‹ Œuvres de P. e. LemonteyChapitre 30 sur 40 · SUR MADAME DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

SUR MADAME DE LA FAYETTE

diocrei , est toujours clair, raisonnable , sans em- • phase et sans recherche.

Mais la véritable gloire de madame de La Fayette repose sur la Princesse de Clè^es , parce que ce livre est une création qui a changé une branche de la littérature. Scarron et son Roman comique avaient bien déjà décrédité la verbeuse famille du Cjrus et de la Cassandre ; mais un pas plus difficile restait à faire; il fallait remplacer ces éternelles rapsodies, et ce fut la Princesse de Clèves qui ouvrit la nouvelle carrière qu'attendaient les bons esprits. On vit pour la première fois un cadre simple rempli d'une action intéressante. Les combats de l'amour dans le cœur d'une femme honnête offrirent un tableau naturel , passionné , touchant, traité avec grâce et délicatesse , et s'emparant du lecteur par un trouble délicieux. Le succès en fut général , et pénétra dans les mœurs. Jusque vers le temps des romans de Crébillon, les noms de M. de Nemours et de madame de Glèves firent autorité dans les affaires de cœur h la ville comme à la cour. Cent fois cette aimable composition a servi de modèle , et je ne pense pas qu'elle ait encore été surpassée. On doit y rapporter toutes les louanges que Voltaire et La Harpe ont prodiguées à l'auteur.

Ce qu'on sait de l'esprit juste et réfléchi de madame de La Fayette s'accorde avec son caractère

3oo NOTICE SUR MAI). DE LA FÂYETTP:.

honorable, exact, mais privé d'indulgence et d'abandon. On disait pour la loi?er, que c'était une personne vraie, et cette acception du mot vrai fut inventée pour elle. Bussy et Gourville la jugèrent moins favorablement; on ne peut nier que ses lettres ne soient d'une froideur extrême; une fois madame de Sévigné a fait d'elle un vif éloge , tandis que d'autres passages de sa correspondance laissent échapper des plaintes sur je ne sais quoi de sec et de personnel qui la blesse dans le commerce de son amie. L'humeur et le délaissement obscurcirent ses dernières années; car il est pour les femmes un don supérieur aux plus brillans succès : je veux parler de cette surabondance d'amour et de bonté, qui tourmente peut-être les beaux jours, mais qui plus tard prolonge la jeunesse de l'ame, et rattache doucement à d'autres existences une trame qui s'use. Cette vie de sympathie, et pour ainsi dire de réserve, manqua au bonheur de madame de La Fayette ; la femme si long-temps digne d'envie et d'admiration, finit à soixante ans , entre le jansénisme et les maux de nerfs , une vieillesse ennuyée , malade et capricieuse.

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