‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 208 sur 788 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PTOLOJIÉE, CLÉOPATRE. CIIARMION.

PTOLOJIÉE.

Savez-vous le bonheur dont nous allons jcuiir. Ma so'ur?

CIÉOP.MKE.

Oui, je le sais, le grand César arrive : Sous les lois de Pholin je ne suis plus cajitive.

PTOLOMÉE

Vous haïssez toujours ce fidèle sujet?

CLÉOPATRE

i\on, ifiaisen liberté je ris de son projet.

l'TOLOMÉE.

Quel prnjel faisait-il dont \ous puissiez vous plaindre?

CLÉOPATRE

J'en ai souffert beaucoup, et j'avais plus à craindre. Un SI grand politique est capable de tout;

POMPÉE

Kt vous donnez los mains à tout ce qn"il n'sout.

PTOLOMÉi;.

Si je suis ses conseils, j'en connais la prudence.

CLKOPATRE.

Si j'en ciiiins les effets, j'en vois la violence.

PIOLOMÉE.

Pour le liien de l'Ktat tout est juste en un roi.

CLÉOPATHE.

("e genre de justice est à craindre pour moi ; Après ma part du sceptre, à ce titre usurp('e. Il en coule la vie et la tète à Pompée.

PTOLOMÉE

Jamais un coup d'État ne fut mieux entre]iris. Le vonlanl secourir, (A'sar nous eût surpris; Vous voyez sa vites.se; et l'Egypte troublée. Avant qu'être en défense, en serait accablée; Mais je puis niaintenaiit à cet heureux vainqueur Offrir en sûreté mon trône et votre cœur.

CLÉOPATRË.

Je ferai mes présents, n'ayez soin que des vôtres, Et dans vos intérêts n'en confondez point d'autres.

PTOLOMÉE

Les vôtres sont les miens, étant de même sang.

Vous pouvez dire encore, étant de même rang, Liant rois l'un et l'autre; et toulefois je pense Que nos deux iiilérèts ont quelque différence.

PIOLOMÉE.

Oui, ma sœur, car l'État, dont mon cœur est conleiil. Sur quel([ues bords du INil à grand'peine s'étend : Mais César, à vos lois soumetlant son courage, Vous va faire régner sur le Gange et le Tage.

CLÉOPATllE.

J'ai de l'anibilion, mais je la sais régler :

Elle peut ni'éblouir, et non pas m'aveugler.

Ne parlons point ici du Tage ni du Gange;

Je connais ma portée et ne prends point le change.

PIOLOMÉE.

L'occasion vous rit, et vous en userez.

CLÉOPATRË .

Si je n'en use bien, vous m'en accuserez.

PIOLOMÉE.

J'en espère beaucoup, vu l'amour qui l'engage.

CLÉOPATRË.

Vous la craignez peut-être encore davantage; Mais, quelque occasion qui me rie aujourd'hui, N'ayez aucune peur, je ne veux rien d'antrui; Je ne garde pour vous ni haine ni colère; Et je suis bonne sœur, si vous n'êtes bon frère.

l'TOLOMÉE.

Vous montrez cependant un peu bien du mépris.

Le temps de chaque chose ordonne et fait le prix.

PIOLOMÉE.

Votre façon d'agir le fait assez connaître.

CLÉOPATRË.

Le grand César arrive, et vous avez un maîlre.

PTOLOMÉE

Il l'est de tout le monde, et je l'ai fiiit le mien.

CLEOPATRË.

Allez lui rendre hommage, et j'attendrai le sien. Allez, ce n'est pas trop pour lui que de vous-même; Je garderai pour vous l'honneur du diadème, l'hotin vous vient aider à le bien recevoir; Consultez avec lui quel est votre devoir.

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