LYSANDRE
H n'en l'aut point ilouter : l'amour a des tendresses Que nous n'apprenons point qu'auprès de nos mailresscs. Tant de socles d'appas, de doux saisissements, D'agréjbles langueurs et de ravissements, Jusquos où d'un liel œil peut s'étendre l'empire, El mille autres secrets (flie l'on ne saurait ilire, Quoi que tous nos rimeurs en mcllenl par écrit, Ke se surent jamais parun elfu'l d'esprit; El je n'ai jamais vu de cervelles bien laites Qui traitassent l'amour à la façon des poêles :
C'est tout un autre jeu
0 pauvre comédie! objet de tant de veines, Si lu n'es qu'un portrait des actions humaines. On le tire souvent sur un original A qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal
Dorimant raconte à son ami qu'il a entrevu dans la matinée une beauté séduisante; que Cléante l'a suivie, afin d'apprendre quel est son nom et son rang. Cléante revient; trois hommes, qui lui ont donné des étriviéres. l'ont empêché de remplir sa mission : il connaît l'un d'eux.
Qu'on le trouve où 'qu'il soit,
répond le désappointé Dorimant.
llippolyte vient, sa suivanle Florice lui parle des œillades d'un cavalier qui se trouvait le matin chez le libraire, à quoi elle répond que toutes galanteries qui ne viendraient point de Lysandre la trouveront indifférente. Alors Florice lui révèle l'amour que Lysandre montre pour Célidée.
.\CTE DEUXIE.ME
Dorimant proteste à llippolyte de son amour :
Je n'ai point consullé pour vous donner mon àme; Voire premier aspect sut allumer ma llamnic. Et je sentis mon cœur, par un secret pouvoir, Au^si prompt à brûler que mes yeux à vous voir.
inr'P.ji.vTE.
Avoir connu d'abord combien je suis aimable, Encor qu'à votre avis il soit inexprimable, \
Ce grand et prompt effet m'assure puissamment De la vivacité de votre jugement.
Pour moi. que la nature a faite un peu grossière, Mon esprit, qui n'a pas cette vive lumière, Conduit Iriip pesamment toutes ses fonctions l'our m'avcrtir sitôt de vos perléctions.
Lysandre sort de chez Célidée, et passe sans s'arrêter; llippolyte l'appelle et engage avec lui une guerre d'agaceries. Florice, prenant pour prétexte une affaire pressée, la force à rentrer.
Dorimant confie à Lysandre qu'Ilippolyle est la personne dont il lui a déjà parlé, mais qu'il déses-
EXAMEN ANALYTIQUE
pore (l'en èlre aimé. Lysandiv se cliarf;t' do lui iviidrc les parents favorabU's, et lui conseille di- gatrner le oiriir ^\>' sa maîtresse.
Uipp.ilNto se plaint de ce que Florice a iiiterronipu sa coiivorsulion avec Lysandre; pour s'excuser, la suivante dit qu'elle avait à cœur do lui coiniiuiniquer le desseiii dont elle l'a entretciUie et qu'elle reiif,'aj;o à exécuter.
llippolyte ap])elle Célidée : Uoriniant. luidit-i'llo. l'iniiiortune; son auiie lui répond qu'elle voudrait hien (|ue Lysandre lui donnât quelque prétexte pour I abandonner, llippolyte lui insinue que. si elle paraissait avoir le moindre dédain, Lysandre l'aliandonncrait aussitôt. Quoique persuadée du contraire, Célidée promet d'essayer de ce moyen.
IIIPrOLYTG.
En voin lu l'y résous; ton ànie un peuconliainle Au tr;ivors de les yeux lui lraliir.i l.i leinle ; L'un lieux dédira l'autre, et toujours un souris Lui fera voir assez conibicu lu le chéris.
CtLIDtE.
Ce n'est qu'un faux soupçon qui le le persuade ; J'armerai de rigueur juscju'à la nmindie œillaile. Et réiilerai si tjicn toutes mes actions, Qu'il lie pourra juger de mes inlcutions.
0 Dieux! si je pouvais changer sans infamie!
llippolyte, comptaiît sur la promesse de Célidée, cède la place à LysJndre, qui, reçu avec des froideurs rebutantes, s'écrie :
Ali! redouble plulôlcc dédain qui me lue,
El laisse-moi le bien d'expirer à la vue;
Que j'adore les yeux, loul cruels qu'ils me sont;
(lu .Is reçoivenl mes vœux pour le mal qu'ils me font !
Invehlc à me iièner quelque riiiueur nouvelle ;
Trailc, si lu le veux, mon âme en criminelle ;
Dis que je suis ingrat, appelle-moi léger;
Juipulc à mes amours la honte de changer;
Dedans mon désespoir lais éclater la joie ;
Et tout me sera doux pourvu que je te voie;
Tu verras les mépris n'ébranler poinl ma foi,
El mes derniers soupirs ne voler qu'après loi.
Ne crains poinl de ma pari de reproche ou d'injure !
Je ne l'appellerai ni lâche ni parjure :
Mon feu supprimera ces litres odieux;
Mes douleurs céderont au pouvoir de tes yeux;
El mon fidèle amour, malgré leur vive ailcinle.
Pour l'adorer encore éloullera ma plainte.
Célidée sort, le laissant en proie à sa douleur.