‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 164 sur 788 · ACTE I, s(:l■:^'^•. ii · texte numérisé non relu

ACTE I, s(:l■:^'^•. ii

N'iiMî ili'phiirp aux yeux iIomI il est posst'ili'. [.'(H'casion, Ni'nrquo, est-elle si pressante (,Mi il faille t'Iro iiiseiisiMe aux soupirs d'une amante? l'ar un peu Je remise éparpuims you ennui, Pourfiiire l'ii plein n'posce qu'il tniulileaujonivriini.

MiAI'.OUt.

A\t'z-\ons eependant une pleine assurance l)a\uir assez de vie ou de persévérance? lit Dieu.cjni lient votre âme et vos jours dans sa main, Promet-jl à vos vœux de le pouvoir demain? Il est toujours tout juste et tout bon; mais sa grâce iNe descend pas toujours avec même el'licace; Apres cerlaiiis monieuls que perdent nos longueurs, Klle (|uitti' ci's traits qui pénètrent les cceurs; Le notre s'endurcit, la repousse, l'ésare : ; Le bras qui la versait en deviei.t plus av^ire, j ^t cette sainte ardeur ([ui doit porter au bien ! Tondie plus rarement, ou n'opej'e plus rien. Celle qui vous pressait de courir au baptême, laufîuissante déjà, cesse d'être la même, Et, pour quelques soupirs qu'on vous a l'ait ouir. Sa llannne se dissipe et va s'évanouir.

rOLltl'CIE.

Vous me connaissez mal : la même ai'deur Iiri'ili',

Et le désir s'accroît quand l'effet se recule.

Ces pleurs, que je regarde avec un œil d'époux.

Me laissent dans le cœur aussi chrétien que \ous:

Mais, pour en recevoir le sacré caractère

Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire,

Et (|ui, purgeant notre âme et dessillant nos yeuN,

Nous rend le premier droit que nousa\ionsauxcieux.

Bien que je le préfère aux grandeurs d'un empire,

Comme le bien suprême est le seul où j'aspire.

Je crois, pour satisfaire un juste et saint aiuoui-,

Pouvoir un peu remettre, et différer d^in jiuir.

NÉAnQUE.

Ainsi du genre humain l'ennemi vous abuse : Ce qu'il ne peut de force, il l'entreprend de ruse. Jaloux des bons desseins qu'il làcbe d'ébranler, (Juand il ne les peut rouipie, il pousse à reculer; D'obstacle sur obstacle il va troubler le voire, Aujourd'hui par des pleurs, chaque jour par quelque Et ce songe, rempli de noires visions. [autre;

N'est que le coup d'essai de ses illusions : 11 met tout en usage, et prière, et menace ; Il attaque toujours, et jamais ne se lasse; Il croit pouvoir eiilin ce qu'encore il n'a pu, Et ([ue ce qu'on diffère est à demi rompu. (line. liompez ses premiers coups; laissez pleurer Pau- Dieu ne veut point d'un co'ur où le monde domine, Qui regarde en arrière, et, douteux en son choix, Lorsque sa \oix l'appelle, écoute une autre voix.

COLÏEDCIU.

Pour se donner à lui faut-il n'aimer personne?

NÉARQUE

iVous pouvons tout aimer, il le souffre, il l'inxbjnne; Mais, à vous dire tout, ce .Seigneur dgs seigneurs Veut le premier amour et les premiers honneurs. Comme rien n'est égal ;i sa grandeur suprême,

Il faut ne rii-n aimer (|u'après lui, r|u'eii lui-mêiue, Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens, et rang. Exposer jiour .sa gloire et ver.ser tout .son sang. Mais que vous êtes loin de celte ardeur parfaite Qui vous est néces'^aire et que je vous souhaite 1 Je ne puis \ous parler (jue les larmes aux yeux. l'oluMicte, anj(nird'lini qu'on noushaiten tous lieux. Qu'on croit servir l'Etat quand on nous persécute. Qu'aux plus ;lpres tourments un chrétien est en bulle, Comment en pourriez-vous surmonter les douleurs Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs?

riiLYEUCTE.

Vous ne m'étonnez point; la pitié qui me blesse Sied bien aux plus grands cœurs et n'a point de fai-

[hlesse.

Sur mes pareils, ^■éar(|ue, un bel o'il est bien fort : Tel craint de le fàclier (jui ne craint pas la ujorl ; El, s'il faut affronter les plus cruels supplices,

Y trouver des appas, en faire mes délices. Votre Dieu, que je n'ose encor nommer le mieu. M'en donnera la force eu me faisant cbrélieu.

■m';ai;que.

Ih'itez-vous donc de l'êlre.

i'ni,YET;ciE.

Oui, j'y cours, cher Néaniue, Je brûle d'en porter la glorieuse marque. Mais Pauline s'afflige et ne peut consentir, Tant ce songe la trcfuble, à me laisser sortir.

m'ahque.

Votre retour pour elle en aura plus de charmes; Dans une heure au plus tard vous essuierez ses larmes Et Iheur de vous revoir lui semblera plus doux, Plus elle aura pleuré pour un si cher époux. Allons, on nous attenil.

rOLYELCTE.

Apaisez donc sa crainte Cl calmez la douleur dont son âme est atteinte. Elle revient.

NÉACQUE.

Fuyez.

POLVECCTE.

Je ne puis.

NÉARQl'L,

Il le faut; Fuuz un ennemi qui sait votre défaut.

Qui le trouve aisément, qui hlesse par la \ue. Et dont le coup mortel vous plaît quand il vous tue.

SCKNK II

rut.VKCCTE, KÉARQUE, PAULINE, STRATONICE.

rOLÏECCTE.

Fuyons, puisqu'il le faut. Adieu, Pauline, adieu. Dans une heure au plus tard je reviens en ce lieu.

l'AUl.IXE.

Quel sujets! piessant ;'i sortir vous convie?

V va-t-il de l'honneur? y va-t-il de la vie?

POLYEUCIE.

Il y \a de bien pins.

POLVKICTE.

r»i UNE.

Quel l'sl donc ce soiivl?

l'OLVrUCTE.

Vijus le sMiiivz un jniii- : ji' \tjus (piille à reyrel; Mais enliii il le faut.

PAULINE

Vous m'ai liiez.'

POLYEUCTË.

Je VOUS aime, Le ciel m'en soit témoin, cent fois plus que moi- Mais... [même;

l'AULl.NE.

Mais mon déplaisir ne vous peut émouvoir! ■Vous avez des secrets que je ne puis savoir! Quelle preuve d'amour! Au nom de l'hyménée, Donnez à mes soupirs celte seule journée.

rOLïEUCTE.

Un songe vous fait peur?

rAULIjSE. '

Ses présages sont vains, Je le sais; mais enfin je vous aime, et je crains.

lOLÏEDCTE.

Ne craignez rien de mal pour une heure d'absence. Adieu : vos pleurs sur moi prennent trop de puissance; Je sens déjà mon cœur prêt à se révolter, Et ce n'est qu'en fuyant que j'y puis résister.

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