‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 358 sur 788 · EXAMEN DE RODOGUNE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE RODOGUNE

cuiid, ferait eonnatlre beaucoup do cliuscs par sa conlidence avec cette Laonice, et par le récit <|u"elle en a l'ait à ses di'ux fils, pour leur reineltre devant les yeux combien ils lui ont d'obligation ; mais ces deux scènes demeureraient assez obscures, si celle narration ne les avait précédées, el du moins les justes défiances de Itodogune à la lin du premii'r acte, et la iieinture (jue Cléopàlre fait d'ellc-mrine dans son monologue qui ouvre le second, n'auraient pu se faire entendre sans ce secours.

.l'avoue qu'elle est sans artifice et qu'iui la fait il' sang-froid à un personnage |)rotalique, qui se pnurrail toutefois justilier par les deux exemples de iVrence (jue j"ai cités sur ce sujet au premier disl'ours. Timagéne, qui l'écoulé, n'est introduit que ji liir l'écoutei', bien (jue je l'emploie au cinquième ;i r.iire celle de la mort de Séleucus, qui se pouvait fiire par un autre. Il l'écoute sans y avoir aucun nitiTèt notable, et par simple curiosilé d'apprendre ce qu'il pou\ ait avoir su déjà en la cour d'Egypte, oii il était en assez bonne posture, étant gouverneur des neveux du roi, pour entendre di s nouvelles assurées de tout ce ([ui se passait dans la Syrie, qui en est voisine. D'ailleurs, ce qui ne peut recevoir il'i'xeuse, c'est (jue, comme il y avait déjà quelque triiips qu'il était de retour avec les princes, il n'y a pas d'apparence qu'il ait attendu ci' grand jour di' cérémonie pour s'informer de sa sœur comment SI' sont passés tous ces troubles, qu'il dit ne savoir que confusément. l'ollux, dans Médéc, n'est qu'un |i rsonnage protalique qui écoute sans intérêt r mime lui; niais sa surprise de voir Jason à Corin- Ihi'. où il vient d'arriver, et son séjour en Asie, que la mer en sépare, lui donnent jusie sujet d'ignorer ce qu'il en apprend. La narration ne laisse pas de demeurer froide comme celle-ci, parce qu'il ne s'est encore rien passé dans la pièce qui excite la curiosité de l'auditeur, ni qui lui puisse donner quelque émotion en l'écoutant; mais, si vous voulez réfléchir sur celle de t^uriace dans VHoruce, vous trouverez qu'elle fait tout un autre effet. Camille, qui l'écoute, a inlérèl, comme lui, à savoir comment s'est faite une paix dont dépend leur mariage; et l'auditeur, que Sabine el elle n'ont entretenu ([ue de leurs malheurs et des appréhensions d'une bataille qui se va donner entre deux partis, où elles voient leurs frères dans l'un et leur amour dans l'autre, n'a pas moins d'avidité qu'elle d'apprendre comment une paix si surprenante s'est pu conclure.

Ces défauts dans cette narration conlirmenl ce que j'ai dit ailleurs, que, lorsque la tragédie a son fondement sur des guerres entre deux Etats, ou sur d'autres affaires publiques, il est très-malaise d'introduire un acteur qui les ignore et qui puisse recevoir le récit qui en doit instruire les spectateurs en parlant à lui.

J'ai déguisé quelque chose de la vérité historique

en celui-ci ; Cléopàtre n'épousa Antiocluis qu'en

haine de ce que son mari avait épousé lîodogune

I chez les Parthes, et je fais qu'elle ne l'épouse (jue

I parla nécessité de ses affaires sur un faux bruit de

la mort de Demétrius, tant pour ne la faire pas mé-

chante sans nécessité, comme Ménélas dans Vûrestc d'Euripide, que pour avoir lieu de feindre que Demétrius n'avait pas encore épousé lîodogune. et venait l'épou-ser dans son royaume pour la mieux établir eu la place de l'autre par le consentement de ses jieuples et assurer la couronne aux enfants ((ui naîtraient de ce mariage. Cette fiction m'était absolument nécessaire, afin qu'il fût tué avant (|ue de l'avoir épousée, et que l'amour que ses deux lils ont pour elle ne fît point d'horreur aux speclaleui-s, qui n'auraient pas manqué d'en prendre «ne assez forte, s'ils les eussent vus amoureux de la veuve de leur père, tant cette affection incestueuse répugne à nos mœurs!

