‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 392 sur 788 · I.K(IM1NE · texte numérisé non relu

I.K(IM1NE

.le vous puis ùtrc encor suspecte d'artifice. Non, ne m'en croyez pas; croyez limpératrice.

.A rulchùrio, lui itonnanl un billet. 1

Vous connaissez sa ni;iin, madame ; et c'est à vous (lue je remets le sort d'un frère et d'un époux, ^ovez ce qu'en niouranl me laissa voire mère.

PLLCllÉr.IK.

J'en baise en souidraiit le sacré caractère.

LÉOMINE.

Apprenez d'elle enfin quel sang vous a produils. Princes.

nÉRACLIDS, à Euilosc.

Qui que je sois, c'est à vous que je suis.

DIILET DE CO.NSTANTINE.

PlLCnÉRIE lit.

« l'armi tant de mallieurs mon bonheur est étrange : « Après avoir donné son fils au lieu du mien, « Léontine à mes yeux, par un second échange, .« Donne encore à Pbocas mon fils au lieu du sien. « Vous qui pourrez douter d'un si rare service, « Sachez qu'elle a deux fois trompé notre tyran : « Celui qu'on croit Léonce est le vrai Martian, « Et le faux Martian est vrai fils de Maurice.

a CoNST.\Ml.\E. »

SCI'NF: VII.

l'Ul.CIlKniE, à ll.'n.lius.

Ail! vous êtes mon frère!

llÉriACLlLS, à l'ulcli.'ric.

Et c'est lieureusemeiil Que le trouble éclair<-i vous rend à v.ilre amant.

LÉONTINE, à Ili'rnilius.

Vous en saviez assez pour éviter l'inceste,

L't non pas pour vous rendre un tel secret fumsle.

(A MarlLnii.)

Mais pardonnez, seigneur, à mon zèle parfait l]e que j'ai voulu faire, et ce qu'un autre a fait.

mautian.

Je ne m'oppose point à la commune joie; M.iis souffrez des soupirs que la nature envoie. Quoique jamais l'hocas n'ait mérilé d'amour. Un fils ne peut moins rendre à qui l'a mis au jour : Ce n'est pas tout d'un coup qu'à ce titre on renonce.

iiÉnACLics.

Donc, pour mieux l'oublier, soyez encor Léonce; .'^ous ce nom glorieux aimez ses ennemis. Et meure du tyran jusqu'au nom de son lils!

(A Eudosc.)

Vous, madame, acceptez et ma main et rempire En échange d'un cœur pour qui le mien soupire.

ELIiOXE, à néiaclins.

Seigneur, vous agissez en prince généreux.

HÉRACLll'S, à Exuiicrc et Aminlas.

Et vous dont la vertu me rend ce trouble heureux, Attendant les effets de ma reconnaissance. Reconnaissons, amis, la céleste puissance ; Allons lui rendre hommage, et, d'un esprit content. Montrer lléraclius au peuple qui l'attend.

Fia D iIlhacl;

EXAMEN D'UÉnACLIUS.

