‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 108 sur 788 · SABINE, CAMILLE · texte numérisé non relu

SABINE, CAMILLE

SABINE

Parmi nos déplaisirs souffrez que je vous blâme ; Je ne puis approuver tant de trouble en votre àme ; Que feriez-vous, ma sœur, au point où je me vois. Si vous aviez à craindre autant que je le dois. Et si vous attendiez de leurs armes fatales Des maux pareils aux miens, et des pertes égales?

CAMILLE

Parlez plus sainement de vos maux et des miens : Chacun voit ceux d'autrui d'un autre œilque les siens; .A!.-.!s, à bien regarder ceux où le ciel me plonge, I ''S vùires auprès d'eux vous sembleront un songe. La seule mort dlloraee est à craindre pour vous. Des frères ne sont rien à l'égal d un époux; L'hymen qui nous attache en une autre famille î<ûus détache de celle où l'on a vécu lille;

On voit d'un œil divers des nonids si différents. Et pour suivre un mari l'on quitte ses parents; Mais, si près d'un hymen l'amant que donne un père Nous est moins qu'un éponx. et non pas moins qu'un

[frère; Nos sentiments entre eux demenreiit suspendus, Notre choix impossible, et nos vœux confondus. Ainsi, ma so;ur, du moins vous avez dans vos plaintes Où porter vos souhaits et terminer vos craintes; Mais, si le ciel s'obstine à nous persécuter, Pour moi j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter.

SABINE

Quandilfautquel'un meureetparlesmainsdeTautre, C'est un raisonnement bien mauvais que le vôtre. Quoique ce soient, ma sœur, des nœuds bien différents, C'est sans les oublier qu'on quitte ses parents : L'hymen n'efface point ces profonds caractères : l'our aimer un mari, l'on ne hait pas ses frères; La nature en tout temps garde ses premiers droits; Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix; Aussi bien qu'un époux ils sont d'autres nous-mêmes; Et tous maux sont pareilsalorsqu'ils sont extrêmes; Mais l'amant qui vous charme et pour qui vousbrûle? Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez; Une mauvaise humeur, un peu de jalousie. En fait assez souvent passer la fantaisie '. Ce que peut le caprice, usez-le par raison, Et laissez votre sang hors de comparaison : C'est crime qu'opposer des liens volontaires X ceux que la naissance a rendus nécessaires. Si donc le ciel s'obstine à nous persécuter. Seule j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter; .Maispour vousle de voir vousdonne, dans vosiilaintes, Où porter vos souhaits et terminer vos craintes.

CAMILLE

Je le vois bien, ma sœur, vous n'aimâtes jamais: Vous ne connaissez point ni l'amour ni ses traits; On peut lui résister quand il commence à naître, Mais non pas le bannir quand il s'est rendu maîiie. Et que l'aveu d'un père, engageant notre foi, A fait de ce tyran un légitime roi :

11 entre avec douceur, mais il règne par force; Et, quand l'âme une fois a goûté son amorce. Vouloir ne plus aimer, c'est ce qu'elle ne peut. Puisqu'elle ne peut plus vouloir que ce qu'il veut : Ses chaînes sont pour nous aussi fortes que belles.

SCÈiN'E V

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