‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 226 sur 788 · SCÈNE PUEMIERK · texte numérisé non relu

SCÈNE PUEMIERK

DORANTE, CLITON

DunAME.

A la fin j'ai quitté la robe pour l'épi'i? : L'attente où j"ai vécu n"a point été trompée; Mon père a consenti que je suive mon choix, Et j"ai fait banqueroute à ce fatras de lois. Mai.s. puisque nous voici dedans les Tuileries, Le pays du beau monde et des galanteries, llis-moi. me trouves-tu l)ien fait en cavalier' l\e vois-tu rien en moi qui sente l'éiolier? Comme il est malaisé qu aux ruvaumes du code On apprenne à se faire un visage à la mode. J'ai lieu d appréhender...

CLITON

Xe craignez rien pour vous, Vous ferez en une heure ici mille jaloux. Ce visage et ce port n'ont point l'air de l'école. Et jamais comme vous on ne peignit Barthole: Je prévois du malheur pour beaucoup de maris. Mais que vous semble encor maintenant de Paris?

D0R.4NTE.

J'en trouve l'air bien doux, et cette loi bien rude Qui m'en avait banni sous prétexte d'étude.

Toi, qui sais les moyens de s'y bien divertir, .\yant eu le bonheur de n'en jamais sortir, Dis-moi comme en ce lieu l'on gouverne les dames.

CllTON.

(l'est là le plus beau soin qui vienne aux belles âmes,

Disent les beaux esprits. .Mais, sans faire le fin,

Vous avez l'appétit ouvert de bon matin!

D'hier au soir seulement vous êtes dans la ville.

Et vous vous ennuyez déjà d'être inutile.'

Votre humeur sans emploi ne peut passer un jour:

Et déjà vous cherchez à pratiquer l'aïuour;

Je suis auprès de vous en fort bonne posture

De passer pour uu homme à donner tablature ;

J'ai la taille d'un mattre en ce noble métier.

Et je suis, tout au moins, l'intendant du quartier.

DOr.ANTE.

Ne t'effarouche point : je ne cherche, à vrai dire, (Jue quoique connaissance où l'on se plaise à rire. Qu'on puisse visiter par divertissement, Où l'on puisse en douceur couler quelque momciil. l'our me connaître mal, tu prends mon sensâ gauche.

CLITOX.

J'entends, vous n'êtes pas un homme de déliauche. Et tenez celles-là trop indignes de vous Que le son d'un écu rend traitables à tous : .\ussi cfue vous cherchiez de ces sages coquettes Où peuvent tous \eiiants débiter leurs fleurettes, Mais qui ne font l'amour que de babil l't d'yeux. Vous êtes d'encolure à vouloir un peu mieux. Loin de passer son temps, chacun le perd chez elles; Et- le jeu, comme on dit, n'en vaut pas les chandelles. Mais ce serait pour vous un bonheur sans égal Que ces femmes de bien qui se gouvernent mal, Et de qui la vertu, quand on leur fait service. N'est pas incompatible avec un peu de vice. Vous en verrez ici de toutes les façons. .Ve me demandez point cependant de leçons: Uu je me connais mal à voir voire visage. Ou vous n'en êtes pas à votre apprentissage : Vos lois ne réglaient pas si bien tous vos desseins, ijue vous eussiez toujours un portefeuille aux mains,

DORAMC.

A ne rien déguiser, Cliton, je te confesse

Qu'à Poitiersj'ai vécu comme vit la jeunesse;

J'étais en ces lieux-là de beaucoup de métiers : 4

Mais Paris, après tout, est bien loin de l'oilier>.

Le clirnat différent veut une autre méthode :

Ce qu'on admire ailleurs est ici hors de mode;

La diverse façon de parler et d'agir

Donne aux nouveaux venus souvent de quoi rougir.

Chez les provinciaux on prend ce qu'on rencontre:

Et là, faute de mieux, un sot passe à la montre.

Mais il faut à Paris bien d'autres qualités;

On ne s'éblouit point de ces fausses clartés;

Et tant d'honnêtes gens, que l'on y voit ensemble.

Font qu'on est mal reçu si l'on ne leur ressemble.

CLITON

Connaissez mieux Paris, puisque vous en parlez.

Paris est un grand lieu plein de uiarchands mêlés; L'effet n'y répond pas toujours à l'apparence; On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France; Et, parmi tant d esprits plus polis et meilleurs, 11 y croît des badauds autant et plus qu'ailleurs. Dans la confusion que ce grand monde apporte, 11 y vient de tous lieux des gens de toute sorte; Et dans toute la France il est fort peu d'endroits Dont il n'ait le rebut aussi bien que le choix. Comtne on s'y connaît mal, chacun s'y fait de mise, Et vaut communément autant comme il se prise : De bien pires que vous s'y font assez valoir. Mais, pour venir au point que vous voulez savoir, Étes-vous libéral?

DOl'.A.Mf.

Je ne suis point a\are

Page 1