ACTE 111, SCKNE
Je vois rc qu'il faut faire, à voir ce que vous laites; Les siétteS' '^s assauts, les savantes retraites, liieu camper, bien choisir à chacun sou emploi. Votre exemple est partout une èlviile pour umi. Ah I si je vous pouvais rendre à la ri'|iulili(|ue. Que je croirais lui faire un présent niagniliciue ! Et que j'irais, seigneur, à Home avec plaisir, Puisque la trêve enfin m'en donne le loisir. Si j'y pouvais porter quelque faible espi'rance D'y conclure un accord d'une telle importance! Près de l'heureux Sylla ne puis-je rien pour vous'? Et près de vous, seigneur, ne puis-je rien jwur lo\is?
SEUTOP.ns.
Vous mepourriezsansdoute épargner quelque peine. Si vous vouliez avoir l'àme touti' romaine : Mais, avant que d'entrer en ces difficultés, Souffrez que je réponde à vos civilités.
Vous ne me donnez rien par cette haute estime Que vous n'avez déjà dans le degré sublime.- La victoire attachée à vos premiers exploits, l'n triomphe avant l'âge où le souffrent nos lois, Avant la dignité qui permet d'y prétendre. Font trop voir quelsrespeclsl'universvousdoit rendre. Si dans l'occasion je ménage un peu mieux L'assiette du pays et la faveur des lieux, Si mon expérience en prend quelque avantage. Le grand art de la guerre attend quelquefois l'âge ; Le temps y fait beaucoup; et de mes actions S'il vous a plu tirer quelques instructions, Mes exemples un jour ayant l'ail place aux vôtrei. Ce que je vous apprends, vous l'apprcndrezà d'au très; El ceux qu'aura ma mort saisis de mon emploi S'instruiront contre vous comme vous contre moi. ■"Ouant à Iheureux Sylla, je n'ai rien à vous dire. Je vous ai montré l'art d'affaiblir son empire; El, si je puis jamais y joindre des leçons Dignes de vous apprendre à repasser les monts, Je suivrai d'assez près votre illustre retraite Pour traiter avec lui sans besoin d'interprète. Et sur les bords du Tibre, une pique à la main. Lui demander raison pour le peuple romain.
PO.MPÉE.
De si hautes leçons, seigneur, sont difficiles Et pourraient vous donner quelques soins inutiles. Si vous faisiez dessein de me les expliquer Jusqu'à ni'avoir appris à les bien pratiquer.
SERTOr.IUS.
Aussi me pourriez-vous épargner quelque peine. Si vous vouliez avoir l'àme toute romaine ; Je vous l'ai déjà dit.
POMPÉE
Ce discours rebattu Lasserait une austère et farouche vcrlu. Pour moi, qui vous honore assez pour me contraindre A fuir obstinément tout sujet de m'en plaindre, Je ne veux rien comprendre en ces obscurités.
SERTORIUS
Je sais qu'on n'aime point de telles vérités :
Mais, seigneur, étant seuls, je parle avec franchise;
liannissaut les témoins, vous me l'avez i)crmi-e ;
El je garde avec vous la même liberté
Que SI votre Sylla n'avait jamais été.
Est-ce être tout nomaiii qu'êtie chef d'une guerre
Qui veut tenir aux fers les maîtres de la terre'/
Ce nom, sans vous et lui, nous serait encor dû ;
C'est par lui, c'est par vous, que nous l'avons perdu.
C'est vous qui sous le joug traînez descceurssi braves;
Ils étaient plus que rois, ils sont moindres qu'esclaves;
Et la gloire qui suit vos plus nobles travaux
Ne fait qu'approfondir labime de leurs maux ;
Leur misère est le fruit de votre illustre peine ;
Et vous pensez avoir l'àme toute romaine!
Vous avez hérité ce nom de vos aïeux;
Mais, s'il vous était cher, vous le rempliriez mieux.
POMPÉE
Je crois le bien remplir quand tout mon conir s'ap- Auxsoinsderétablirun jourla république : [plique Mais \ous jugez, seigneur, de l'àme par le bras; Et souvent l'un parait ce que l'autre n'est pas.
