‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 643 sur 788 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

L'empereur apprend de Flavian, son confident, que Bérénice lui envoie une ambassade pour le féliciter de son avènement à l'empire; il croit y voir une preuve d'inililf 'rence, et remercie les dieux de ce que l'amour quelle lui portait est éteint chez la reine; bien plus, il voudrait i|u'elle lui fût infidèle, car alors de douloureux souvenirs ne viendraient plus troubler sa pensée.

Si de tels souvenirs ne me l'<iisai'eiit la guerre. Serait-il potentat plus heureux sur la terre? Mon nom par la vicloire est si bien affermi. Qu'on me croit dans la paix un lion endormi. Mon réveil incerl;iin du monde lait l'élude; Mon repos en tous lieux jette l'inquiétude; El, tandis qu'en ma cour les aimables loisirs Ménagent l'heureux choix des jeux et des plaisirs, l'our envoyer l'elTroi sous l'un cl lanU-c pôle, ^v

EXAMEN ANALYTIQUE

Je ii'iii qu'à fuiicun pas, el Iwusseï la parole. Que (le t'élicilé si mes vœux iiiipnniciils N'étaieiil de mon poiivoii' les seuls iuclépenJanIs! Maiire île l'univers sans l'èlre île moi-même, Je suis le seul rebelle à ce ponviiif suprême; D'un l'eu (jue je combals je me laisse eliirmcr, Et n'aime qu'à resret ce que je veux aimer. En vain île mou liymen liuine presse la pompe; Je veux lie la lenteur, j'aime qu'on l'iiilei rompe. El n'ose résister aux ilan;.'ercux sonliails De préparer toujours, et n'achever jamais.

Domilian arrive. — Congédié par Tite, Flavian reçoit l'onlre de faire assembler le sénat, qui doit s'occuper des désastres qu'a causés une éruption du Vésuve. — Le frère do rempercur lui demande ensuite ce qu'il doit faire, lui Uomitian, si Tite persiste à devenir l'époux, de Domitie.

Ce que je fais, mon frère, aimez ailleurs.

— Si vous renoncez avec tant de facilité à votre Bérénice, réplique Domitian. c'est qu'elle est loin de vos yeux; mais est-il possible que moi, si prés de Domitie, je consente à la voir passer entre les bras d'un autre?

Itome enùére et ma foi l'appellent à l'empire : Voyez mieux île quel œil on m'en vei'rait iléiliie; Ce qu'ose se perniellre une femme en fureur, El combien lîome entière aurait pour moi ifliorreur

DUMITIAX.

Elle n'en aurait point ilc vous voir, pour un frère. Faire autant que pour elle il vous a plu de faire. • Seigneur, à vos bontés laissez un libre cours ; Qui se vainc une fois peut se vaincre tonjouis; Ce n'est pas un eflort que votre àine redoute.

Tite reste inébranlable; cependant il veut bien laisser le cboix à Domitie, qui arrive. L'ambitieuse s'étonne que Tite ait pu douter qu'il aurait la préférence, et que Domilian ail eu la présomption de croire qu'il l'emporterait sur l'empereur.

Flavian vient annoncer à Tite que Bérénice s'avance.

La reine s'excuse de se présenter sans en avoir obtenu la permission; mais, au fond de son exil, elle. était poursuivie du désir d'être la première à mettre aux pieds de l'empereur le sceptre que dorénavant elle ne tient que de lui.

Pour sortir du trouble et de l'embarras où l'a jeté l'arrivée soudaine de Bérénice, Tite se hAte de la faire conduire dans l'appanement naguère babité par elle :

Il est demeuré vide et scndilc enror l'attendre.

Domilie propose à Tite de lui rendre sa parole; il lui répond :

.Adieu, madame, adieu; dans le trouble où je suis, Me taire el vous quitter, c'esl tout ce que je puis.

Restée seule avec sa confidente, Domitie forme de noirs projets de vengeance.

Faisons voir ce qu'en moi peut le sanp de Néron, Et que je suis de plus tille de Corbulon

S'il épouse sa reine, il est l'horreur de Fiome. Trouvons alors, trouvons un grand cœui", un ;:i*anil liommc^ lin liomain qui réponde au sang de mes aïeux; Et, pour le révoller, laisse faire à mes jeux.

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