EXAMEN D'IlÉnACLlUS

Cette tragi^die o encore plus d'effcrt d"invcntion que celle de Hodogiinc, cl je puis dire que c'est un heureux. oiiginal dont il s'e4 fait lieauconp de belles copies sitôt qu'il a paru. Sa conduite diffère de cellelà, en ce que les narrations qui lui donnent jour sont pratiquées par occasion en divers lieux avec adresse, et toujours dites et écoutées avec intérêt, sans qu'il y en ait pas une de sang-frôid, comme celle de Laonice. Elles sont éparses ici dans tout le poënie e't ne font connaître à la fois que ce qu'il est besoin qu'on sache pour l'intelligence de la scène qui suit. Ainsi, dés la première, Phocas, alarmé du hrnitqni court qu'IIéraclius est vivant, récite les particularités de sa mort pour montrer la fausseté de ce bruit; et Crispe, son gendre, eu lui proposant un remède aux. troubles qu'il appréhende, fait connaître conjme, eu perdant toute la famille de Maurice, il a réservé Pulchérie pour la faire épouser à son fils Marlian, et le pousse d'autant plus à presser ce majriage, que ce prince court chaque jour de grands périls à la guerre, et que sans Léonce il fût demeuré sans vie au dernier combat. C'est par là qu'il instruit les andileurs de l'obligation qu'a le vrai Iléraclins, . qui passe pour Martian, au vrai Blarlian, qui passe pour Léonce; et cela sert de fondement à loffre volontaire qu'il fait de sa vie au quatrième acte pour le sauver du péril où !'e.\pose cette erieur des noms. Sur cette proposition, Phocas, se plaignant de lavefsion que les deux parties témoignent à ce mariage, impute cellede Pulchérie à l'instruction qu'elle a reçue de sa mère et apprend ainsi aux spectateurs, comme en passant, qu'il l'a laissée trop vivre après la mort de l'empereur Maurice, son mari. Il fallait tout cela pour faire entendre la scène qui suit entre Pnlchérie et lui; mais je n'ai puavoirassez d'adresse pour faire entendre les équivoques ingénieux dont est rempli tout ce que dit Iléraclius à la fin de co premier acte; et on ne les peut comprendre que par une réilexion après que la pièce est finie, et qu'il est entièrement reconnu, ou dans une seconde représentation.

Surtout, la manière dont EnJoxe fait connaître, au second acte, le double échange que sa mère a fait des deux princes, est une des choses les plus spirituelles qui soient sorties de ma plume. Léontine l'accuse d'avoir révélé le sccj'Ct d'iléraclius et d'être

cause du hruit qui court, qui le met en péril de sa vie; pour s'en justifier, elh; exi)lit]ue tout c qu'elle en sait et conclut que, puisqu'on n'en pnldie pas tant, il faut que ce bruit ait pour auteur (jnelqu'uii qui n'en sache pas tant qu'elle. Il est viai que celte narration est si couite, quelle laisserait beaucoup d'ob.^cnrilé si Iléraclius ne l'expliquait plus au long, au quatrième acte, quand il esl besoin que cette vérité fasse .son plein effet; mais elle n'en pouvait pas dire davantage à une personne qui savait celte histoire mieux qu'elle, et ce peu qu'elle en dit suffit à jeter une lumière imparfaite de ces échanges, qu'il n'est pas besoin alors d'éclaircir plus entièrement.

L'artifice de la dernière scène de ce quatrième' acte passe encore celui-ci : Exupère y fait connaître tout son dessein à Léontine, mais d'une façon qui n'empêche point cette femme avisée de le soupçonner de fourberie, et de n'avoir d'autre dessein que de tirer d'elle le secret d'iléraclius pour le perdre. L'auditeur ini-même en demeure dans la défiance et ne sait qu'en juger; mais, après que la conspiration a eu son effet par la mort de Phocas, celle confidence anticipée exempte Exupère de .•^e purger de tous les justes soupçons qu'on avait eus de lui et délivre l'auditeur d'un récit qui lui aurait été fort ennuyeux après le dénoùment de la pièce, où toute la patience que peut avoir sa curiosité se borne à savoir qui esl le vrai Iléraclius des deux qui prétendent l'être.

Le stratagème d'Exupère, avec toute son industrie, a quelque chose un peu délicat et d'une nature à ne se faije qu'au théâtre, où l'auteur est maître des événements qu'il tient dans sa main, et non pas dans la vie civile, où les hommes en disposent selon leurs intérêts et leur pouvoir. Quand il découvre Iléraclius à Phocas et le fait arrêter prisonnier, son inlenlion est fort bonne et lui réussil; mais il n'y a\ait que moi qui lui pût répondre du succès. Il acquiert la confiance du tyran par là cl se fait remeitn- entre les mains la garde d'iléraclius et sa conduite au supplice ; mais le coniraire pouvait arriver; et Phocas, au lieu de déférer à ses avis qui le résolvent à faire couper la tête à co iirince en place publique, pouvait s'en défaire sur l'heure et se délier de lui et de ses amis comme de gens qu'il avait oflensés et dont il ne devait jamais espérer un zèle

EXAMKN D'IimiACLirS.

bien siiicorc ;i le strvir. La iiiutinorie qu'il exoile, dont il lui anii^ni' les chefs connue prisonniers pour le poignarJer, est imaginée avec justesse: mais jusi)ne-l;i tuule sa conduite est de ces choses qu'il faut souffrir au tliéàlre, parce qu'elles ont un éclat dont la surpiise éhlouit, cl qu'il ne ferait pas lion tirer en exemple pour conduire une action véritable sur leur plan.