Lorsque deux factions divisent un empire. Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire. Suivant l'occasion ou la nécessité Qui l'emporte vers l'un ou vers l'autre côté. Le plus juste pnrii, difficile à connaître, Nous laisse en liberté de nous choisir un maître; Mais, quand ce choix est fait, on ne s'en dédit plus. J'ai servi sous Sylla du temps de Marins, Et servirai sous lui tant qu'un destin funeste De nos divisions soutiendra quelque reste. Comme je ne vois pas dans le fond de son cœur. J'ignore quels projets peut former son bonheur : S'il les pousse trop loin, moi-même je l'en blâme. Je lui prêle mon bras sans engager mon àme; Je m'abandonne au cours de sa félicité, Tandis que tous mes vœux sont pour la liberté ; Et c'est ce qui me force à garder une place Qu'usurperaient sans moi l'injustice et l'audace. Afin que, Sylla mort, ce dangereux pouvoir Ne tombe qu'en des mains qui sachent leur devoir. Enfin je sais mon but, et vous savez le vôtre.
sEP.Tor.iBs. [autre;
Mais cependant, seigneur, vous servez comme un Et nous; qui jugeons tout sur la foi de nos yeux. Et laissons le dedans à pénétrer aux dieux, [Home, Nous craignons votre exemple, et doutons si, dans Il n'instruit point lepeuple à prendre loi d'un homme; Et si votre valeur, sous le pouvoir d'autrui. Ne sème point pour vous lorsqu'elle agit pour lui.
Comme je \ous estime, il m'est ai>é de croire Que de la liberté vous feriez votre gloire, Que votre âme en secret lui donne tous ses vœux; Mais, si je m'en rapporte aux esprits sou])çonneux. Vous aidez aux Romains à faire essai d'un maître. Sous ce flatteur espoir qu'un jour vous pourrez l'être. La main qui les opprime, et que vous soutenez. Les accoutume au joug que vous leur destinez; Et, doutant s'ils voudront se faire à l'esclavage. Aux périls de Sylla vous tàtez leur courage.
SEnTOlUUS.
POMI'liE.
Le temps détrompera ceux qui parlent ainsi : Mais justifiera-l-il ce que l'on voit i( i? Perincllez qu'à mon tour je parli' avez franchise; Votre exemple à la fois m'instruit et nj'aulorise : Je juge, comme vous, sur la foi de njcs yeux, Et laisse le dedans à pénétrer aux dieux.
Ne vit-on pas ici sous les ordres d'un homme? N'y commandez-vous pas comme Sylla dans llouic'.' Du nom de dictateur, du nom de général, (Ju'importe, si des deux le pouvoir est égal? Les titres différents ne font rien a la chose; Vous imposez des lois ainsi qu'il en impose; Et, s'il est périlleux de s'en faire ha'ir, 11 ne serait pas sCir de vous désobéir.
Pour moi, si quelque jour je suis ce que vous êtes, .l'en userai peut-être alors comme vous faites; Jusque»là...
SERIOniDS.
Vous pourriez en douter jusque-là, Et me faire un peu moins ressembler à Sylla. Si je conjmande ici, le sénat me l'ordonne. Mes ordres n'ont encore assassiné personne. te n'ai pour ennemis que ceux du bien commun; .le leur fais bonne guerre et n'en proscris pas un. C'est un asile ouvert que mon pouvoir suprême, Et, si l'on m'obéit, ce n'est qu'autantqu'on m'aime.
l'OMI'liE.
Et votre empire en est d'autant plus dangereux, (Ju'il rend de vos vertus les peuples amoureux, Qu'en assujettissant vous avez l'aride plaire. Qu'on croit n être en vos fers qu'esclave volontaire, Et que la liberté trouvera peu de jour A détruire un pouvoir que fait régner l'amour.
Ainsi parlent, seigneur, les âmes soupçonneuses. Mais n'examinons point ces questions fâcheuses. Ni si c'est un sénat qu'un amas de bannis Que cet asile ouvert sous vous a réunis. Une seconde fois, n'est-il aucune voie Par où je puisse à Rome emporter quelque joie? Elle serait extrême à trouver les moyens De rendre un si grand homme à ses concitoyens. 11 est doux de revoir les murs de la patrie : C'est elle, par ma voix, seigneur, qui vous en prie, C'est Rome...
