‹ Œuvres de P. e. LemonteyChapitre 32 sur 40 · SUR MADAME DESHOULIÈRES · texte numérisé non relu

SUR MADAME DESHOULIÈRES

seulement en 1687, et à lage de cinquante -trois ans qu'elle en recueillit quelques-uns. Déjà elle ressentait les atteintes de la cruelle maladie qui la traîna au tombeau à travers douze années de soulfrances. Ces longues douleurs n'altérèrent ni son génie, ni sa patience, ni même le beau caractère

cevoir que ridylle des Moutons^ d'une analogie si parfaite avec ses autres idylles par les pensées, la philos^hie , le mouvement et l'expression poétique, soit préciséfnent , et soit seule dérobée à une muse étrangère? Mais quel est donc l'écrivain qu'elle aurait spolié? Antoine Coutel était son contemporain, et vivait à Blois. On voit par ses préfaces qu'il s'occupait d'érudition, et se gonflait de grec et de latin. Tout en protestant qu'il n'est pas poète, il a la manie de rimer. Rien n'est si détestable, si plat, si trivial, et quelquefois si {grossier et si obscène que ses Promenades ^ il ignore la plupart des règles, et surtout celle de l'hiatus; à de'faut d'idées il s'empare des poésies des auteurs vivans ou morts , tels que Desportes , Bertaud et autres , et il les défigure à sa manière, et ordinairement en stances d'e'gale mesure. C'est ainsi qu'il travestit deux fois la chanson de l'e'vèque de Séez , Félicité passée^ qui ne peut rei^enir, etc. ; en un mot, Coutel semble être l'original du poète campagnard que Destouches a mis sur la scène dans sa comédie àela Fausse Agnes ; et comme Destouches était né à Tours , et que le poète aux Promenades n'avait pu manqvier de laisser dans le pays une mémoire fort ridicule , il serait très— possible que ce que je donne ici pour une conjecture fût l'exacte vérité. Mais enfin, dira-t-on, Coutel n'a-t-il pas devancé madame Deshoulières? Ici l'étonncment redouble. Il paraît que de tous ceux qui ont parlé de

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de sa figure, si l'on en juge parle portrait qui fut fait d'elle peu de mois avant sa mort, et que la gravure a souvent reproduit. Des hommages consolans vinrent orner le déclin de sa vie. L'Académie d'Arles, et celle des Ricoi>ratiàe Padoue l'admirent au nombre de leurs titulaires. L'Académie fran-

Coutel, aucun n'avait vu son livre, ou du moins n'en avait vu un eX(|^mplaire qui ne fût pas mutilé. En effet , l'un en fixe l'impressipn en i64o , un autre en 1649 , et un troisième prétend qu'il est sans date , et sans nom de libraire , et dans tous les cas bien postérieure cette époque, puisqu'il contient une épitaphe latine de Pierre Forget de 1661. Le hasard m'a permis de dissiper ces incertitudes. J'ai découvert, chez un marchand de livres rares, celui de Coutel, qui ne se trouve point à la Bibliothèque du Roi. L'exemplaire est complet et bien conservé ; en voici le frontispice dans son intégrité: Promenades de inessire Antoine Coutel , chevalier^ seigneur de Monleaux , des Ruez , Fouj^nais , etc. A Blois ^ chez Alexis Moette , libraire et imprimeur du roi , dans la grand'rue , au nom de Jésus: 1676'. A la vérité, la première édition de madame Deshoulières est de 1687; mais dans cette édition et dans la suivante, l'Idylle des Moutons porte la date non suspecte de i6y4, c'est-à— dire antérieure de deux années au livre àes Promenades» On peut voir ce dernier entre les mains de M. Auger, mon confrère à l'Acade'mie française, à qui j'ai cède' mon acquisition ; on se convaincra que CouteJ a tailladé la pièce de madame Deshoulières, comme il avait fait de la chanson de l'évêque Bertaud, et que ce Procuste rimailleur était hors d'état de composer un seul vers de l'idylle qu'il a travestie selon sa coutume.

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