‹ Œuvres de P. e. LemonteyChapitre 9 sur 40 · REINE DE NAVARRE · texte numérisé non relu

REINE DE NAVARRE

Née à Angoulême en 1492; morte eu i549, ciii château d'Odo.»

eu Bigorre.

jVIarguerite de Valois, sœur unique de François l", a presque fait oublier sa beauté par réclat d'autres qualités plus précieuses. Elle échappa au péril d'épouser Henri VIII , roi d'Angleterre , pour tomber au pouvoir de deux maris peu dignes de la posséder, le duc d'Alençon, premier prince du sang , et ensuite Henri d'Albret , roi de Navarre.

Son frère eut sa principale affection ; elle le consola dans sa prison , et lui donna sur le trône des conseils qu'il ne suivit pas toujours. 11 la chargea plusieurs fois de recevoir les ambassadeurs, et de traiter les affaires les plus délicates. Elle unissait à un cœur sensible une ame forte, un jugement sain, un esprit pénétrant, un caractère enjoué, des grâces naturelles, et un désir constant de plaire , né de la bienveillance et non de l'anioui-

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propre. Sa vertu résista aux entreprises du favori Bonnivet, l'homme. le plus téméraire et le pliis séduisant de la cour (i); et sa réputation , sortie avec gloire de cette épreuve redoutable, ne fut •*pas atteinte par les fictions de Clément Marot, qui, page, poète et Gascon, usait des licences que tant de titres lui donnaient.

La reine de Navarre fit le bonheur de son peuple par un gouvernement sage et humain , et les délices de la cour de France par le charme de sa personne et de son esprit. La célèbre Anne de Boulen était sortie de cette brillante école. Marguerite sut mieux que son frère protéger les lettres et encourager les savans. Elle leur donna un asile dans ses États, et les défendit contre les fanatiques de ce temps-là, qui faisaient à leur propre religion l'injure de penser qu'elle ne pouvait être la croyance des gens d'esprit.

(i) Ce courtisan eut l'audace de faire pratiquer une trappe au plafond d'une chambre où devait coucher la reine , et s'y introduisit par ce moyen, quand il la crut endormie. Mais les cris de la princesse le déconcertèrent; et les marques qu'elle liii fit porter de sa colère furent le seul fruit qu'il recueillit de l'aventure. Marguerite alla se plaindre à son frère d'un outrage qu'il devait ressentir comme elle ; mais François I" ne lui répondit que par une scandaleuse moquerie , et ne vit rien de blâmable dans un crime aussi galant. Le prétendu honneur de la chevalerie est un des mille mensonges sur lesquels dort la crédulité de notre siècle.

SUR MARGUERITE DE VALOIS. iZi

Les Contes de la reine de Navarre offrent, comme ceux de Boccace, im tableau varié des ruses des amans, des tromperies des femmes, et de la débauche des gens d'église. Elle les composait dans sa litière, pour adoucir l'ennui de ses voyages. On remarque, comme un signe du progrès des mœurs, qu'ils sont un peu moins licencieux que les Cent Nouvelles précédemment recueillies par le roi Louis XI. Les contemporains en trouvèrent le style coulant et naturel; nous l'appelons naïf , parce que son imperfection nous représente en quelque sorte le bégaiement de l'enfance.

Les Hymnes et les Pastorales de Marguerite sont moins connues que ses Contes, Elle fit jouer en Béarn , par des comédiens ou bouffons qu'elle avait appelés d'Italie , des espèces de tragi-comédies tirées par elle du Nouveau-Testament, et rendues plus dramatiques par le mélange de diables et de moines. Elle poussa la passion de s'instruire jusqu'à observer dans toutes ses phases l'agonie et la mort d'une des filles de sa chambre, afin de vérifier un système qui était alors en vogue sur la séparation de l'ame et du corps. On sait qu'elle-même mourut d'apoplexie, en contemplant une comète.

Sa piété pure et élevée ne fut pas comprise par les superstitieux. Ils ont dit quelle vécut calviniste, et mourut catholique; ils calomnièrent jusqu'à sa noble devise, représentant une fleur qui regar-

i?>i NOTICE SUR MARG. DE VALOIS.

dait le soleil , avec ces mots : 7ion inferiora secutus. La Sorbonne censura un de ses livres trop plein de Tamour de Dieu. Des théologiens la représentèrent Qw furie de ï enfer ^ dans une farce qui fut jouée sur les tréteaux du collège de Navarre. Un cordelierd'Issoudun, pour qui elle demanda grâce, proposa en chaire, de l'enfermer dans un sac et de la jeter dans la rivière. L'inaltérable bonté de la reine, qui l'avait portée à soustraire quelques victimes aux bûchers de l'intolérance, était la cause de tant de fureur.

L'envie, qui assiège les princes, n*a pu nous transmettre un seul fait défavorable à Marguerite de Valois. Pour indiquer une tache à son caractère , il faudrait l'inventer. Étrangère aux vices de sa mère, aux folies de son frère, et aux travers de son temps ; belle et reine sans arrogance , vertueuse sans pruderie, savante sans pédantisme, douce et bonne sans faiblesse , chaste au milieu d'une cour corrompue, supérieure et fidèle à ses deux maris , elle est, sans contredit, la princesse la plus aimable, et la femme la plus parfaite qui soit sortie de la maison royale de France. Je ne sache point de trône qu'elle n'eût embelli , et point de siècle qu'elle n'eût honoré.

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