‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 644 sur 788 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Voulant éveiller la jalousie chez Tite, Domitian offre sa main à Bérénice, et ajoute que le frèn^ d'un empereur est au moins l'i'gal d'un roi. Il n'obtient qu'un refus qu'accompagne cette réponse ironique :

Pour moi, qui n'eus jamais l'bonneur d'élre Romaine. El qu'un deslin jaloux n'a fait naiire que reine; Sans qu'un de vous descende au rang <|ue je remplis. Ce me doit être assez d'un de vos alTrancbi.î.

.Domitie survient; Domitian, fidèle à son plan, clierebe à inspirer de la jalousie à la fille de Cor bulon en déclarant qu'il offre à Bérénice un cœur par d'aulres trop dédaigné'. Domitie s'étonne, se plaint qu'il se soit tant hâté de prendre un parti, et paraît disposée à revenir à lui. Le frère de Tili' redouble de protestations d'amour, el la conjure de faire le bonheur de quatre amants par le sacrilice de son ambition. Enfin il sort et laisse à Bérénice lesoin de convaincre tout à fait Domilie.

Bérénice entreprend de faire sentir à sa rivale le danger auquel on s'expose en sacrifiant l'amour à l'ambition; celle-ci n'oppose que la rudesse et la fierté; en la quittant, elle menace Bérénice du ban- , nissement.

Dans quatre jours, madame, on verra qui s'abuse.

Tite entre cbez la reine; il vient lui rendre hommage et s'excuser de l'avoir congédiée si promptement. Elle en profite pour réveiller en lui un amour mal éteint, en exprimant la douleur qu'elle éprouve de se voir remplacée par une femme assez belle pour mériter l'amour de letnpereur. — Si du moins vousaviez choisi

quelque objet sans éclat

Qui ne put être à vous que par raison d'Étal, ■

je pourrais me dire que le cœur de Tite est encore à moi.

TITE

Je ne puis vous donner cette consolation. Si, pour vous obéir, je lui suis infidèle-, Rome, qui l'a choisie, y conscnlira-l-clle?

EÉRÉMCE.

Quoi ! Rome ne veut pas quand vous avez voulu ? Que faites-vous, seigneur, du pouvoir absolu? iS'êles-vous dans ce trône, où tant de monde aspire. Que pour assujettir l'empereur à l'empire? Sur ses plus hauts degrés Rome vous fait la loil Elle affermit ou rompl le don de votre foi .' Ah! si j'en puis juger sur ce qu'on voit ■parait re.- Yous en êtes l'esclave encor plus que le maiire

TITE

Tel est le triste sort de ce rang souverain, l.lui ne dispense pas d'avoir un cœur romain ; Du plutôt des Romains tel est le dur caprice A suivre obstinément une aveugle injustice.

EXAMEN ANALYTIQUE

Qui, re'ielant il'iin roi \e nom plus que les lois, Àcceiile un impereur plus puissaiil que cenl rois.

Il veut renoncer à l'empire et se retirer dans les !';i;ils lie la reine, où il pourra vivre toul entier à Taniour;

i:t ?(.ll lie Rouie esclave et maître qui vouilia.

UÉllliSUE.

Il u'osl plus temps : ce nom si sujet à l'envie Ne se (piille jamais, scif:neiir, qu'avec la vie; Kl lies nouveaux Césars la lierublante fierté N'use laire Je grâce à ceux qui l'ont porté ;

elle préfère le voir épouser Domitie; mais Tito proteste avec ardeur qu'il renonce à Domitie, dùt-il perdre et la vie et le trône.

ACTK QUATIUKME

Chilon apprend à Rérenice la sensation qu'a produite son arrivée; les lîomains l'aiment, mais ils craignent que son liymen avei- Tile ne serve de prétexte à mille complots auxquels pourrait prendre |)art l'omitiaii lui-même; le sénat s'asseiuble, comme l'empereur la ordonné; mais, si l'on y parle de la reine, les nombreux partisans de Hoiuilie feront sans doute adopter le bannissement de sa rivale préférée. *

Instruit du coup qui les nienace tous deux, Domilian vient trouver la reine afin d'aviser aux luovens de le détourner. Bérénice connaît tout son pouvoir sur l'empereur, elle est st'ire de confondre les projets de Domitie et d'empêcher que Tite n'épouse cette femme ambitieuse.

(Juant au sénat, qu'il m'ùle on me donne l'empire, Je ne vous ilirai point à quoi je me résous.

(Elle sorl.)

Domitie vient conjurer Domilian de seconder ses efforts jiour obtenir lexil de Bérénice : Doiuitian, au contraire, voudrait voir l'empereur la placer sur le trône, et revenir à lui Domitie délaissée.

DOMITIE.

Ne vous y trompez pas; s'il nie donne le change, ,1e ne suis point à vous, je suis à qui me venge. Et trouverai peut-être à Rome assez d'appui Poui me venger de vous aussi bien que de lui.

(lillc sorl.)

Domitian ne sait plus s'il doit donner suite à son projet : Albin le lui conseille, et il se décide à deuiander lîérénice afin d'obtenir la fille de Corbulon.

Tite paraît; son frère l'engage é épouser la reine.

N'avez-vous pis un absolu pouvoir.

Seigneur?

TITE

Oui, mais j'en suis comptable à tout le monde ; Comme dépositaire il faut que j'en réponde. Un monarque a souvent des lois à s'imposer, Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.

Domitian réplique que, si Tite aimait Bérénice autant qu'il le dit, il trouverait très-facile de rendre Uomilie à son premier amant. — Ali! répond

renipcreiir. il y va de bien plus que de vous la céder. — De quoi, seigneur'?

— De tout.

Il V va d'épouser sa liaine jusqu'au bout. D'en suivre la furie, et d'être le ministre De ce qu'un noir dépit conçoit de plus sinistre ; El peut-être l'aigreur de ces inimiliés Voudra que je vous perde ou que vous me perdiez : Voilà ce qui peut suivre un si doux hyménée. Vous vovez dans l'orgueil Domitie ob-tinée: Ouand pour moi cet orgueil ose vous dédaigner. Elle ne m'aime pas, elle cberclie à régner; Avec vous, avec moi, n'importe la manière. Tout plairait, à ce prix, i son huinciir ailière; Toul serait digne d'elle, et le nom d'empereur A mon assassin même attacherait son cœur.

nOVITIAX.

Pouvez-vous mieux choisir un frein à sa colère. Seigneur, que de la mettre entre les mains d'un frère?

TITE

Non, je ne puis la mettre en de plus siires mains; .Mais, plus vous m'êtes cher, prince, et plus je voiiscr.iius. De ceux qu'unit lasang plus douces sont les cliaioes. Plus leur désunion met d'aigreur d.ms leurs haines; L'ol'lense en osl plus rude, et le courroux plus grand, La suite plus barliare, cl l'eltèt plus sanglant. La nature en fureur s'abandonne i lout taire. M cinquante ennemis sont moins haïs qu'un Trère.

— ruisijue Domitie ne peut être mon épouse, soûlfiez que Bérénice le devienne, réplique Domitian. Interdit par cotte proposition, l'empereur doute que la reine consente à trahir son amour.

DOSIITIAN.

Mais si pour se venger elle répond au mien?

TITE

Épousez-la, mon frère, et ne m'en dites rien.

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