SCENE PREMIERE
SlCRTOniUS, THAMIRE.
5Ei;ior.ius.
Pourrai-jo voir la ri'iiif '
Attendant qu'elle vienne, Lllo m'a couiniandé que je vous entrelicnne, l-.l Veut demeurer seule eneor quelques moments.
SEnTURlUS.
Ne m'apprcndrez-vous point où vont sesscntiiuenls, Ce que doit Perpenna concevoir d'espérance?
TIlAMUlt.
Elle ne m'en fait pas beaucoup de confidence; Mais j'ose présumer (ju'offerl de votre main Il aura peu de peine à fléchir son dédain. Vous pouvez tout sur elle.
SERTOUIUS.
Ah ! j'y puis peu de chose.
Si jusqu'à l'accepter mon malheur la dispose; Ou, pour en parler mieux, j'y puis trop ou Ir^ii peu.
TIIAMIBE.
Elle croit fort vous plaire en secondant son feu.
SERTOUIUS.
Me plaire?
TllAMIRE.
Oui; mais, seigneur, d'où vient cette surprise? Et de quoi s'inquiëte un cœur qui la méprise?
SERTOP.IIS.
N'appelez point mépris un violent respect
Que sur mes plus doux vo'ux fait régner son aspect.
TIIAMlRE.
Il est peu de respects qui ressemblent au vôtre. S'il ne sait que trouver des raisons pour un autre; Et je préférerais un peu d'emportement .\ux plus humbles devoirs d'un tel accablement.
SERTOIilUS.
Il n'eu est rien parti capable de me nuire, (Ju'un soupir échappé ne dût soudain détruire : Mais la reine, sensible à de nouveaux désirs. Entendait mes raisons, et non pas mes soupirs.
THAMIKE.
Seigneur, quand un Romain, quand un héros soupire, >'ous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire ; Et je vous servirais de meilleur truchement Si vous vous expliquiez un peu plus clairement. Je sais qu'en ce climat, que vous nommez barbare, L'amour par un soupir quelquefois se déclare : Mais la gloire, qui fait toutes vos passions. Vous met trop au-dessus de ces impressions;
De tels désirs, trop bas pour les grands cœurs de Ro-
sEuTiiiiifs. |me...
Ah ! pour i^lre Romain, je n'en suis pas moins homme, .l'aime, et peut-être plus qu'on n'a jamais aimé; .Malgré mon âge et moi, mon cœur s'est enflammé, .lai cru pouvoir me vaincre, ft toute mon adresse Dans niesplusgrandsefforlsm'a faitvoirma faiblesse, (^eux de la politique et ceux de l'amitié M'ont mis en un état ù me faire pitié. Le souvenir m'en lue, et ma vie incertaine Dépend d'un peu d'espoirque j'attends de la reine. Si toutefois...
TIIAVIRE.
Seigneur, elle a de la bonté; Mais je vois son esprit fortement irrité; El, si vous m'ordonnez de vous parler sans feindre, Vous pouvez espérer, mais vous avez à ("raindre. N'y perdez point de temps et ne négligez rien; C'est peut-être un dessein mal ferme que le sien. La voici. Profitez des avis qu'on vous donne. Et gardez bien surtout qu'elle ne m'en soupçonne.