SCÈNE III
SERTOniUS, PERPENM, AUFIDE.
PERPE.NNA, j .Vllliilc.
Dieux ! qui peut faire ainsi disparatlre la reine?
ACFlDE, à PerpeniiJ.
Lui-même a quelque chose en l'âme qui le' gêne, Seigneur; et notre abord le rend tout interdit.
SERÎOniUS.
De Pompée en ces lieux savez-vous ce qu'on dit? L'avez-vous mis fort loin au delà de la porte?
rERPEKKA.
Comme assez près des murs il avait son escorte, Je me suis dispensé de le meltre plus loin. ■Mais de votre secours, seigneur, j'ai grand besoin. Tout son visage montre une fierlé si haute...
SEhTOBICS.
iS'ous n'avons rien conclu, mais ce n'est pas ma faute ; Et vous savez ..
rERPENNA.
Je sais qu'en de pareils débats...
SERTORIUS
Je n'ai point cru devoir meltre les armes bas; 'U n'est pas encor temps.
l'ERPEXNA.
Continuez, de grâce; 11 n'est pas encor temps que l'amilié se lasse.
SERTIi|;iCS.
Voire inlérêl m'arrête autant comme le mien : Si je m'en trouvais mal, vous ne seriez pas bien.
PERPES.NA.
De vrai, sans votre appui, je serais fort à plaindre; .Mais je ne vois pour vous aucun sujet de craindre.
SEBTORIUS.
Je serais le premier dont on serait jaloux;
Mais ensuite le sort pourrait tomber sur vous.
Le tyran après moi vous craint plus qu'aucun autre,
Et ma tête abattue ébranlerait la \ùlre.
iXous ferons bien tous d'eux d'attendre plus d'un an.
PERPENNA
Que parlez-vous, seigneur, de têle et de tyran?
snmoi'.ius.
SEr.TOKIUS.
.le luii-lc de Sylla, vous le devez coiinatlrc.
l'E[!PE^^A.
Et je parlais des feux que la reine a fait iiaîlie.
SEIllORILS. /
Kos esprits élaient donc également distraits; Tout le mien s'allacliait aux périls de la paix; Et je vous demandais quel liruit fait par la ville De Pompée et de moi l'entretien inutile. Vous le saurez, Aulide?
AUFIDE
A ne rien déguiser, Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user; J'en crains parmi le peuple un insolent murmure : Ils ont dit (lue Sylla quitte sa dictature. Que vous seul refusez les douceurs de la paix, Et voulez une guerre à ne finir jamais. Déjà de nos soldats l'âme préoccupée .Montre un peu trop de joie à parler de Pompée, Et, si l'erreur s'épand jusqu'en nos garnisons. Elle y pourra semer de dangereux poisons.
SECTORUIS.
Nous en romprons le coup avant qu'elle grossisse, Et ferons par nos soins avorter l'artifice. D'autres plus grands périls le ciel m'a garanti.
rERPEN.NA.
l\e ferions-nous point mieux d'accepter le parti, Seigneur?Trouvcz-vous l'offre ou honteuse ou mal sERTORics. [sûre.'
Sylla peut en effet quitter sa dictature; Mais il peut faire aussi des consuls à son choix. De qui la pourpre esclave agira sous ses lois; Et, quand nous n'en craindrons aucunsordres sinistres, N'ous périrons par ceux do ses lâches ministres. Croyez-moi, pour des gens comme vous deux et moi. Rien n'est si dangereux que trop de bonne foi. Sylla par politique a pris cette mesure De montrer aux soldats l'impunité fort sûre; Mais pour Cinna, Carbon, le jeune Marius, Il a voulu leur tête, et les a tous perdus. [donne, Pour moi, que tout mon camp sur ce bruit m'aban- Çu'il ne reste pour moi que ma seule personne. Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat Qu'aller, tant qu'il vivra, briguer le consulat. Vous...
l'ECrENSA.
Ce n'est pas, seigneur, ce qui me met en peine. Exclu du consulat par l'hymen d'une reine. Du moins si vos bontés m'obtiennent ce bonheur, Je n'attends plus de Piome aurun degré d'honneur; Et, banni pour jamais dans la Lusitanie, .Ty crois en sûreté les restes de ma vie.
SERTORIUS
Oui; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté. Vous savez que la reine est. d'une humeur si llérc... Mais peut-être le temps la rendra moins altiére. Adieu : dispensez-moi de parler là-dessus.
PERPEX.NA.
Parlez, seigneur : mes vonix sont-ils si mal reeus? Est-ce en vain que je l'aime, eu vain que je soupire?
SERTORtUS.
Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.
lERl'ENXA.
Elle m'a dit beaucoup; mais, seigneur, achevez.
Et ne me cachez point ce que vous en savez.
>'e m'auricz-vous renq)li que d'un espoir frivole?
SEIlTORll'S.
Non, je vous l'ai cédée et vous tiendrai parole. Je l'aime, et vous la donne encor malgré mon feu; .Mais je crains que ce nom n'ait jamais son aveu, Qu il n'attire sur nous d'impitoyables haines. Que vous dirai-je enfin? L'Espagne a d'autres reines; Et vous pourriez vous faire un destin bien plus doux. Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous. Celle des Vacéens, celle des Ilergétes, Rendraient vos volontés bien plus tôt satisfaites : La reine avec chaleur saurait vous y servir.
PERPENNA
Vous me l'avez promise et me l'allez ravir!
SERIORUS.
Que sert que je promette et que je vous la donne Quand son andjition l'attache à ma personne? Vous savez les raisons de cet attachement. Je vous en ai tantôt parlé confidemment; Je vous en fais encor la même confidence. Faites à votre amour un peu de violence; J'ai triomphé du mien; j'y suis encor tout'prèt: .Mais, s'il faut du parti ménager l'intérêt, Faut-il pousser à bout une reine obstinée. Oui veut faire à son choix toute sa destinée, El de qui le secours, depuis plus de dix ans, Nous a mieux soutenus que tous nos partisans?
PERPE.N.NA.
La trou\ ez-vous, seigneur, en état de vous nuire?
SERTORIUS
Non, elle ne peut pas tout à fait nous détruire; .Mais, si vous nVenchaînez à ce que j'ai promis. Dés demain elle traite avQC nos ennemis.' Leur camp n'est que trop proche; ici chacun murmure; Jugez ce qu'il faut craindre en cette conjoncture. Voyez quel prompt remède oii y peut apporter. Et quel fruit nous aurons de la violenter.
PERPENNA
C'est à moi de me vaincre, et la raison l'ordonne : .Mais d'un si grand dessein tout mon cœur qui fris- SEinonius. [sonne...
Ne vous contraignez point; dût m'en coûter le jour, Je tiendrai nja promesse en dépit de l'amour.
PERPENNA
Si vos promesses n'ont l'aveu de Viriate...
SERTORIUS
Je no puis de sa part rien dire qui vous flatte.
PERPEX.NA.
Je dois donc nie contraindre et j'y suis résolu.
Oui, sur tous mes désirs je me rends absolu ;
J'en veux, à votre exemple, être aujourd'hui le niaîlrÈ;