D. AI.V.MS
(Jiic VOUS preniez pitié Je l'état déplorable Où votre long refus réiluit un misérabio.
Mes vœux mieux écoulés, par un heureux effet, M'auraient sn (jaranlir Je l'honneur qu'on m'a fait; Et l'État par son choix ne m'eût pas mis en peine De manquer à ma gloire ou d'acquérir ma reine. Votre refus m'expose à cette Jure loi D'entreprendre un combat qui n'est que contre moi : J'en crains également l'une et l'autre fortune. Et le moyen aussi que j'en souhaite aucune? Ni vaincu, ni vainqueur, je ne puis être à vous : Vaincu, j'en suis indigne, et vainqueur, son époux; Et le destin m'y traite avec tant J'injustice, Que son plus beau succès me tient lieu Je supplice. Aussi, quand mon Jevoir ose la disputer, Je ne veux l'acquérir que pour vous mériter, Que pour montrer qu'en vous j'adorais la personne Et me pouvais ailleurs promettre une couronne. Fasse le juste ciel que j'y puisse, ou mourir, On ne la mériter que pour vous acquérir!
D. ELVir.E.
Ce sont vonix superflus de vouloir un miracle. Où votre gloire oppose un invincible obstacle; Et la reine pour moi vous saura bien payei' Du temps qu'un peu J'aniour vous fit mal employer. Ma couronne est Jouteuse, et la sienne affermie; L'avantage du change en ôte l'infamie.
Allez; n'en perdez pas la digne occasion, Pour.suivez-la sans honte et sans confusion. La légèreté même où tant d'honneur engage Est moins légèreté que grandeur Je courage; Mais garJez que Carlos ne me venge de vous.
D. Ar.VAR.
Ah! laissez-moi, madame, adorer ce courroux. J'avais cru jusqu'ici mon combat magnanime; Mais je suis trop heureux s'il passe pour un crime. Et si, quand de vos lois l'Jionneur me fait sortir, Vous m'estimez assez pour vous en ressentir. De ce crime vers vous quels que soient les supplices. Du moins il m'a valu jJus que tous mes services, Puisqu'il me fait connaître, alors qu'il vous déplaît. Que vous daignez en moi prenJre quelque intérêt.
D. ELVniE.
Le crime, Jon Alvar, Jont je semble irritée. C'est qu'on me persécute après m'avoir quittéef Et, pour vous Jire encor quelque chose Je plus, Je me fàcbe d'entendre accuser mes refus.
Je suisxeine sans sceptre et n'en ai que le titre; Le pouvoir m'en est Jil, le temps en est l'arbitre. Si vous m'avez servie en généieux amant QuanJ j'ai reçu du ciel le plus dur traitement. J'ai tâché J'y réponJre avec toute l'estime Que pouvait en attenJre un cœur si magnanime, l'ouvais-je en cet exil davantage sur moi? Je ne veux point d'époux que je n'en fasse un roi; Et je n'ai pas une âme assez basse et commune Pour en faire un appui Je ma triste fortune. C'est chez moi, Jon Alvar, dans la pompe et l'éclat,
Que me le doit choisir le bien de mon État.
Il fallait arracher mon sceptre à mon rebelle.
Le remettre en ma main pour le recevoir d'elle;
Je vous aurais peut-être alors considéré
Plus que ne m'a permis un sort si déploré :
Mais une occasion plus prompte et plus brillante
A surpris cependant votre amour chancelante;
Et, soit que votre cœur s'y trouvât disposé.
Soit qu'un si long refus l'y laissât exposé,
Je ne vous blâme point de l'avoir acceptée :
De plus constants que vous l'auraient bien écoulée.
Quelle qu'en soit pourtant la cause ou la couleur,
Vous pouviez l'embrasser avec moins de chaleur.
Combattre le dernier, et, par quelque apparence.
Témoigner que l'honneur vous faisait violence :
De cette illusion l'artifice secret
M'eût forcée à vous plaindre et vous perdre à regret;
Mais, courir au-devant et vouloir bien qu'on voie
Que nos vœux mal reçus m'échappent avec joie!
D. ALVAn.
Vousauriez donc voulu que l'honneur d'un tel choix Eût montré votre amant le plus lâche des trois.' Que pour lui cette gloire eut eu trop peu d'amorces Jusqu'à ce qu'un rival eût épuisé ses forces? Que...
D. ELVir.E.
Vous achèverez au sortir du combat.
Si toutefois Carlos vous en laisse en état. Voilà vos deux rivaux avec qui je vous laisse, Et vous dirai demain pour qui je m'intéresse.
n. ALVAR.
Hélas! pour le bien voir je n'ai que trop de jour.