SCENE PREMIERE
ARISTIE, VIf.IATE.
AF.ISTIE.
Oui, madame, j'en suis comme vous ennemie. Vous aimez les grandeurs, et je hais l'infamie. Je cherche à me venger, vous, à vous établir; Mais vous pourrez me perdre, et moi vous affaiblir,
.*^i lero'ur mieux ouvert ne met d'intelligence Votre établissement avecque ma vengeance.
On m'a volé Pompée; et moi, pour le bra\er. Cet ingrat que sa foi n'ose me conserver, .le eherehe un autre épou\ qui le passe ou l'égale : .M.iis je n'ai pas dessein d'être votre rivale. Et n'ai point diï prévoir, ni que vers un Itomain l'ne reine jamais daignât pencher sa main, .M qu'un héros, dont l'âme a paru si romaine. Démentît ce grand nom par l'hymen d'une nnne. J'ai cru dans sa naissance et votre dignile Pareille aversion et contraire fierté.
Cependant on me dit qu'il consent riiym''iiée, Et (|u'en vain il s'oppose au choix de la journée. I'uis(iue, si dès demain il n'a tout son éclat. Vous allez du parti séparer votre État.
Comme je n'ai pour but que d'en grossir les forces, J'aurais grand déplaisir d'y causer des divorces, Et de servir Sylla mieux que tous ses amis. Quand je lui veux partout faire des ennemis, l'arltz donc : quelque espoirquc vous m'ayez vu preii- Si vous y prétendez, je cesse d'y prétendre. [dre,
l'n reste d'autre espoir, et plus juste et plus doux, .•^aura voir sans chagrin Sertorius à vous. .Mon cœur veut à toute heure immoler à Pompée Tous les ressentiments de ma place usurpée; Et, comme son amour eut peine à me trahir, J ai voulu me venger, et n » pu le hair. A'e nie déguisez rien, non plus que je déguise.
Vir.IATE.
Viriate à son tour vous doit mémo franchise, .Madame; et d'ailleurs même on vous en a tro|) dit Pour vous dissimuler ce que j'ai dans l'esprit.
J'ai fait venir exprès Sertorius d'Afrique Pour sauver mes Etals d'un pouvoir tyiaiinique; Et mes voisins domptés m'apprenaient que sans lui Nos rois contre Sylla n'étaient qu'un vain appui. Avec un seul vaisseau ce grand héros prit terre; Avec mes sujets seuls il commença la guerre : Je mis entre ses mains mes places et mes ports, Et je lui confiai mon sceptre et mes trésors. Dès l'abord il sut vaincre, et j'ai vu la victoire Entier de jour en jour sa puissance et sa gloire. Nos rois lassés du joug, et vos persécutés. Avec tant de chaleur l'ont joint de tous côtés, Qu'enfin il a poussé nos armes fortunées Jusques à vous réduire aux pieds des Pyrénées. Mais, après l'avoir mis au point où je le voi, Je ne puis voir que lui qui soit digne de moi; Et, regardant sa gloire ainsi que mon ouvrage, Je périrai plutôt qu'une autre la partage. Mes sujets valent bien que j'aime à leur donner Des monarques d'un sang qui sache gouverner. Qui sache faire tète à vos tjTans du moud''. Et rendre notre Espagne en lauriers si feei^nde, ■Qu'on voie un jour le Pô redouter ses efforts. Et le Tibre lui-même en trembler pour ses bords.
Ar.lSIlE.
Votre dessein est grand; mais à quoi qu'il aspire...
:,ii i
SKUTOIIIUS.
VlniATE.
11 m';) (lil les raisons que vous me \niile7. dire. Je sais qu'il serait hoii de taire et dilïrrer Cef^lorieux hymen qu'il me fait espi'rer : [homme Riais l:i paix qu'aujourd'hui l'on olIVe à ce grand Ouvre trop les chemins et les portes de liome. Je vois que, s'il y rentre, il est perdu pour moi. Et je l'en veux hannir jiar le don do nia foi. Si je hasarde trop de ui'ètre déclarée. J'aime mieux ce péril que ma perte assurée; El, si lous vos proscrits osent s'en désunir. Nos bons destins sans eux pourront nous soutenir. Mes peuples aguerris sous votre discipline N'auront jamais au conir de Rome qui domine ; Et' ce .sont des Romains dont runi(ine souci Est de combattre, vaincre, et triompher ici. Tant qu'ils verront marcher ce héros à leur tète, Ils iront sans frayeur de conquête en conquête. Un exemple si grand dignement soutenu Saura... Mais que nous veut ce Romain inconnu?