‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 14 sur 788 · DEE · texte numérisé non relu

DEE

Nomme Jason l'antenr de cette trahison.

Et. pour venger son père, assiège ma maison.

Mais jetais di'jà loin, aussi bien que Médée ;

El, ma famille eiilin à Corintln' abordée,

iV'ous saluons Créon, dont la bénignité

Nous promet contre .\castc un lieu de sfirelé.

Que vous dirai-je plus? mon bonheur ordinaire

M'acquiert les volontés de la fille et du père;

Si bien que, de tous deux également chéri,

L'un me veut pour son gendre, et l'autre pour mari.

D'un rival couronné les grandeurs souveraines,

La majesté d";Egée, et le sceptre d'Athènes,

^"ollt rien, à leur avis, de comparable à moi.

Et, banni que je suis, je leur suis jilus qu'un roi.

Je vois trop ce bonheur, mais je le dissimule;

Et, bien que ])our Creuse un pareil feu me hrùle,

Du devoir conjugal je combats mon amour.

Et je ne l'entretiens que pour faire ma cour.

Acaste cependant menace d'une guerre Qui doit perdre Créon et dépeupler sa terre ; Puis, changeant tout ;i coup ses résolutions. Il jiropose la \iin\ sons des conditions. Il demande d'abord et Jason et Méd''e : On lui refuse l'un, et 1 autre est accordée; Je l'empêche, on débat, et je fais lellemeni. Qu'enfin il se réduit a son bannissement. De nouveau je l'empêche, et Créon me refuse; Et, pour m'en consoler, il m'offre sa Creuse. Qu'eussé-je fait, Pollux, en celte extrémité Qui commettait ma vie avec ma loyauté?

Car, sans doute, à quitter l'utile pour rhonnête, La paix allait se faire aux dépi'ns de ma tète; Le mépris insolent des offres d'un grand roi Aux mains d'un ennemi livrait Médée et moi. Je l'eusse fait pourtant si je n'eusse été père : L'arnour de mes enfants m'a fait l'àme légère ; Ma perte était la leur; et cet hymen nouveau Avec Médée et moi les tire du tombeau : Eux seuls m'ont fait résoudre, et la paixs'est conclue.

rOLL'JX.

Bien que de tous côtés l'affaire résolue Ne laisse aucune place aux conseils d'un ami. Je ne puis toutefois l'approuver qu'à demi. Sur quoi que vous fondiez un traitement si rude. C'est montrer pour Médée un peu d'ingratitude ; Ce qu'elle a fait pour vous est mal récompensé. 11 faut craindre après tout son courage offensé; [mes. Vous savez mieux que moi ce que peuvent ses cliar-

JASON

Ce sont à sa fureur d'épouvantables armes ; Mais son bannissement nous en va garantir.

POLLUX

Gardez d'avoir sujet de vous en repentir.

JASON

Quoiqu'il jnii>se arriver, ami, c'est chose faite.

poLi.rx.

La termine le ciel comme je le soiiliaile ! Permettez ceiiendant qu'alin de maequitter J'aille trouver le roi pour l'en féliciter.

ACTK I, S ci: NT IV.

JASON

.le vous y coïKliiiniis; iriiiis j'allrmls ma piMin-i's-ic, Qui va sortir du lciii]ili'.

Pdl.LIN.

Ailii'ii: raiiinur vous ]iressi'.

Et je serais marri qu'un soin oflirieux Vous fît perdre pour moi des temps si préiicux I

Sr,l-NE II

.l.\::ON

Depuis que mou esprit est capable de ilammr.

Jamais un trouble égal n'a eonfoudn mon àme.

Mon cœur, qui se ])artage endeu\ alferiioiis.

Se laisse décbirer à mille passions.

Je dois tout à Médée, et je ni' puis sans ixiiile

Et d'elle et de ma foi tenir si peu de compte:

Je ddis tout à (jv(ui, et d'nn si puissant mi

Je fais un enni'mi si je garde ma foi :

Je regrette .Mcdi'c, et j'adore Oréifse ;

Je vois mon crinu^ en l'une, en l'autre mon excuse :

Va de.s,sus mon regret mes désirs trionjpliants

Ont encor le secours du soin de mes enfants.

Mais la princesse vient ; l'iclat d'un tel visage Du pluscouilaut du monde attirerait l'IioinnKigi', Et semble reprocber à ma lidélilé D'avoir ose tenir contre tant de beauté.

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