Je ne sais si on voudra me pardonner d'avoir fait une pièce d'invention sous des uoms véritables; mais je ne crois pas qu'Aristole le défende et j'en trouve assez d'exenqiles chez les anciens. Les deux Élcctres de «Sophocle et d'Euripide aboutissent à la même action par des moyens si divers, quil faut (îe nécessité que l'une des deux suit entièrement inventée : ïliiliigcnie in Tduris a la mine d'être de même nature; et ïllclèiic, où Euripide suppose qu'elle n'a jamais été ù Troie, et que l'àris n'y a enlevé qu'un fantôme qui lui ressemblait, ne peut avoir aucune action épisodique ni principale qui ne parte de la seule imagination de son auteur.

Je n"ai conservé ici, pour toute vérité historique, que l'ordre de la succession des empereurs Tibère, Maurice. Phocas et Uéraclius; j'ai falsifié la naissance de ce dernier pour lui en donner une plus illustre, en le faisant tils de Maurice, bien qu'il ne le fût que d'un préteur d'Afrique qui porlait même nom que lui. J'ai prolongé de douze ans la durée de l'empire de Phocas, et lui ai donné Martian pour fds, quoique l'histoire ne parle que d'une fille nommée lloraitia, qu'il maria à Crispe, dont je fais un des personnages. Ce fils et Uéraclius, qui sont confondus l'un avec l'autre par les échanges de Léontinc, n'auraient pas été en état d'agir si je ne l'eusse lait régner que les huit ans qu'il régna, puisque, pour faire ces échanges, il fallait qu'ils fussent tous deux au berceau quand il coinnienra de régner. C'est par celle même raison que j'ai prolongé la vie de l'impératrice Constantine, que je n'ai fait mourir

qu'en la quinzième année de sa tyrannie, bien qu'il l'eût immolée à sa sfirelé dès la cinquième; cl je l'ai fait, afin qu'elle put avoir une fille capable de recevoir ses in^tructinns en mourant, et d'un âge proportionné ;i celui du prince qu'on lui voulait faire épouser.

La supposition que fait Léontine d'un de ses fils pour mourir au li.^u d'IIéraclius n'est point vraisemblable; niais elle est historique et n'a point besoin de vraisemblance, puisqu'elle a l'appui de la vérité qui la rend croyable, quelque répugnant.» qu'y veuillent apporter les difficiles. lîaronius attribue celte aciion à une nourrice; et je l'ai trouvée assez généreuse pour la faire produire à une personne plus illustre et qui soutient mieux la dignité' du tliéàtre. L'empereur Maurice reconnut celte supposition et l'empêcha d'avoir son effet, pour ne s'opposer pas au juste jugement de Dieu, qui voulait exterminer toute sa famille; mais, quanta ce qui est de la mère, elle avait surmonté l'affectioiï maternelle en faveur de son piince; et, comme on pouvait dire que son fils était mort pour son regard, je me suis cru assez autorisé par ce qu'elle avait voulu faire à rendre cet échange effectif, et à le f.iiiv servir de fondement aux nouveautés surprenantes de ce sujet.

Il lui faut la même indulgence pour l'unité clieu (ju'à Uûdogiine. La plupart des poèmes qui suivent en ont besoin, et je me dispenserai de le répéter en les examinant. L'unité de jour n'a rien de violenté, et l'action se pourrait passer en cinq ou six heures; mais le poëme est si embarrassé, qu'il demande une merveilleuse attention. J'ai vu de fort bons esprits et des personnes les plus qualifiées de la cour se plaindre de ce que sa représentation fatiguait autant l'esprit qu'une étude sérieuse. Elle n'a pas laissé de plaire; mais je crois qu'il ta fallu voir plus d'une fois pour en emporter une entière intelligence.

FIX DE LEXASIK.N D M L n VC L ! US.

Page 1