SUR ANNE-GENEVIÈVE DE BOURBON
maiail prétendit faire rentrer celle-ci sous l'autorité rîiaritale; et la duchesse ne pouvant se soustraire à un joug détesté que par les troubles du royaume, les échauffa sans ménagement. On put définir les dernières années de la guerre civile : «Tournoi de deux femmes, Geneviève de Condé et Anne d'Autriche; l'une pour fuir son mari, l'autre pour rapprocher son cardinal. » Sont-ce des larmes ou des rires de pitié, que l'on doit au pays qui se laisse ravager pour de tels intérêts?
Lorsque la puissance royale fut pleinement rétablie, les froideurs de la cour apprirent à la duchesse de Longueville que ses torts n'y étaient point oubliés, et l'engagèrent à chercher la re,nommée par des routes plus innocentes. Le tour de son esprit était fin et délicat. Dès l'enfance, elle avait sucé à l'hôtel de Rambouillet les goûts et les prétentions littéraires. Avant que Molière eut fait justice de l'afféterie et des Précieuses, la cour, gravement partagée entre deux sonnets,avait vu l'héroïne de la Fronde conduire les Uranistes contre Job et Benserade. Elle travaillait maintenant à recueillir dans l'hôtel de Longueville la succession de l'hôtel de Rambouillet, tout ce riant bagage de fleurs, de guirlandes, d'amoureux syllogismes , d'esprit alambiqué et de grâces un peu minaudières. Mais déjà ces jeux futiles rempHssaient mal !e vide de son cœur, et les pensées re- Hi. 19
ligieuses commençaient à leur disputer la place, lorsqu'un événement sinistre précipita sa conversion; je veux parler de la mort du comte de Saint- Paul, son fils chéri j tué à ce passage du Rhin dont la principale gloire est restée à Boileau.
Qui oserait, après madame de Sévigné, peindre le désespoir de la mère? Mais le sort du fils offre quelques faits singuliers qui caractérisent les mœurs du temps. Ce jeune duc de. Longueville naquit au sein même de la Fronde , dans une salle de l'Hôtel-de-Ville de Paris. La révolte fut sa marraine, et l'amour était son père. Initié par -sa mère dans les secrets de la séduction, il devint de bonne h^ure l'idole des femmes, et le précoce vainqueur de beautés célèbres. Lorsque cet adolescent partit pour sa première et dernière campagne, il laissa derrière lui un fils naturel qu'il avait eu de la maréchale de La Ferté , et dont la légitimation fut , dans la suite, plus scandaleuse que la naissance; mais il emporta de Paris un genre de provision aujourd'hui trop négligé des gens de guerre, c'està-dire l'absolution de ses péchés que les casuistes de Port-Royal lui firent marchander pendant deux mois. La mort d'Adonis coûta moins de larmes aux Phéniciennes, que le trépas de ce petit-maître français aux grandes dames de Paris. Se regardant comme autant de veuves, ou désirant au moins le faire croire, cet essaim de folles ne se conten-