ÉLÉGIE
CÛSiroSÉE A L'OCCASION DE I.'lX-jCLTE FAITE PAR LA CARDE DD PAI'E, ES l'JC-2, AU DL-C DE cr.ÉtJll. AM'iASSAUElR DE FRASCE A ROME
Lorsque, sousle plus juste et le plus grand des princes. L'abondance et la paix régnent dans mes provinces, Rome, par quel destin tes Romains irrites Arrétenl-ils le cours de mes prospérités'? Après avoir gagné victoire sur victoire. Et porté ma valeur au comble de la gloire. Après avoir contraint, par mes illustres faits. Mes rivaux orgueilleux à recevoir la paix. J'espérais d'établir une sainte alliance, D'unir les intérêts de Rome et de la France, Et de porter bien loin, par mes rares exploits, La gloire de mes lis et celle de la croix; Mon monarque, chargé de lauriers et de palmes. Voyait tous ses États et ses provinces calmes. Et, disposant son bras à quelque saint emploi. Ne voulait plus combattre et vaincre que pour toi;
rOÉSIES DIVERSES.
Il l'offroil son pouvoir ot sa viileur oNdviiir : Mais lii viHix l'oliligiT ;i le vaiiicro loi-niL'iiic; l'^l, par un atlcnlat el làflie ri criniini'l, Tu fais de sfs faveurs un iiu'pris shIciiucI; On voit rt''t;ni'r le crime avec la vioicMicc Où doit régner la paix avecque le silence; On voil les assassins courir avec ardeur Jusqu'au palais sacré de mon ambassadeur, Porter de tous côtés leur fureur vagabonde, lit violer les droits les ])lus sacrés du nioiide. Je savais bien que lloiiie élevait dans son sein Des peuples adonnés au culte souverain.
Des béros dans la paix, de savants pcdilHiues, Expcits ;i démêler les atlaires publiques, A conseiller les rois, à régler les Etals : Jlais je ne savais pas que Homo eût des soldats. Lorsque Mars désolait nos campagnes ferliles. Tu maintenais tes champs et tes peuples tranquilles; Tout le monde, agité de tant de mouvements, Suivait le triste cours de ses dérèglements; Toi seule dans le port, à l'abri de l'orage, Tu vosais les éeueils où nous faisions naufrage; Des princes irrités modérant le courroux. Tu disposais le ciel à devenir plus doux; Et, sans prendre intérêt aux passions d'un autre, Tu gardais ton repos, et tu pensais au nôtre; Tu voyais à regret cent exploits inhumains. Et lu levais au ciel tes innocentes mains; [armes; Tu recourais aux vœux quand nous courions aux A'ous répandions du sang, tu répandais des larmes; Et, plaignant le malheur du reste des mortels. Tu soupirais pour eux au pied de tes autels, Tu deniiiiidais au ciel cette paix fortunée... — Et tu me la ravis, dès qu'il me l'a donnée! A peine ai-je fini mes glorieux travaux. Que tu veux n/engager à des combats nouveaux, licine de l'univers, arbitre de la terre, Tu me prêchais la paix au milieu de la guerre; J'ai suivi tes conseils et tes justes souhaits. Et lu me fais la guerre au milieu de la paix? Détruisant les erreurs et punissant les ciimes". J'ai soutenu l'honneur de tes saintes maximes; J'ai remis autrefois, en déjjit des tyrans, Dans leur trône sacré tes pontifes errants. Et, faisant triompher d'une égale vaillance Ou la France dans Home, ou Home dans la France, J'ai conservé tes droits et maintenu ta foi : Et tu prends aujourd'hui les armes contre moi ! Ouel iidérèl t'engage à devenir si fière'? Te resle-t-il encor quelque vertu guerrière? Crois-tu donc êtie encore au siècle des Césars, Où, parmi les fureurs de Bellone et de .Mars, Jalouse de la gloire et du pouvoir suprême. Tu foulais à tes pieds et sceptre et diadème? Dans ce fameux Etat où le ciel t'avait mis. Tu ne demandais plus que de grands ennemis; Et, portant ton orgueil sur la terre et sur l'onde. Tu bravais le destin des puissances du monde. Et tu luisais marcher, par tes injustes lois.
