SABINE, JULIE
SABIXE.
En est-ce fait, Julie? et que m'apporlez-vous?
Est-ce la mort d'un frère, ou celle d'un époux?
Le funeste succès de leurs armes impies
De tous les combattants a-t-il fait des hosties?
Et, m'enviant l'horreur que j'aurais des vainqueurs,
Pour tous tant qu'ils étaient deniande-t-il mes pleurs?
JDLIE.
Qucil ce qui s'est passé, vous l'ignorez encore?
SABINE
Vous faut-il étonner de ce que je l'ignore? Et ne savez-vous point que de cette maison Pour Camille et pour moi l'on fait une prison? Jnlie, on nous renferme, on a peur de nos larmes: Sans cela nous serions au milieu de leurs armes, Et. par les désespoirs d'une chaste amitié, Kous aurions des deux camps tiré quelque pitié.
JDLIE.
Il n'était pas besoin d'un si tendre spectacle; Leur vue à leur combat apporte assez d'obstacle. Sitôt qu'ils ont paru prêts à se mesurer. On a dans les deux camps entendu murmurer : A voir de tels amis, des personnes si proches, Venir pour leur patrie aux mortelles approches. L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d'horreur. L'autre d'un si grand zèle admire la fureur; Tel porte jusqu'aux deux leur \ ertu sans égale. Et tel l'ose nommer sacrilège et brutale. Ces divers sentiments n'ont poutant qu'une voix : Tous accusent leurs chefs, tous détestent leur choix; Et, ne pouvant souffrir un combat si barbare, On s'écrie, on s'avance, enfin on les sépare.
SABINE
Que je vous dois d'encens, grands dieux, qui m'exaujoiiE. [cez!
Vous n'êtes pas, Sabine, encore où vous pensez :
\'ous pouvez espérer, vous avez moins à craindre; Mais il vous reste encore assez de quoi vous plaindre. En vain d'un sort si triste ou les veut garantir; Ces cruels généreux n'y peuvent consentir: La gloire de ce choix leur est si précieuse Et charme tellement leur âme ambitieuse. Qu'alors qu'on les déplore ils s'estiment heureux Et prennent, pour affront la pitié qu'on a d'eu.v. Le trouble des deux camps souille leur renommée; 11 combattront plutôt et l'une et l'autre armée Et mourront par les mains qui leur font d'autres lois Que pas un d'eux renonce aux honneurs d'un tel SABiME. [choix
Quoi ! dans leur dureté ces cœurs d'acier s'obstinent !
JULIE
Oui, mais d'autre côté les deux camps se mutinent, Et leurs cris des deux parts, poussés en même temps. Demandent la bataille ou d'autres combattants. La présence des chefs à peine est respectée, Leur pouvoir est douteux, leur voix mal écoutée; Le roi même s'étonne, et pour dernier effort : « Puisque chacun, dit-il, s'échauffe en ce discord, (( Consultons des grands dieux la majesté sacrée, « Et voyons si ce change à leurs bontés agrée. « Quel impie osera se prendre à leur vouloir « Lorsqu'en un sacrifice ils nous l'auront fait voir? » 11 se tait, et ces mots semblent être des charmes; Même aux six combattant ils arrachent les armes: Et ce désir d'honneur qui leur ferme les yeux. Tout aveugle qu'il est, respecte encor les dieux. Leur plus bouillante ardeur cède à l'avis de Tulle; Et, soit par déférence ou par un prompt scrupule, Dans l'une et l'autre armée on s'en fait une loi. Comme si toutes deux le connaissaient pour roi. Le reste s'apprendra par la mort des victimes.
SABINE
Les dieux n'avoueront point un combat plein de cri- J'en espère beaucoup, puisqu'il est différé, [mes; Et je commence à voir ce que j'ai désiré.