‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 107 sur 788 · CAMILLE, SABINE, JULIE · texte numérisé non relu

CAMILLE, SABINE, JULIE

SABINE

Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle.

CAMILLE

Je pense la savoir, s'il faut la nommer telle;

On l'a dite à mon père, et j'étais avec lui ;

Mais je n'en conçois rien qui flatte mon ennui :

Ce délai de nos maux rendra leurs coups plus rudes ;

Ce n'est qu'un plus long terme à nos inquiétudes:

Et tout l'allégement qu'il en faut espérer.

C'est de pleurer plus lard ceux qu'il faudra pleurer.

S.ABINE.

Les dieux n'ont point en valu inspiré ce tumulte.

Disons plutôt, ma sœur, qu'eu vain on les consulte. Ces mêmes dieux à Tulle ont inspiré ce choix,

IIORACK.

Kt la voix ilu |ail)Iic n'est pas toujoiiis li'ur voiv; Ils dcscendeul bien moins dans de si bas étages. Que dans rame des rois, leurs vivantes images. De qni rindépendante et sainte autorité Est un rayon secret de leur divinité.

ji'l.u:.

C'est vouloir sans raison vous former des obstacles (Jue lie clierclier ii'ur? voix ailleursqu'en leurs ora- Et vous ne vous pouvez figurer tout perdu, [des; Sans démenlir i ehii qui vous fut hier rendu.

CAMILLE

Un oracle jamais ne se laisse comprendre : On l'entend d'autant moins que plus on croit l'iMiten- Et, loin de s'assurer sur un pareil arrêt, [dre;

Qui n'y voit rien d'obscur doit croire que luut l'est.

SABINF.

Sur ce qu'il fait pour nous prenons plus d'assurance. Et souffrons les douceurs d'une juste espérance. Quand la faveur du ciel ouvre à de.mi ses bras. Qui ne s'en promet rien ne la mérite pas; Il empêche souvent qu'elle ne se déploie; Et, lorsqu'elle descend, son refus la renvoie.

CAMILLE

Le ciel agit sans nous en ces événements Et ne les régie point dessus nos sentiments.

JDLIE.

Il ne vous a fait peur que pour vous faire grâce. Adieu : je vais savoir comme enfin tout se passe. i\lodérez vos frayeurs; j'espère à mon retour Ne vous entretenir que de propos d'amour; Et que nous n'emploierons la fin de la journée Qu'aux doux préparatifs d'un heureux hyménée.

SABL\E.

J'ose encor l'espérer. s

CAMILLE

Moi, je n'espère rien.

Jl'LlE.

L'effet vous fera voir que nous en jugeons bien.

SCÈM- IV

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