SERTORIUS
Le séjour de votre potentat, Qui n'a que ses fureurs pour maximes d'État? Je n'appelle plus Ronje un enclos de murailles Que ses proscriptions comblent de funérailles; Ces murs, dont le destin fut autrefois si beau, N'en sont que la prison, ou plutôt le tombeau : Mais, pour revivre ailleurs dans sa première force, Avec les faux Romains elle a fait plein divorce; Et, comme autour de moi j'ai tous ses vrais appuis. Home n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis. Parlons pourtant d'accord. Je ne sais qu'une voie Qui puisse avec honneur me donner cette joie. Unissons-nous ensemble, et le tyran est bas :
Rome à ce grand dessein ouvrira tous ses bras. Ainsi nous ferons voir l'amour de la patrie. Pour qui vont les grands rieurs jusqu'à l'idolâtrie; l^t nous épargnerons ces Ilots de sang romain Que versent tous les ans votre bras et ma main.
Pn.MPÉE.
Ce projet, qui pour vous est tout brillant de gloire, .N"aurait-il rien pour moi d'une action trop noire? .Moi quii.-onimaiide ailleurs, puis-je servir sousvous?
SEKTOIUUS.
Du droit de commander je ne suis point jaloux; Je ne l'ai qu'en dépôt, et je vous l'abandonne. Non jusqu à vous servir de ma seule personne; Je prétends un peu plus; mais dans cette union De votre lieutenant m'envieriez-vous le nom?
PÛ.MrÉE.
De pareils lieutenants n'ont de chefs qu'en idée*;
Leur nom retient pour eux l'autorité cédée;
Ils n'en quittent que l'ombre; et l'on nesait que c'est
De suivre ou d'obéir que suivant qu'il leur platt.
Je sais une autre voie et plus noble et plus sûre.
Sylla, si vous voulez, quitte sa dictature;
Et déjà de lui-même il s'en serait démis
S'il voyait qu'en ces lieux il n'eût plus d'ennemis.
Mettez les armes bas, je réponds de l'issue.
J'en donne ma parole après l'avoir reçue.
Si vous êtes Romain, prenez l'occasion.
SEP.TORIÏS.
Je ne m'éblouis point de cette illusion.
Je connais le tyran, j'en vois le stratagème;
Quoi qu'il semble promettre, il est toujours lui-même.
Vous qu'à sa défiance il a sacrifié
Jusques à vous forcer d'être son allié...
POMPÉE
llélas! ce mot me tue, et je le dis sans feinte. C'est l'unique sujet qu'il m'a donné de plainte. J'aimais mon Aristie, il m'en vient d'arracher, .Mon cœur frémit encore à me le reprocher : Vers tant de biens perdus sans cesse il me rappelle; Et je vous rends, seigneur, mille grâces pour elle, A vous, à ce grand cœur dont la compassion Daigne ici l'honorer de sa protection.
SERTORIUS
Protéger hautement les vertus malheureuses, C'est le moindre devoir des âmes généreuses : Aussi fais-je encor plus, je lui donne un époux.
POMPÉE
Un époux I dieux! qu'entends-je! Et qui, seigneur?
SERTORIUS
Moi.
POMPÉE
Vous?
Seigneur, toute son âme est à moi dès l'enfance : N'imitez point Sylla par cette violence; .Mes maux sont assez grands, sans y joindre celui De voir tout ce que j'aime entre les bras d'autrui.
SERTORIUS
(A Ârislic, qui entre.)
Tout est encore à vous. Amenez, venez, madame,
AnTF. III, SCL.NE II.
Fiiiro voir qui'l pouvoir j'usiirpo sur votre ;"iiiu', El montrer, s'il sf peut, ;i toiil le genre huiuiiiii l,;i l'oi'ce qu'on vous fait pour nie donner la main.
l'OMl'ÉE.
C'est elle-iiiùnie, ùciel!
SKr.TOItUS.
Je vous laisse avec elle, El sais que tout son cœur vous est encor fulèle. Ileprencz votre bien, ou ne vous plaignez plus Si j'ose ui'enrichir, seigneur, de vos refus.