‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 559 sur 788 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

Cliton explique tout à la nourrice de Mélite, i|uand on entend les cris d'Kraste qui s'avance. Il fuit epuuvanté; mais elle reste en di;ani :

Pour moi, quand je devrais pnssor pour Proscrpine, Je veux voir à quel point sa fureur le domine.

Parvenue à le calmer un peu, elle le mène chez lui iilin qu'il reprenne ses sens; ensuite elle le con- «luira chez Mélite, qu'il désire vivement entretenir.

l'hilaiidre vient ilemander à Cloris pardon de son crime; elle ne lui répond que par des sarcasmes, et il s'écrie avant de sortir :

Tu nulles; mais biculôt nous verrons d'autres jeux. Je sais Irop conimc ou venge une llaninie outragée.

CLonis.

Le sais- tu mieux que moi, qui suis déjà vengée? l'or 011 t'y prendras-tu? de quel air?

l'IUUSUBE.

Il suffit.

Je sais comme on se venge.

CLOIllS.

Et moi comme on s'en rit.

^^B Tircis, Mélite et Eraste arrivent auprès de Cloris;

^^e mariage des deux premiers se conclut, puis tous trois la pressent d'accepter Éraste pour époux. Elle y consent. En sortant avec eux pour aller demander l'assentiment de sa mère, Tircis dit :

Kritions donc; cl, tandis que nous irons le [nendre, Kouri ice, va l'offrir pour maitresse à Pliilandre.

LA soiunicE.

Là, là, n'en riez point : autrefois, en mon temps. D'aussi beaux fils que vous étaient assez, contents, El croyaient de leur peine avoir trop de salaire. Quand je quittai* un peu mon dédain ordinaiie.

CLITANDRE

ou L'I.NNOCEPsCE DÉLIVr.ÉE TRAGÉDIE E.N CIMl ACTES. — ICÔi.

« Un voyage que je fis à Paris pour voir le succès de Mclile m'apprit qu'elle n'était pas dans les vingt el quatre heures; c'était l'unique règle que l'on conni1t en ce temps-U'i. J'enlenilis que ceux du métier la Idàmaient de peu d'effet, et de ce que le style en était ttup familier. Pour la justifier contre celte cen-

sure par une espèce de bravade et montrer que ce genre de pièces avait les vraies beautés de théâtre, j'entrepris d'en faire une régulière (c'est-à-dire dans les vingt et quatre heures), pleini' d'incidents, et d'un style plus élevé, mais qui ne vaudrail rien du tout, en quoi je réussis parfaitement. Le st\le en est véritablement plus fort que celui de l'autre; mais c'est tout ce qu'on y peut trouver de supportable... Pour la construction, elle est si désordonnée, que vous avez de la peine à deviner (|ui'ls sont les premiers acteurs. »

Corneille. [Examen de Clitnndrc.)

(La contexture bizarre de celte pièce rappelle tellement celles du théâtre anglais, que nous nous bornerons à transcrire l'argument écrit par Corneille

ARGUMENT DE CLITANDP.E

Rosidor, favori du roi, était si passionnément aimé de deux des filles de la reine, Caliste et Dorise, que celle-ci en dédaignait Pymante, et celle-là Clitandre. Ses affections toutefois n'étaient que pour la première : de sorte que cet arnour mutuel n'eût point eu d'obstacle sans Clitandre. Ce cavalier était le mignon du prince, fils unique du roi, qui pouvait tout sur la reine sa mère, dont cette fille dépendait; et de là procédaient les refus de la reine toutes les fois que lîosidcir la suppliait d'agréer leur mariage. Ces deux detnoiselles, iiien que rivales, ne laissaient pas d'èlre amies, d'autant que Dori.se feignait ijue son amour n'était que par galanterie, et comme pour avoir de quoi répliquer aux imiiortunités de Pymante. De cette façon, elle entrait dans la confidence de Caliste et se tenait toujours assidue auprès d'elle; elle se donnait pins de moyens de voir liosidor, qui ne s'en éloignait que le moins ([u'il lui était possible. (Cependant la jalousie la rongeait au dedans et excitait en son âme autant de véritables mouvements de haine pour .sa compagne qu'elle lui rendait de feints témoignages d'aniilié. Un jour que le roi avec toute sa cour s'était retiré en un cliàleau de plaisance proche d'une forêt, cette fille, entretenant en ces bois ses pensées mélancoliques, rencontra par hasard une épée : c'était celle d'un cavalier nommé Arimant, demeurée là par mégardc depuis deux jours qu'il avait été tué en duel, disputant sa maltresse Daphné contre Eraste. Cette jalouse, dans sa profonde rêverie, devenue furieuse, jugea cette occasion propre à perdre sa rivale. Elle la cache donc au même endroit, et, à son retour, conte à Caliste que liosidor la trompe, qu'elle a découvert une secrète affection entre llippolyte et lui, et enljn qu'ils avaient rendez- vous dans le bois le lendemain au lever du soleil pour en venir aux dernières faveurs; une offre en outre de les lui faire surprendre éveille la curiosité de cet esprit facile, qui lui promet de se dérober, et se dérobe en effet le lendemain avec elle ]muï faire ses yeux témoins de celle perfidie. D'autre cùté. Pymanle, résolu de se défaire de Rosidor. comme du seul qui