Cléopàtre a lieu d'attendre ce jour-là à faire confidence à Laonice de ses desseins et des véritables raisons de tout ce qu'elle a fait. Elle eût pu trahir son secret aux princes ou à lîodogune, si elle l'eût su plus lot; et celte ambitieuse iiiere ne lui en fait part qu'au moment qu'elle veut bien qu-'il éclate, par la cruelle proposition qu'elle va faire à ses fils. On a trouvé celle que lîodogune leur fait à son tour indigne d'une personne vertueuse, comme je la peins; mais on n'a pas considéré qu'elle ne la fait pas, coinine Cléopàtre, avec espoir de la voir exécuter par les princes, mais seulement pour s'exempter d'en choisir aucun, et les attacherions deux à sa protection par une espérance égale. Elle était avertie par Laonice de celle que la reine leur avait faite et devait prévoir que. si elle se fût déclarée pour A ntiochus qu'elle aimait, son ennemie, qui avait seule le secret de leur naissance, n'eût pas manqué de nommer Séleucus pour aîné afin de les commeitie l'un contre lautre et d'exciter une guerre civile qui eût pu causer sa perte. Ainsi elle devait s'exempter de choisir, pour les contenir tous deux dans l'égalité de prétention, et elle n'en avait point de meilleur moyen que de rappeler le souvenir de ce qu'elle devait à la mémoire de leur père, qui avait perdu la vie pour elle, et leur faire celte proposition qu'elle savait bien qu'ils n'accepteraient pas. Si le traité de paix l'avait forcée à se départir de ce juste sentiment de reconnaissance, la liberté qu'ils lui rendaient ia rejetait dans cette obligation. Il était de Sun devoir de venger cette mort; mais il était de celui des princes de ne se pas charger de cette vengeance. Elle avoue elle-même à Antiocluis qu'elle les haïrait s'ils lui avaient obéi; que, comme elle a fait ce qu'elle a dû [lar cette demande, ils l'ont ce qu'ils doivent par leur refus; qu'elle aime trop la vertu pour vouloir être le prix d'un crime, el que la justice qu'elle demande de la mort de leur père serait un parricide si elle la recevait de leurs mains.

Je dirai plus : quand cette proposiiion serait tout à fait condamnable en sa bouche, elle mériterait quelque grâce et pour l'éclat que la nouveauté de l'invention a fait au théâtre, et pour l'embarras surprenant où elle jette les princes, et pour l'effet qu'elle produit dans le reste de la pièce qu'elle conduit à l'action historique. Elle est cause que Séleucus, par depit, renonce au tioiie et à la possession

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RXAMEN DE UODOGUNE.

de cette princesse ; que la rciiiR, \c voulant animer contre son fn-re, n'en peut rien oblenir, et (pTenfin elle se résout par déses(iuir do les p(?rdr(> tous deux plutôt que de se voir sujette de son ennemie.

Elle eouiinence par SOleucus, tant pour suivre l'ordre de l'histoire que parce que, s'il fût demeuré en vie après Antioclnis et Uodopune, qu'elle voulait empoisonner publiquement, il les aurait pu venger. Elle ne craint pas la même chose d'Antiochus pour son frère, d'autant qu'elle espère que le poison violent qu'elle lui a préparé fera un effet assez prompt pour le faire mourir avant qu'il ail pu rien savoir de cette autre mort, ou du moins avant ([u'il l'eii puisse convaincre, piiisi[u'elle a si bien pris son temps pour l'assassiner, que ce parricide n'a pas eu

de témoins. J'ai parlé ailleurs de radoucissement que j'ai apporli' pour empêcher qu'Aiiliochtis n'iii commît un en la forçant de premlre le poison (lu'ell" lui prési'nle.et du peu d'appanMice qu'il y avail qu'un momt'nt après qu'elle a expiré presque à sa vue il parlât d'amour et de mariagi; à Rodoguiie. Dans l'élat où ils rentrent derrière le théàlre, ils peuvent le résoudre quand ils le jugeront à i)ropu<. L'action est conqdèle, puisqu'ils sont hors de pi-iil; et -la mort de Séleucus m'a exempté de développer le secret du droit d'aînesse entre les deux frères, qui d'ailleurs n'eût jamais élé croyable, ne pouvantètie Oclairci que par une bouche en qui Ion n'a pas vu a.ssez de sincériti^ pour pn'udre aucune assurance sur son témoignage.

fiy ir. I. I. \\Mr.\ "e iionncuvE.

ÏIÉRACLIIS

TRAGEniE EN CINQ ACTES

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REMAliOlE DE VOI.TAIRl

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