‹ Œuvres de P. e. LemonteyChapitre 28 sur 40 · NOT. SUR ANNE-GEN. DE BOURBON · texte numérisé non relu

NOT. SUR ANNE-GEN. DE BOURBON

gnée aux saintes intrigues , elle négocia avec la cour de Rome la trêve de Clément IX , et put entendre le doux nom de Mère de i'^glise murmurer agréablement à ses oreilles; enfin se vérifia le mot très-chrétien du cardinal de Retz : « la grâce a rétabli ce que le monde ne lui pouvait rendre. » La police seule se montra rebelle à la grâce, et défendit d'imprimer l'oraison funèbre de la princesse, qui avait été prononcée et peut-être achetée par le fameux abbé Roquette.

La vie de la duchesse de Longueville offre le type parfait de ce qui constitue, dans l'état élégant de nos mœurs, la carrière d'une jolie femme. La durée de son existence s'y déroule en trois phases régulières : le tumulte du cœur et des sens agite la première; les diversions de l'esprit consolent la seconde , et la dernière se réchauffe aux ardeurs de la foi et aux émotions de la piété. Souvent, hélas! c'est la vanité qui, cachée dans un nuage, préside aux métamorphoses de cette amusante chrysalide, et tire successivement de la même personne, une coquette, une précieuse, et une dévote.

madam:e de la fayette.

Née en i633, morte en 1693.

bjTH conservant le nom de madame de La Fayette, la postérité a voulu honorer l'auteur de quelques écrits agréables, Tamie du célèbre duc de La Rochefoucauld, et l'un des ornemens de cette société élégante qui a le plus contribué à polir les mœurs du dix-septième siècle. En vain Ménage et le père Rapin lui enseignèrent dès l'enfance la langue latine ^ en vain l'hôtel de Rambouillet l'initia ensuite aux raffinemens des belles choses ; son esprit éminemment droit et raisonnable , se tira sain et sauf des entreprises des pédans, et de la séduction des précieuses.

Mariée à vingt -deux ans au comte de La Fayette (i) , elle resta veuve de bonne heure, avec

(i) On ne sait rien du comte de La Fayette , sinon qu'il était frère de celte Louise de La Fayette devenue presque célèbre par ses prolégomènes d'amour avec Louis XIIL Voici ce que l'homme le plus véridique de ce temps-là dit de cette

deux enfans, de la jeunesse, des relations élevées, et une physionomie qui plaisait par la grâce et l'expression , plus encore que par la beauté. De puissantes recommandations lui procurèrent une pension de Louis XIV; madame de Montespan lui fit présent d'un crucifix, sorte de galanterie italienne, convenable aux goûts et aux besoins do temps; mais elle trouva d'elle-même un protecteur moins austère dans le duc de La Rochefoucauld.

demoiselle que des romans ont presque béatifiée. Le passage donne , au reste, une idée assez curieuse du ton qui régnait à cette cour. «Il se fit une cabale de M. de Saint-Simon, de « M. l'évêque de Limoges, de madame deSeneçay, et de mes- « demoiselles d'Aiches, de Vieuxpont et de Polignac, pour « introduire mademoiselle de La Fajelte à la place de madame « d'Haulefort. Son Eminence (le cardinal de Richelieu) pro- « tégea tellement cette intrigue , qu'en peu de temps on vit « que le roi ne parlait plus à madame d'Hautefort , et que H son grand divertissement chez la reine était d'entretenir « mademoiselle de La Fayette , et de la faire chanter. Elle se « maintint bien en cette faveur par les conseils de ceux et « celles de son parti , et n'oublia rien pour cela. Elle chan- « tait, elle dansait, elle jouait aux petits jeux avec toute la « complaisance imaginable; elle était sérieuse quand il fallait «l'être; elle riait aussi de tout son cœur dans l'occasion, et « même quelquefois un peu plus que de raison ; car, un soir «à Saint-Germain, en ayant trouvé sujet, elle rit si fort « qu'elle en pissa sous elle , si bien qu'elle fut long -temps

SUR MADAME DE LA FAYETTE. ^^fy

Las de l'amour et de l'ambition, préservé, par une sorte de disgrâce, du métier de courtisan , cet ancien acteur de la Fronde cultivait dans le repos un rare talent d'observation, un caractère noble et sérieux, et un esprit aussi agréable par ses formes que supérieur dans ses vues; madame de La Fayette disait de lui : « Il m'a donné de l'esprit; mais j'ai réformé son cœur. » Il y a, au reste, dans le dialecte des femmes, tant de sousentendus, que je ne serais point surpris que ré~ former un cœur voulût dire dans leur langue ,

*< sans oser se lever. Le roi l'ayant laissée en cet étal, la reine

<« la voulut voir lever , et aussitôt on aperçut une grande

" mare d'eau. Celles qui n'étaieiit pas de son parti ne purent

u se tenir de rire, et la reine surtout, ce qui offensa la ca-

«bale, d'autant plus qu'elle dit tout haut que c'était La

't Fayette qui avait pisse. Mademoiselle de Vieuxpont soute-

«< naitle contraire en face de la reine, disant que ce qui pa-

« raissait était du jus de citron, et qu'elle en avait dans sa

w poche qui avaient été' écrasés. Ce discours fut cause que la

« reine me commanda de sentir ce que c'était ; je le fis aussitôt,

«et lui dis que cela ne sentait point le citron; de sorte que

«tout le monde demeura persuadé qvie la reine disait vrai;

« elle voulut sur-lc— champ faire visiter toutes les filles pour

« savoir celle qui avait pissé , parce qu'elles disaient presque

« toutes que ce n'était point La Fayette ; mais elles s'enfuirent

«» dans leurs chambres. Toute cette histoire ne plut point au

«' roi, et moins encore la chanson qui en fut faite. » Mémoires

de La Porte ^ P^'g^ ^ïj ('àh. de Paris , 1701.

s'en einparer exclusivement : la version que je hasarde ici fut assez bien justifiée par les faits. Le monde vit pendant vingt-cinq ans, et avec ce respect qu'impose la constance , madame de La Fayette être jusqu'à la mort de M. de La Rochefoucauld , son amie intime , essentielle , inséparable; animer sa société, charmer ses douleurs et soigner sa fortune. On croit même , non sans vraisemblance, qu'elle eut quelque part au livre des Maximes; car le talent de cette jolie veuve tenait à la finesse de la réflexion plus qu'à l'entraînement du cœur, et tous ses mots , si dignes d'être retenus, sont moins des saillies de l'ame, que des modèles pour la précision du langage et la justesse de la pensée.

Madame de La Fayette avait pris le goût des lettres dans la maison de M. de La Vergne , son père. Elle continua de réunir dans sa société ceux qui les cultivaient , tels qiieHuet, La Fontaine et plusieurs autres, à l'exception de ce dangereux Racine, qui vit les grandes dames de son siècle conjurées contre lui, et mécontentes de la pénétration d'un poète qui ne laissait aux cœurs les plus habiles rien à lui apprendre et rien à lui cacher. Ségrais, gentilhomme ordinaire de mademoiselle de Montpensier, ayant quitté le service de cette princesse, à l'occasion de ses projets de mariage avec ie duc de Lauzun , accepta un loge-

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