EXAMEN ANALYTlQL'l-.

reiiipùchait d'èlrc aimé de Doriserct ne rosiuit attaquer ouverleniciii, à cause de sa faveur auprès du roi, dùnt il n'eût pu rappprocher, suborne (.'éron te, écuyer de Clitandre, et Lycaste, page du même. Cet écuyer écrit un cartel à Itosidoi', au nom de son maître, prend pour prétexte l'affection qu'ils axaient tous deux pour Caliste, contrefait au bas son seing, le fait rendre par ce page, et eux trois le vont attendre masqués et déguisés en paysans. L'Iicure était la nièmo que Dorise avait donnée à Calis.te, à cause que l'un et l'autre voulaient être assez toi de retour pour se trouver au lever du roi et de la reine après le coup exécuté; les lieux mêmes n'étaient pas fort éloignés : de sorte que Rosidor, poursuivi par ses lrois assassins, arrive auprès de ces deux fdles coniiiie Dorise avait l'épée à la main, jirêle de renfoncer dans l'estomac do Caliste; il pare et blesse toujours en reculant, et tue enliu ce page, mais si malheureusement, que, retirant son épée, elle fe roiiipt contre la branche d'un arbre. En cette extrémité, il voit colle que tient Dorise, et, sans la reconnaître, il la lui arrache et passe tout d'un temps le'tronçon delà sienne en la main gauche, en guise d'un poignard, se défend ainsi contre Tymantc et Géronte, tue encore ce dernier, et met l'autre eu fuite. Dorise fuit aussi se voyant désarmée par liosidor : et Caliste, sitùt qu'elle l'a reconnu, se pâme d'appréhension de sou péril liosidor démasque les morts et fulmine contre Clitandre, qu'il prend pour l'auteur de cette perfidie, attendu qu'ils sont ses domestiques, et qu'il était venu dans ce bois sur un cartel reçu de sa part. Dans ce mouvement, il voit Calisle pâmée et la croit morte; ses regrets avec ses plaies le font tomber en pâmoison; et, s'entr'aidant l'un à l'autre à marcher, ils gagnent la maison d'un paysan, où elle lui bande ses blessures. Dorise désespérée, et n'osant retourner à la cour, trouve les vrais habits de ses assassins, et s'accommode de celui do Géronte pour se mieux cacher. Pymanle, qui allait rechercher les siens, et qui cependant, alin de njieux passer pour villageois, avaitjeté son masque et son épée dans une caverne, la voit en cet état. Après quelque mécompte, Dorise se feint être un jeune gentilhojume, contraint pour quelque occasion de se retirer de la cour, et le prie de le tenir là quelque temps caché. Pymante lui baille quelque échappatoire; mais, s'élant aperçu à ce discours qu'elle avait vu son crime, et, d'ailleurs, entré en quelque soupron que ce fût Dorise, il accorde sa demande, et la mène en cette caverne, résolu, si c'était elle, de se servir de l'occasion, sinon d'ùler du monde un témoin de son forfait, en ce lieu où il était assuré de retrouver son épée. Sur le chemin, au moyen d'un poinçon qui lui était demeure dans les cheveux, il la reconnaît et se fait reconnaître â elle; ses offres de service sont aussi mal reçues que par le passé : elle persiste toujours â ne vouloir chérir que Rosidor. Tymaiite l'assure qu'il l'a tué : elle entre en furie, ce qui n'empêche pas ce paysan déguisé de l'enlever dans cette caverne, où, tâchant d'user de force, cette courageuse llllo lui crève un œi\ de son poinçon; et, comme la douleur

