‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 609 sur 788 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Garibalde, duc de Turin et vassal de Grimoald, déclare son amour à Eduige; elle lui répond :

Pour gagner mon amour il faut servir ma haine : A ce prix est le sceptre, à ce prix une reine. Et Grimoald puni rendra digne de moi Otiicoiique ose m'ainicr ou se veut faire roi.

CAIUDALDE. *

Mettre à ce prix vos feux et votre diadème C'est ne connaître pas votre haine et vous-même ; Et qui sous cet espoir voudrait vous obéir Ciierchcrait les moyens de se l'aire haîi'. Grimoald inconstant n'a plus pour vous de charmes; Mais Grimoald puni vous coûterait dos larmes : -V cet objet sanglant l'elTort de la pitié Ueprendrait tous les droits d'une vieille amitié...

F.DriGE.

Vengez-moi toutefois, m lis d'une autre manière : Pour conserver mes jours, laissez-lui la lumière; Quelque mort que je doive à son manque de ibi, Olcz-lui Rodelinde, et c'est assez pour moi... Je veux qu'il se repentcel se repente en vain, Rende haine pour haine, et dédain pour dédain; Je veux qu'en vain son âme, esclave de la mienne. Me ilemande sa grâce, et jamais ne l'obtienne, Qu'il soupire sans fruit ; et, pour le punir mieux. Je veux même à mon tour vous aimer à ses yeux.

CABIDVIDE.

Le pourrez-vous, madame, -et savcz-vous vos forces? Savez-vous de l'amour quelles sont les amorces? Savez-vous ce qu'il peut, et qu'un visage aimé Est toujours trop aimable à ce qu'il a charmé? Si vous ne m'abusez, votreîCœur vous abuse : L'inconstance jamais n'a de mauvaise excuse; Et, comme l'amour seul fait le ressentiment. Le moindre repentir obtient gràceà l'amant.

EDDIGE.

Quoi qu'il puisse arriver, donnez-vous celte gloire bavoir sur cet ingrat rétabli ma victoire : Sans sonner qu'à me plaire exécutez mes lois. Et pour l'événement laissez tout à mon choix; Soul'frez qu'en liberté je l'aime ou le néglige. L'aaiant est trop payé quand son service oblige; Et quiconque en aimant aspire à d'autres prix

N'a qu'un amour servile et digne de mépris. Le véritable amour jamais n'est mercenaire, Il n'est jannis souillé de l'espoir du salaire, Il ne veut que servir et n'a point d'intérêt Qu'il n'immole à celui de l'objet qui lui plaît. Voyez donc Grimoald, tàclicz à le réduire; Faites-moi triompher, an hasard de vous'nuire; Et, si je prends pour lui des sentiments plus doux. Vous m aurez faite heureuse, et c'est assez pour vous. Je verrai par l'etfort de votre obéissance Oij doit aller celui de ma reconnaissance. Cependant, s'il est vrai que j'ai pu vous charnier, Aimez-niiii plus que vous, ou cessez de m'uimer : C'est par là seulement que l'on mérite Eduige. Je veux bien qu'on espère et non pas qu'on exige; Je ne veux rien devoir; mais, lorsqu'on me sert bien. On peut attendre tout de qui ne promet rien.

(E'Ic sort.)

Mais Garibalde est loin de vouloir servir l'amour d'Eduige; c'est Grimoald lui-même qui, de peur qu'un autre amant n'embrassât la querelle de cette princesse, a engagé son vassal à la rechercher; séduit par l'éclat de la couronne beaucoup plus qii.> par les charmes de celle qui la porte, il se propose, en donnant de perfides conseils à Grimoald, de h' rendre odieux aux peuples, puis de le précipiter du trône.

Grimoald entre et lui demande comment il a éi.'' accueilli; il répond qu'Eduige, tant qu'elle con.-' rveia l'espoir de le voir revenir à elle, repoussera toutes les offres de mariage et l'engage vivement à épouser Rodelinde, diit-il employer la force. Grimoald repousse cette idée.

garibu.de.

Que sert ce grand pouvoir qui suit le d'iadènie. Si l'amant couronné non use pour soi-même? l'n roi n'est pas moins roi pour se laisser charmer, Et doit faire obéir qui ne veut pas aimer.

GÏUUOALD.

Porte, porte aux tyrans tes damnables maximes; Je liais l'art de régner qui se permet des crimes : .Ocquel Iront donnerai-je un exemple aujourd'hui Que mes lois dès ilemain puniraient en autrui? I.e pouvoir absolu n'a rien de redoutable Dont .à sa conscience un roi ne soit comptable. L'amour s'excuse mal s'il règne injustement, 4 Et l'amant couronné doit n'agir qu'en amant.

Unulphe vient annoncer à Grimoald que Rodelinde demande à l'eiitreleuir : plus sourd que jamais aux perfides iusinuations de Garibalde, qui lui dit que'pour obtenir le cœur de la mère il faut menacer la tète du fils, il renaît à l'espoir.

Rodelinde vient le remercier de l'ititérêt qu'il montre pour son fils; mais, dit-elle,

Permets que je mette

Cet effort merveilleux en sa gloire parfaite.

Et que ma propre main tâche d'en arracher

Tout ce mélange impur dont tu le veux cacher :

Car enfin cet eflort est de telle nature.

Que la source en doit être à nos yeux toute pure ; ^

l.a vertu doit régner dans un si grand projet.

En êlre seule cause et l'honneur seul objet;

Et, depuis qu'on le souille, ou d'espoir de salaire,

Oa de chagrin d'amour, ou de souci de plaire.

Il part indignement d'un courage abattu,

EXAMEN ANALYTK'CE.

Oii la pnssion règne et non pas h vorlii. On ]iiililicr.iit de (oi que les yeux iriino l'onirne l'Ins i|iio tu propre ;;loire auraient Idiidi' Ion ninc; Un dirait qn'iin liéros si jtrand, si renommé, ÎSc sérail qu'un tyran, s'il n'avait point aimé.

FurioiiN (le son refus, Grimoald l'an'i'le et lui dit (lu'iiu maîlre tlceidera d'elle.

UOI'ELIMIK.

Qui ne craint point la mort craint peu, quoi qu'il ordonne.

GltlMOALn.

\'o;is la craindrez peul-èlre en quelque autre personne.

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