SCÈNE PREMIÈRE
SEUTOlillJS, l'OMPÉE, slue.
SERTOnlCS.
Seigneur, qui des mortels eût jamais osé croire Que la trêve à tel point dût rebausser ma gloire; Qu'un nom à qui la guerre a fait tant applaudir Dans l'ombre de la paix trouvait à s'agrandir? Celtes, je doute encor si ma vue est trompée, .\lors que dans ces murs je vois le grand Pompée; El, quand il lui plaira, je saurai quel bonheur Comble Sertorius d'un tel excès d'honneur.
POMPÉE
Deux raisons. "lais, seigneur, faites qu'on se retire. Afin qu'en liberté je puisse vous les dire.
L'inimitié qui règne entre nos deux partis N'y rend pas de l'honneur tous les droits amortis. Comme le vrai mérite a ses prérogatives. Qui prennent le dessus des haines les plus vives, L'estime el le respect sont de justes tributs Qu'aux plus fiers ennemis arrachent les vertus; Et c'est ce que vient rendre à la haute \ alliance, Dont je ne fais ici que trop d'expérience, L'ardeur devoir de près un si fameux héros. Sans lui voir en la main piques ni javelots. Et le front désarmé de ce regard terrible Qui dans nos escadrons guide un bras invincible.
Je suis jeune et guerrier, et tant de fois vainqueur, Que mon trop de fortune a pu m'enfler le cfeur; Mais, et ce franc aveu sied bien aux grands courages. J'apprends plus contre vous par mes désavantages Que les plus beaux succès, qu'ailleurs j'aie emportés, Ne m'ont encore appris par mes prospérités!
' Celte scène, ou plutôt la seconde, dont celle-ci n'est que le coniin'iiccmcn't. lit le succès do Serlorhis. et elle aura toujours une j;rande réputiUion. S'il y a 'luulnues déf,iuls d.ii»s lo style, ces défauts n'oient rien à la noblesse des senlimenls. à la |>olitique, au\ bienséances de toute espèce, qui l'ont un chel-d'œuvre de cette couversaliûn. Elle n'est pas tra;:ique, j'en conviens; clic n'est que j^litique. La pièce de ^ettnrins n'a ricfrde la chaleur et du pathétique de la vraie tragédie, comme Corneille l'avoue dans son examen; mais cette scène de Sertorius el de l'ompée, juise à part, est un grand modèle.