‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 157 sur 788 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

UVIE, AUGUSTE, Cl.NN\, .I:;MILI1î , FUUVIi:.

LIllK.

Vous ne connaissez pas encor tous les complices; Votre jEmilie en est. Seigneur, el la voici.

ClNNA.

C'est elle-même, ô dieux!

ACGISTE.

Et toi, ma fille, aussi 1

Oui, tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour me plaire. Et j'en étais, seigneur, la cause et le salaire.

AIC.USTE.

Quoi I l'ainour qu'en ton cœur j'ai fait naître aujour- T'emporte-t-il déjà jusqu'à mourir pour lui ! [d'iiui Ton âme à ces transports un peu trop s'abandonne. Et c'est trop toi aimer l'amant que je te donne.

£MILIE.

Cet amour qui m'expose à vos ressentiments N'est point le prompt effet de vos commandemente; Ces flammes dans nos cœurs sans votre ordre étaient

[nées, Et ce sont des secrets de plus de quatre années; Mais, quoique je l'aimasse et qu'il brCilàtpour moi, Lue haine plus forte à tous deux fit la loi; .Je ne voulus jamais lui donner d'espérance, (Ju'il no m'eût de mon père assuré la vengeance; Je la lui fis jurer; il chercha des amis : .^ Le ciel rompt le succès que je m'étais promis. Et je vous viens, seigneur, offrir une victime. Non pour sau\er sa vie en me chargeant du crime : Son trépas est trop juste après son attentat, Et toute excuse est vaine en un crime d'État : Mourir en sa présence et rejoindre mon père. C'est tout ce qui m'amène et tcjut ce que j'espère.

ALT.lSTl;.

Jusques à quand, 0 ciel, et par quelle raison Prendrez-vous contre moi des traits dans ma maison? Pour ses débordements j en ai chassé Julie ; Mon amour en sa place a fait choix d'iEmilie, Et je la vois comme elle indigne de ce rang. L'une m'ùtail l'honneur, l'autre a soif de mon sang; Et, prenant toutes deux leur passion pour guide, L'une fut iuipudique, et l'autre est parricide. 0 ma fi Ile I est-ce là le prix de mes bienfaits?

iEMlLIE.

Ceux de mon père en vous firent mêmes effets.

AUGUSTE

Songe avec quel amour j'élevai ta jeunesse.

.tinuE. , Il éleva la vôtre avec même tendresse; Il fut votre tuteur, et vous son assassin; Et vous m'avez au critne enseigné le chemin : Le mien d'avec le vôtre en ce point seul difi' re. Que votre ambition s'est immolé mon père. Et qu'un juste courroux dont je me sens brûler .■\ son sang innocent voulait vous immoler.

IIVIE.

C'en est trnp. .Emilie, arrête, et considère Qu'il t'a trop bien payé les bienfaits de ton père : Sa nmrl, dojit la mémoire allume ta fureur. Fut un crime d'Octave, et non de l'empereur.

Tous ces crimes d'Etat qu'on fait pour la couronne. Le ciel nous en absout alors qu'd nous la donne. Et, dans le sacré rang où sa faveur l'a mis, Le passé devient juste et l'avenir permis. Qui peut y parvenir ne peut être coupable ; Quoi qu'il ait fait ou fasse, il est inviolable : Nous lui devons nos biens, nos jours sont en sa main; Et jamais on n'a droit sur ceux du souverain.

/EMILIE

Aussi, dans le discours que vous venez d'entendre. Je parlais pour l'aigrir, et non pour me défendre.

Punissez donc, seigneur, ces criminels appas Qui de vos favoris font d'illustres ingrats; Tranchez mes tristes jours pour assurer les vôtres.

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