‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 658 sur 788 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Ormène, la confidente d'Eurydice, dit à sa maîtresse .

Oui, votre inlelligence à demi découverte Met votre Suréna sur le Lord île sa perte. Je l'ai su de Sill.ace, et j'ai lieu de douter (Ju'il n'ait, s'il faut tout dire, ordre de l'arrêter.

EUBÏDICE.

On n'oserait, Ormène, on n'oserait.

El d'ailleurs, continue-t-elle, qui aurait pu faire connaître notre amour'? — Le refus de Suréna d'épouser la princesse, répond Ormène, et le vôtre de dire le nom du rival de Pacorus.

Palmis arrive : elle annonce qu'à chaque porte on a placé des gardes, mesure qui semble annoncer un orage prêt à éclater. Eurydice n'y voit rien qui l'étonne, et Palmis, qui tremble pour son frère, reproche à la princesse cette fermeté trop voisine d,i l'indifférence. Eurydice blâme la sœur de Suréna d'avoir si peu de courage; celle-ci la supplie d'obéir aux deux rois. Mais Eurydice ne saurait ni épouser Pacorus ni voir Suréna uni à Mandane : d'ailleurs, elle repousse l'idée que l'on veuille attenter aux jours do son amant.

Pacorus entre; Palmis se retire à lavuedu parjure. — Eurulice demande au prince d'où vient que le roi la lait surveiller par ses gardes.

Madame, ainsi que vous, chacun a ses secrets,

répond-il Eiilin nous savons quel est ce rival dont

vous nous taisiez le nom; et comment s'y ijiéprcndre lorsque le moindre péril qui semblaii le menacer vous riMulait toute tremblante'? — Eh bien; quand vous l'aurez perdu,

!'ourrais-je après cela vous conserver ma foi, (domine si vous élicz cncor digne de moi ; liecevoir sans boi reur l'offre d'une couronne Toute funjanle encor du sang qui vous l.i donne; Et m'exposcr en proie aux fureurs des l^omains.

EXAMIiiX AXALYTlnlK.

Qu:inil pour les repousser vous n'auriez, point de mains? Si Cnssus est dérail, Uoiiic n'est pas détruite; D'autres oui rauiassé les ilébris de sa fuite; De nouveaux escadrons Icui- vont entier le cœur; - Et vous avez besoin encor de soji vaincpieur.

Elle se retire. — Suréiia entre aussilùt, et l'acorus lui reproche d'avoir par sou silence abusé de la conliance qu'il lui téinoigiiait, euliu de ne point accepter la main de Mandaiic.

suhkna.

Je le vois bien, seigneur, qu'on in'ainie, qu'on vous aime. Qu'on ne vous aime pas, qiie je n'aime pas même, Tout m'est compté pour crime; et je dois seul au roi Répondre de P.dmis, d'Enryilire et de moi.

Après quelques paroles conciliantes, Tacorus se laisse aller à la menace.

SUI\KNA.

Tout à l'heure, seigneur, vous me pariiez de grâce. Et déjà vous passez jusques à la menace ! La grricc est aux grands cœurs houleuse à recevoir; La menace n'a rien qui les puisse émouvoir. Tandis que hors des murs ma suite est dispersée, Oue I.i garde au dedans par Sillacc est placée, Que le peuple s'attend à me voir arrêter, Si quelqu'un en a l'ordre, il peut l'exécuter. Qu'on veuille mon épée ou qu'on veuille ma tète. Dites un mot, seigneur, et l'une et l'autre est prête ■ Je n'ai goutte de sang qui ne soit à mon roi; Et, si l'on m'ose perdre, il perdra plus que moi.

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