Un simple citoyen sur la tête des rois. Ton destin ne t'offrait que d'illustres conquêtes; Ta foudre ne tombait <iue sur de grandes têtes; Et tn munirais en pompe aux peuples étonnés Des souverains captifs el des rois ciicbatnés. [nomme. Mais, qmdques grands exploits que l'histoire re- Tu n'es plus celte lière et celle grande l'orne; Ton empire n'est plus ce qu'il fut autrefois, Et ce n'est plus un siècle à .se moquer des rois. On ne redoute plus l'orgueil du Capilolc, Oui fnt jadis si craint de l'un à l'autre pôle; Et les peuples, instruits de tes douces vertus. Adorent la grandeur, mais ne la craignent plus. Va dresser les autels jusqu'aux champs de lly/ance; (lue si le ciel t'inspire encor quelque vaillance. Anime tes Romains à quelque effort puissant. Et va planter ta croix où règne le croissant; Remplis les premiers rangs d'une sainte entreprise. Et voyons marcher Rome au secours de Venise ; Pour tes sacrés autels toi-même combattant. Commence ces exploits que tu nous prêches tant Ou laisse-moi jouir dans la paix où nous sommes D'un repos que je viens de procurer aux hommes. J'ai vu de tous côtés mes ennemis vaincus, Et je suis aujourd'hui ce qu'autrefois tu fus; Les lois de mon Etat sont aussi souveraines. Mes lis vont aussi loin que tes aigles romaines; Et, pour punir le crime ot l'orgueil des humains, Mes Français aujourd'hui valent les vieux Romains. L'invincible Louis, sous qui le monde tiemble, Ne vaul-il pas lui seul tous les héros ensendjie? La victoire, sous lui ne se lassant jamais, Lui fournil des sujets de vaincre dans la paix : Dans ce comble d'honneurs où lui seul peut atteindre. Tout désarmé qu'il est, il sait se faire craindre; Il dompte ses rivaux et sert ses alliés. Voil, même dans la paix, des rois humiliés. Il aurait su venger tant de lois violées. Et tu verrais déjà tes plaines désolées. Tu verrais et tes chefs et tes peuples soumis; Mais tu n'as pas pour lui d'assez graiuls ennemis; El, dans le mouvement de gloire qui le presse. Tu tiens ta sûreté de ta seule faiblesse. Que n'es-tu dans le temps où tes héros guerriers Eussent pu lui fournir des moissons de lauriers' Pour arrêter sur toi ses forces occupées. Où sont tes Scipions, tes Jules, tes Pompées? Tu le verrais courir au milieu des hasards, Affronter tes héros et vaincre tes Césars; Et, par une conduite aussi juste que brave. Affranchir de les fers tout l'univers esclave. Mais, puisque la fureur ne se peut contenir. Après tant de mépris, il faudra te punir ; La gloire des héros n'est jamais as^ez pure. Et le trône jaloux ne souffre point d'injure. Ke te flatte plus tant sur ton divin pouvoir; On peut mêler la force avecque le devoir : Des monarques pieux, des princes magnaiiin)cs. Ont révéré tes lois en punissant tes crimes;
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roi':siEs DivEiisus.
Ils ont eu le secret de partager leurs cœuis, D'être tes ennemis et tes aJorateurs, Do soutenir leur rang et sauver leur franchise lîn se vengeant do toi, et non p:is de l'I^'lise; Ils ont su réprimer ton orgueil oljstiné Sans clioquer le pouvoir que le ciel t'a donné, Et séparer enfin dans une juste guerre Les intérêts du ciel d'avec ceux do la terre. Sur l'exemple fameux de ces rois sans pareils. Inspire à mon héros ces fidèles conseils, rrince, dont la valeur et la sagesse est rare. Ménage ta couronne avecque la tiare; Donne aux siècles futurs un exenqile imniortol; (Jarde les droits du Irône et les droits de l'autel ; Ou'à ton ressentiment la piété s'unisse; Louis, fais grâce à lîome en te faisant justice; l'enso aux devoirs sacrés d'un monarque chrétien ; l'ais agir ton pouvoir, mais révère le sien : Kt, mêlant au courroux le respect et la crainte. Punis Rome l'injuste et conserve la sainte.