‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 377 sur 788 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PilOCAS, EXUrÈUK, AMIM'AS, MAliTIAN. l'L'LCllÉr.IC:, ClilSlE.

PIIOCAS.

Quel est votre entretien avec cette princesse? Des noces que je veux? '^^

MARTIAN

C'est de (Juoi je la presse.

PIIOCAS.

Et vous l'avez gagnée en faveur de mon fils?

iMARTlAX.

Il sera son époux, elle me l'a promis.

PIIOCAS.

C'est beaucoup obtenu d'une àme si rebelle; Mais quand ?

WARTIAX.

C'est un secret que je n'ai pas su d'elle.

PIIOCAS.

Vous pouvez m'en dire un dont je suis plus jaloux. On dit qu'lléiaclius est fort connu de vous : Si vous aimez mon fils, faites-le-moi connaître.

MARTIAN

Vous le connaissez trop, puisque je vois ce traître.

EXll'ÈUE.

Je sers mon empereur, et je sais mon devoir.

llCr.ACLlUS.

MAI:nlA\.

Cliafun le ravoiiera; tu !<" fais assez voir.

l'IlOCAS.

De i^viicf, éclairi-issczce qii.' je vor.s propnsi". Ce billet à demi m'en ilit liien (|Oeli|ue chose; Mais, Léonce, c'est peu si vous ne I aelievez.

JlAnTIAN. ■

Nomiiiez-moi par mon nom, puisque vous le savez;

Dites lléraclius; il n'est plus (le Léonce,

Et j'entends mon arrêt sans qu'on me le prononce.

[•iinr.As.

Tu \um\ liien t'y résoudre après ton vain rffiirt rour iii'arrachiM- le sceptre et conspirer uja niorl.

MAITIAN. '■

J'ai fait ce que j'ai dû. \'ivre sous la puissance, C'eût été démentir mon nom et ma naissance. Et ne point écouter le sang de mes parents. Oui ne crie en mon cwur que la mort des tyrans. Uuiconque pour rempirë'eut la gloire de naître Ilenouce à cet honneur s'il peut souffrir un maître : Hors le trône ou la mort, il doit tout dédaigner; C'est un lâche, s'il n'ose ou se perdre ou ré;,'ner.

■l'cutends donc mon arrêt sansqu'on meleprojionce. lléraclius mourra comme a vécu Léonce, lion sujet, meilleur prince; et ma vie et ma mort licnqjliront dignement et l'un et l'autre sort. Lu mort n'a rien d'affreux pour une âme bien née : A mes côtés pour toi je l'ai cent fois tratnée; Et mon dernier exploit contre tes ennemis l'ut d'arrêter son bras qui tombait sur ton lils.

rnocAs.

Tu prends pour me toucher un mauvais artifice : lléraclius n'eut point de part à ce service; .l'en ai payé Léonce, à qui seul était dû L'inestimable honneur de me l'avoir rendu. .Mais, sous des noms divers à soi-même contraire, (Jui conserva le fils attente sur le père; Et, se désavouant d'un aveugle secours.

Sitôt qu'il se connaît, il en veut à mes jours. Je te devais sa vie, et je me dois justice. Léonce est effacé par le lils de .Maurice. Contre un tel attentat rien n'esl à balancer, Et je saurai punir comme récompenser.

MAKIIAN.

Je sais trop ciu'un tyran est sans reconnaissance

Pour en avoir conçu la honteuse espéranc»;

Et suis trop au-dessus de cette indignité

Pour te vouloir piquer de générosité.

Que ferais-tu pour moi de me laisser la vie.

Si pour moi sans le trône elle n'est qu'infamie?

lléraclius vivrait pour te faire la couri

Rends-lui, rends-lui son sceptre, ou prive-le ilu jour.

Pour ton propre intérêt sois juge incorru|ilible :

Ta vie avec la mienne est trop incompatible :

Un si grand ennemi ne peut être gagné,

Et je te punirais de m'avoir épargné.

Si de ton fils sauvé j'ai rappelé l'image.

J'ai voulu de Léonce étaler le courage.

Afin qu'en le voyant tu ne doutasses plus

.lusques oïl doit aller celui d'iléraclius. Je me tiens plus heureux de [lérir en nionarque (jue de vivre en éclat sans en porter la marque; Kl, puisque, pour jouir d'un si glorieux sort, Je n'ai que ce moment (|u'on destine à ma mort, Je la rendrai si belle et si digne d'envie, (Juc ce moment vaudra la plus illustre vie. M'y faisant donc coiiduire,- assure ton pouvoir, Et délivre mes yeux de l'horreur tie te voir.

PlKlCAS.

.Nous verrons la vertu de celte âme hautaine. Faites-le retirer en la chambre prochaine. Crispe; et qu'on me l'y garde, attendant que monchoix l'imr ]iunir son forfait vous donne d'autres lois.

JIARTIAS, j rulclii-rre.

Adieu, madame, adieu, je n'ai pu davantage. .Ma mort vous va laisser encor dans l'esclavage : Le ciel par d'autres mains "vous en daigne affrancliir!

SCKA'K III i'iioc.\s, rui.ciiiinit:, E.MrÈnE, amint.vs.

pnrcAS.

Et toi, n'espère pas désormais me fléchir, .le tiens lléraclius et n'ai plus rien à craindre, '

Plus lieu de te flatter, plus lieti de me contraindre. Ce frère et ton espoir vont entrer au cercueil, Lt j'abattrai d'un coup sa tête et ton orgueil. .Mais ne te contrains point dans ces rudes alarmes; laisse aller tes soupirs, laisse couler tes larmes. riLcinciiiF.. *

Moi, pleurer! moi, gémir, tyrafi! J'aurais pleuré

."^i quelques lâchetés l'avaient déshonoré.

S'il n'eût pas emporté sa gloire tout cntiéie.

S'il m'avait fait rougir par la moindre prière.

Si quelque infâme espoir qu'on lui dût pardonner

Eut mérité la mort que tu lui vas donner.

Sa vertu jusqu'au bout ne s'est point démentie.

Il n'a point pris le ciel ni le sort à partie.

Point querellé le bras qui fait ces lâches coiqis,

l'oint daigné contre lui perdre un juste courroux.

Sans te nommer ingrat, sans trop le nommer traître.

De tous deux, de soi-même il s'est montré le maître;

Et dans cojte surprise îl a bien su courir

A la nécessité qu'il voyait de-mourir.

Je goûtais cette joi^ en uniçort si contraire.

•le l'aimai comme amantî jel'aime c»mme frère;

Et dans ce grand revers je Tai vu hautement

lli'Mie d'être mon frère et d'être mon amant.

PUOCAS.

Explique, expliijue mieux le fond de ta pcisi'c; Et, sans plus te parer d'une vertu forcée. Pour apaiser le père, offre le &ur au fils, lui tâche à racheter ce cher frère à ce prix.

flLCEIKKlE.

Crois-tu que sur la foi de tes fausses prouiesses .Mon âme ose descendre à de telles bassesses'/

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