lui fait y porter les deux mains, elle s'échappe de lui, dont l'amour tourné en rage le fait sortir l'épée â la main de cette caverne, à dessein et de venger cette injure par sa mort et d'étouffer ensemble l'indice de son crime. Rosidor cependant n'avait pu se dérober si secrètement qu'il ne fût suivi de sou écuyer Lysarque, à qui, par importuniti', il conte le sujet de sa sortie. Ce généreux serviteur, ne pon- \anl endurer que la partie s'achevât sans lui, le quitte pour aller engager l'écuyer de Clitandre â servir de second à son maître. En cette résolution, il rencontre un gentilhomme, son particulier ami, nommé Cléon, dont il apprend que Clitandre \onail de monter à cheval avec le prince i>our aller â la chasse. Cette nouvelle le met en inquiétude: et, ne sachant tous deux que juger de ce mécompte, ils vont de compagnie en avertir le roi. Le roi, qui ne \oy\lait pas perdre ces cavaliers, envoie en même temps Cléon rappeler Clitandre de la chasse, et Lysarque avec une troupe d'archers au lieu de l'assignation, afin que, si Clitandre s'était échappé d'auprès du prince pour aller joindre son rival, il fût assez fort pour les séparer. Lysarque ne trouve que les deux corps des gens de Clitandre, qu'il renvoie au roi par la moitié de ses archei-s, cependant qu'avec l'autre il suit une trace de sang qui le mène jusqu'au lieu où Rosidor et Caliste s'étaient retirés. La' vue de ces corps fait soupçonner au roi quelque supercherie de la part do Clitandre, et l'aigrit tellement contre lui, qu'à son retour de la chasse il le fait mettre en prison, sans qu'on lui en dît même le sujet. Cette colère s'augmente par l'arrivée de Rosidor tout blessé, qui, après le récit de ses aventures, présente au roi le cartel do Clitandre, signé de sa main (contrefait toutefois), et rendu par son page; si bien que le roi, ne doutant plus de son crime, le fait venir en son conseil, où, quelque protestation que peut faire son innocence, il le condamne à perdre la tête dans le jour même, de peur de se voir conmie forcé do le donner aux prières de son fils, s'il attendait son retour de la chasse. Cléon en apprend la nouvelle; et, redoutant que le prince ne se prît à lui de la perte de ce cavalier qu'il affectionnait, il le va cherch'-r encore une fois â la chasse pour l'en avertir. Tandis que tout ceci se passe, une tempête surprend le prince à la chasse : ses gens, effrayés de la violence des foudres et des orages, qui çà, qui là, cherchent à se cacher : si bien que, demeuré seul, un coup de tonnerre lui tue son cheval sous lui. La tempête finie, il voit un jeune gentilhomme qu'un paysan poursuivait l'épée à la main : c'était Pymante et Dorise; il était déjà terrassé et près de recevoir le coup de la mort; mais le prince, ne pouvant souffrir une action si méchante, tâche d'empêcher cet assassinat. Py^nante, tenant Dorise d'une main, le combat de l'autre, ne croyant pas de sûreté pour soi, après avoir été vu en cet équipage, que par sa mort. Dorise reconnaît le prince et s'entrelace tellement dans les jambes de son ravisseur, qu'elle le fait trébucher. Le prince saute aussitôt et le désarme; l'ayant désarmé, il crie à ses gens, et enfin doux veneurs paraissent, char-

EXAMEN ANALYTIQL'E.

gésdes vrais habits Je rviiianle, Dorise et Lycaslo. Ils les lui pnsonlenl coiiiiiii' un effet extraordinaire du fouilre, qui avait consumé trois corps, à ce qu'ils s'imaginaient, sans toucher à leurs habits. C"est de là que Uorise prend occasion de se faire rcconnatlre du prince et de lui déclarer tout ce qui s'est jjassé daiis ce bois. Le prince étonné commande à ses veneurs de garrotter l'ymanle avec les couples de leurs chiens; en même temps, Cléon arrive, qui fait le récit au prince du péril de Clilandre, et du sujet qui l'avait, réduit en l'extrémité où il était. Cela lui fait connaître Pymante pour l'auteur de ces pcriiilios ; et, l'ayant baillé à ses veneurs à ramener, il pique à toute bride vers le château, arrache Clitandre aux bourreaux, et le va présenter au roi avec les criminels, Pymante et Dorise, arrivés quelque temps après lui. Le roi venait de conclure avec la reine le mariage de Rosidor et de Caliste, sitôt qu'il serait guéri, dont Caliste était allée porter la nouvelle au blessé; et, après que le prince lui eut fait connaître l'innocence de Clitandre, il le reçoit a bras ouverts et lui promet toutes sortes de faveurs pour récompense du tort qu'il lui avait pensé faire. De là, il envoie Pymante à son conseil pour être puni, voulant voir par là de quelle façon ses sujets vengeraient un atte[itat fait sur leur prince. Le prince obtient un pardon pour Dorise, qui lui avait assuré la vie; et, la voulant désormais favoriser, en propose le mariage à Clitandre, qui s'en excuse modestement. Rosidor et Caliste viennent remercier le roi, qui les réconcilie avec Clitandre et Dorise, et invite ces derniers, voire même leur commande de s'entr'aimer, puisque lui et le prince le désirent, leur donnant jusqu'à la guérison de Rosidor pour allumer celte flamme.

Afin de voir alors cueillir en même jour

A deux couples d'amants le fruit de leur amour.

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