SCÈNE V
OTIION, CAMIM.i;, ALBIN, AI,BL\NE.
CAMILLE
Vous pouvez voir i)ar là mon âme tout entière. Seigneur; et je voudrais en vain la dé'guiser .\prés ce que pour vous l'amour m'a fait oser. Ce que Galba pour moi prend le soin de vous dire...
OTIION.
Quoi donc, madami"! Othon vous coûterait l'empire?
11 sait mieux ce qu'il vaut et n'est pas d'un tel prix,
Qu'il le faille acbeler par ce noble mépris.
Il se doit opposer à cet effort d'estime
Où s'abaisse pour lui ce co^ur trop magnanime,
Et, par un même effort de magnanimité,
Rendre une âme si haute au trône mérité.
b'un si parfait amour quelles que soient les causes...
CAMILLE
Je ne sais point, seigneur, faire valoir les choses : Et, dans ce prompt succès dont nos cœurs sont char-
[mfs.
Vous me devez bien moins que vous ne présumez. 11 semble que pour vous je renonce à l'empire, Et qu'un amour aveugle ait su me le prescrire. Je vous aime, il est vrai; mais, si l'empire est doux. Je crois m'en assurer quand je me donne à vous. Tant que vivra Galba, le respect de son âge, Du moins apparemment, soutiendra son suffrage : l'ison croira régner : mais peut-èlre qu'un jour Rome se permettra de choisir à. son tour. A faire un empereur alors quoi qui l'excite, Qu'elle en veuille la race ou cherche le mérite, Notre union aura des voix de tous côtés. Puisque j'en ai le sang, et vous les qualités. Sous un nom si fameux qui vous rend préférable. L'héritier de Galba sera considérable ; On aimera ce titre en un si digne époux ; Et l'empire est à moi si l'on me voit à vous.
OTIION.
Ahl madame! quittez celte vaine espérance
De nous voir quelque jour remettre en la balance :
S'il faut que de Pison on accepte la loi,
Rome, tant qu'il vivra, n'aura plus d'yeux pour moi.
Elle a beau murmurer contre un indigne maiire;
Elle en souffre, pour lâche ou méchant qu'il pniss;
Tibère était cruel, Caligule brutal, [élro.
Claude, faible, î<éron en forfaits sans égal.
Il se perdit lui-même à force de grands crimes;
Mais le reste a passé pour princes légitimes.
Claude même, ce Claude et sans cœur et sans yeux,
A peine les ouvrit, qu'il devint furieux;
Et Narcisse et Pallas, l'ayant mis en furie,
Firent sous sou a\èu régner la barbarie.
Il régna toutefois, bien qu'il se lit haïr,
Jusque ce que Néron se fâchât d'obéir;
Et ce monstre ennemi de la vertu romaine
N'a succombé que tard sous la cumiiiune liaiiie.
ai: TE IV, SCI-Mi 1.
3Si
r.ir co qu'ils ont osé. jugez sur vos relus
(,'c ([u'osera l'ison gouverné jiar Lacus.
Il aura peine à voir, lui (pii pour vous soupire,
Ijue \ otre liymen cliez luoi laisse un ilroil à l'empire.
Cliacun sur ce pencliant vouilra l'aire sa cour;