‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 657 sur 788 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

SJllace, autre lieutenant d'Orode, apprend à son maître qu'il a vu Suréna, selon qu'il lui avait été ordonné. — Son indifférence affectée donne lieu de craindre qu'il ne soil aimé d'Eurydice.

EXAMEN ANALYTIQUE

OItODE.

Il.ice, a droit d'inquiéter

Qu'un tel calme, Sil

Un roi qui lui doit tant, qu'il ne peut s'acquitter.'

Vn service au-dessus de toute récompense,

.\ force d'obliger, tient presque lieu d'offense.

Suréna de l'exil lui seul m'a rappelé ;

U néa rendu lui seul ce qu'on m'avait volé,

Mon sceptre; de Crassus il vient de%nc défaire.

Pour faire autant pour lui quel don puis-je lui faire?

Lui parlaîer mon trône? il serait toul à lui.

S'il n'avait mieux aimé n'en èlre que l'appui.

Quand j'en pleurais la perte, il forçait des muradlcs;

Quand j'invoquais mes dieux, il gagnait des batailles.

.l'en frémis, j'en rougis, je .m'en indigne, et crains

Qu'il n'ose quelque jour s'en payer par ses mains;

El, dans tout ce qu'il a de nom et de fortune.

Sa lortune me pèse, et son nom m'imporlunc

SILLACE.

Seigneur, pour vous tirer de ces perplexilés,

La siine politique a deux extrémités :

Quoi qu'ait (ait Suréna, quoi qu'il en faille attendre,

Ou faites-le i)érir, ou faites-en un gendre ;

Il n'est point de milieu.

OUCDE.

Ma pensée est la votre.

Mais, s'il ne veut pas l'un, pourrais-je vouloir l'autre? Pour prix de ses hauts faits, et de m'avoir fait roi, Son trépas.. Ce mot seul me fait pâlir d'effroi ... Le voici : laissez-nous,

reprend-il en voyant paraître Suréna. — Le roi déclare à son général que l'immensité de ses services ne lui laisse aucun moyen de les récompenser dignement: il ne se croit même pas encore quitte en lui donnant sa fille. Suréna refuse un honneur si fort au-dessus de lui : donner pour époux à la princesse Mandane un homme qui no peut cesser d'être son sujet, ce serait avilir le sang d'Orode.

Je n'examine.point si ce respect déguise,

répond Orode. Votre renommée est tellement étendue, que tous les rois seraient heureux de vous attacher à eux par les liens les plus étroits; et

Je ne vous saurais croire assez en mon pouvoir, Si les noeuds de l'hymen n'cncliainent le devoir.

Lellc défiance élonne Suréna. — Si j'étais homme à me laisser gagner, Crassus et Milradate...

Tout ce que je vous dois, j'aime à le pulilier : Mais, quand je m'en souviens, vous devez l'oublier,

interrompt Orode. — Eli bien, seigneur, puisque vous voulez honorer mon sang et le placer sur les degrés du trône, que ma sœur devienne l'épouse de votr^ fils : Artabase n'en niurinurera point, et Eurydice en aura l'âme ravie, car son cueiir ne lui appartient plus. Dire qui le possède, je ne saurais le faire. — Orode rejette cette proposition: et, voyant venir la sœur de Suréna, il ordonne à celui-ci d'aller trouver Eurydice, afin de la ramener au sentiment du devoir; pendant ce temps, lui-même apprendra (|Uelle part a l'almis dans les pri''tenlions de son frère.

Palmis ne dissimule point qu'elle aime toujours Pacorus; Orode lui montre les trônes d'autres rois prêts à la recevoir; mais elle ne veut pas quitter les lieux qu'habite son parjure amant.

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