‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 115 sur 788 · C.VMILLE · texte numérisé non relu

C.VMILLE

Oui, je lui ferai voir, par d'infaillibles marques, Ou'un véritable amour brave la main des Parques, Et ne prend point de lois de ces cruels tyrans Qu'un astre injurieux nous donne pour parents. Tu lilàmes ma douleur, tii l'oses nommer làcbe; Je l'aime d'autant plus que plus elle te fâche. Impitoyable père, et par un juste effort .le la veux rendre égale aux rigueurs de mon sort. En vit-on jamais un dont les rude> traverses Prissent en moins de rien tant de faces diverses? (Jui fût doux tant de fois, et tant de fois cruel. Et portât tant de coups avant le coup mortel? Vit-on jamais ujie âme en un jour plus atteinte De joie et de douleur, d'espérance et de crainte: Asservie en esclave à plus d'événements. Et le piteux jouet de plus de changements? Un oracle m'assure, un songe me travaille; La paix calme l'effroi que me fait la bataille ; Mon hymen se prépare, et jnesque en un moment Pour combattre mon frère on choisit mon amant; Ce choix me désespère, et tous le désavouent, La partie est rompue, et les dieux la renouent; Rome semble vaincue, et seul des trois Albains, Curiace en mon sang' n'a puint trempé ses mains. 0 dieux! sentais-je alors des douleurs trop légères l'ourle malheur de l'.ome et la mort de deux frère.-? Et me flattais-je trop quand je croyais pouvoir L'aimer encor sans crime et nourrir quelque espoir? Sa mort m'en punit bien, et la façon cruelle Dont mon >àme éperdue en reçoit la nou\elle; Son rival me l'apprend, et. faisant à mes yeux D'un si triste succès le récit odieux, 11 porte sur le front une allégresse ouverte, tjue le bonheur public fait bien moins que ma perle. Et, bâtissant en l'air sur le malheur d'autrui. Aussi bien que mon frère il triomphe de lui. Mais ce n'est rien encore au prix de ce (^ui reste : On demande ma joie en un jour si funeste ; 11 me faut applaudir aux exploits du vainqueur. Et baiser une main ([ui me perce le cœur. En un sujet de pleurs si grand, si légitime, Se plaindre est une honte, et soupirer un crime;

Leur brutale vertu veut qu'on s'estime heureux,

Et si l'on n'est barbare on n'est point généreux.

Dégénérons, mon cœur, d'un si vertueux père;

Soyons indigne sœur d'un si généreux frère :

C'est gloire de passer pour un cœur abattu

Quand la brutalité fait la haute vertu.

Éclatez, mes douleurs 1 à quoi bon vous contraindre?

Quand on a tout perdu, que .«aurait-on plus craindre '

Pour ce cruel vainqueur n'ayez point de respect;

Loin d'éviter ses yeux, croissez à son aspect;

Offensez sa victoire, irritez sa colère.

Et prenez, s'il se peut, plaisir à lui déplaire.

Il vient; préparons-nous à montrer constamment

Ce que doit une amante à la luort d'un aman!

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