princes ont bouleversé le monde pour un moindre salaire ! Je ne sais même s'il ne faut pas regretter qu'entre les deux cardinaux que la Fronde mettait aux prises , la fortune et la régente ne se soient pas déclarées pour celui qui aimait la gloire et la France, plutôt que pour le lâche et avide Mazarin.
La retraite de Paul Gondi dans sa principauté de Commerci n'était pas si entière qu'il n'en sortît quelquefois. On remarqua dans la dernière année de sa vie, qu'il vint à Saint-Denis s'entretenir avec la duchesse de Bracciano , et l'on serait tenté de croire qu'il souffla quelque étincelle de son esprit sur cette femme, qui a depuis tant fatigué la renommée sous le nonf de princesse des Ursins. H mourut peu de temps après à Paris chez la belle duchesse de Lesdiguières j sa nièce, auprès de laquelle, par une singulière destination, devait aussi mourir un autre archevêque de Paris, Harlay de Ghanvallon , plus beau et moins licencieux que le héros de la Fronde. Le cardinal de Retz , comme dernier abbé de Saint-Denis , fut enseveli au pied du maître-autel de cette basilique , et c'est de là qu'au bout d'un siècle, sa cendre, demeurée paisible à côté de Fabbé Su^er, a pu voir eii quel-
i?^i NOTICE
que sorte celle de Louis XIV chassée encore de son saint asile par de nouvelles barricades.
Ce fut seulement vers la fin de ses jours , et lorsque sa santé dépérissait, que le cardinal de Retz, cédant aux sollicitations de ses amis, écrivit les Mémoires de sa vie, publiés, quarante ans après, sous la régence de Philippe d'Orléans. Ils ne sont point terminés et ne dépassent que de deux ou trois ans l'extinction de la Fronde. On croit qu'ils furent déposés dans un couvent de la Lorraine, et copiés par des mains religieuses, qui mut lièrent à plusieurs reprises la narration des galanteries de l'auteur. Le bruit se répandit, il y a environ dix ans, qu'un exemplaire complet de ces Mémoires venait d'être retrouvé; mais j'appris de M. Real, possesseur du manuscrit récemment découvert , que c'était en effet une copie nette , exacte , très-propre à fournir une édition nouvelle, mais détériorée par les mêmes lacunes que les imprimés. Je doute au reste qu'il faille honorer de beaucoup de regrets la perte de quelques fragmens d'une indécence gaie et spirituelle, dont la plume d'Hamilton consolera les amateurs.
Si les contemporains de Paul Gondi eurent l'idée de confondre sa solitude avec ces pénitences craintives où s'achevait quelquefois alors la carrière des ambitieux , rien ne pouvait mieux les désabuser que les confessions du prétendu con-