‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 680 sur 788 · ARIANE, NÉRI.NE · texte numérisé non relu

ARIANE, NÉRI.NE

KliniNE.

Le roi de ce refus eût eu lieu de se plaindre, Madame; vous devez un moment vous contraindre; Et, quoiqu'on l'écoutant vous ne puissiez douter Que c'est son amour seul qu'il vous faut écouter. Votre hymen, dont enfin Iheureux moment s'avance, Semble vous obliger à cette complaisance. 11 vous perd, et la plainte a de quoi soulager

ARIANE

Je sais qu'avec la roi j'ai tout à ménager; J'aurais tort de l'aigrir. L'asile qu'il nous prèle Contre la violence assure ma retraite.

D'ailleurs tant de respect accompagne ses vœux, Que souvent j'ai regret qu'il ne puisse être heureux. Mais, quand d'un premier feu l'âme tout occupée Ne trouve de douceur qu'aux traits qui l'ont frappée. C'est un sujet d'ennui qui ne peut s'exprimer, .Qu'un amant qu'on néglige et qui parle d'aimer. Pour m'en rendre la peine à souffrir plus aisée, Tandis que le roi vient, parle-moi de Thésée ; Peins-moi bien quel honneur je reçois de sa foi; Peins-moi bien tout l'amour dont il brûle pour moi; Olfres-en à mes yeux la plus sensible image.

KÉRiNE. [mage;

Je crois que dans son cœur vous avez tout l'hom- Mais, au point que de lui je vois vos sens charmés. C'est beaucoup s'il vous aime atitant que vous l'ai-

ARiANE. [niez,

Etpuis-je trop l'aimer quand, toutbrillant de gloire, .Mille fameux exploits l'offrent à ma mémoire? De cent monstres par lui l'univers dégagé Se voit d'un mauvais sang heureusement purgé. Combien, ainsi qu'Hercule, a-t-il pris de victimes! Combien vengé de morts! combien puni de crimes! Procuste et Cercyon, la terreur des humains. N'ont-ils pas succombé sous ses vaillantes mains? Ce li'est point le vanter que ce qu'on m'entend dire; Tout le monde le sait, tout le monde l'admire : Mais c'est peu; je voudrais que tout ce que je voi ■ S'en entretînt sans cesse, en parlât comme moi. J'aime Phèdre; tu sais combien elle m'est chère : Si quelque chose en elle a de quoi me déplaire.

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