PRINCESSE DE CONDÉ, DUCHESSE DE LONGUEVILLE
Née au château de Vtncennes , le 29 août 16 19, et morte à Paris, le i5 avril 1679.
« Une cour sans femmes est un printemps sans roses,» a dit le roi qui émancipa les mœurs en France. La vie galante des trois Henri , les privautés de Catherine de Médicis et de sa fdle Marguerite, les coquetteries d'Anne d'Autriche et les amours vénales du cardinal de Richelieu, furent les commentaires de ce madrigal. Le relâchement des devoirs domestiques se plaça au nombre des privilèges de la haute naissance , et le vdain mot d'adultère fut banni, comme une expression brutale, du langage des sociétés polies. La sœur du £;rand Condé , née sous l'empire de ce code indulc^ent, propagea par ses exemples les traditions voluptueuses de François L'.
Cette princesse était belle et avide de célébrité,
MIT. SUR ANNE-GEN. DE BOURBON. 287 c'est-à-dire exposée aux deux pièges les plus dangereux pour la vertu d'une femme ; son dédain pour tout ce qui lui semblait vulgaire la rendait^ par un juste retour, esclave de tout ce qui avait la réalité 011 l'apparence de la supériorité. Elle avait dans l'esprit une langueur habituelle d'où jaillissaient par intervalles des éclairs surprenans; et comme la même nonchalance régnait dans ses manières, on les jugeait susceptibles de semblables réveils. Ce charmant amalgame de paresse, d'amour et de vanité, en fit la personne de son siècle la plus séduisante et la plus séduite. Le duc de Longueville, qui, veuf, père d'une fille et âgé de quarante-sept ans, eut le courage d'épouser cette JQune merveille, n'évita aucun écueil d'un rôle aussi fâcheux.
La duchesse de Longueville mit si peu de soin à cacher ses faiblesses, qu'on peut à peme accuser d indiscrétion les Mémoires où elles sont publiées. Les noms de Beaufort, de Nemours, de Turenne, de La Rochefoucauld, se distinguent dans la liste nombreuse de ses conquêtes, ou plutôt de ses conquérans tour à tour préférés et trahis. L'auteur des Maximes , piqué de ne s'être pas trouvé plus inamovible que les autres favoris, eut le ridicule de se plaindre d'uA accident si peu imprévu. Les relations de la duchesse avec ses deux frères furent tellement orageuses , qu'elles donnèrent crédit
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aux soupçons les plus outragcans. Du reste, elle s'agita au dedans comme au dehors du royaume, à Paris, à Rouen , à Bordeaux, à Bruxelles, sans plan , sans dignité, sans connaissance des affaires. Le coadjuteur met cette pitoyable conduite sur le compte de la passion qui assujettissait madame de Longueville à la politique de ses amans. Mais cette assertion , applicable aux premières époques de la Fronde, manque de vérité pour les dernières; car, bien loin que la princesse se soumît alors par amour à la politique d'autrui, je la vois au contraire courir le monde à l'aventure, enrôler pour les intérêts de sa politique personnelle ceux que ses charmes ont vaincus, et employer ses doux regards comme ces monnaies obsidionales, doi\t l'émission coûte peu, et qui servent à faire la guerre.
A la vérité, la politique de Geneviève de Condé manquait de consistance. La vanité en faisait le fonds. Un rôle semblait si nécessaire à cette ame vaine et théâtrale, qu'elle l'eût accepté sur des tréteaux. Le cardinal de Retz lui ayant fait une proposition qui flattait ce goût puéril, « elle y entra , dit-il , avec des emportemens de joie que je ne puis exprimer. » Un second motif l'excitait. Le duc de Longueville qu'elle avait entraîné dans la révolte, s'apercevant à la fin qu'il était le jouet des amis de sa femme, s'en retira avec humeur;