‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 696 sur 788 · ACTE IV, SCe.M; III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCe.M; III

iMais, quoi qu'elle résolve après-la peiliilic Oui doit leiiir pour lui sa flaiume ivfroiJie, Ouflle accepte vos vœux ou refuse vos soins, la gloire vous oblige à ne l"aiiner pas nioinj. Vous lui pouvez toujours servir d'appui lidi'le. Et c'est ce que je viens vous demander pour elle : Si la Crète vous force à d injustes coniliats. Au courroux de .Minos ne l'abandonnez pas; Vous savez les périls où sa fuite l'expose.

(^:^Al;l•s.

Alil pour l'en garantir il n'est rien quf je n'ose, Madame : et vous verrez mon Irùni' trébucber Avant que je néglige un intérêt si cher. Pliil aux dieux que ce soin la tînt seule inquiète!

PHÈDRE

Voyez dans quels ennuis ce changement la jette : Son visage vous parle, et sa triste langueur Vous fait lire en ses jeux ce que souffre son cœur.

scèm: II

ŒN.VRl'S. AI'.LtMi, PHÈDRE, ^ÉnI^■E.

Œ.NARLS .

Madame, je ne sais si l'ennui qui vous touche Doit m'ouvrir pour vous plaindre ou me fermer la

[bouche .

Aprè%^lcs sentiments que j'ai fait voir pour vous, .le dois, quoi qui vous blesse, en partager les coups. Mais, si- j'ose assurer que, jusqu'au fond de l'âme, Je sens le changement qui trompe votn^ flamme. Que je le mets au rang des plus noirs attentais, Jlaime, il m'ôte un rivsri, vous ne me croirez pas : Il est certain pourtant, et le ciel qui m'écoute M'en sera le témoin si votre cœur en doute. Que si de tout mon sang je pouvais racheter Ce que...

AIIIAXE.

Cessez, seigneur, de ihe le protester.

S'il dépendait de vous de nie rendre Thésée,

La gloire y trouverait votre àme disposée;

Je le crois de ce cœur qui sut tout mimmoler .

Aussi veux-je avec vous ne rien dissimuler. J'airnai, seigneur; après mon infortune extrême.

Il me serait honteux de dire encor que j'aime.

(;e n'est pas que le cœur qu'un vrai mérite émeut

l!csse d'être sensible au moment qu'il le veut,.

Le mien fut à Thésée, et je len croyais digne : i Ses venus à mes yeux étaient d'un prix insigne; f Rien ne brillait en lui que de grand, de parfait;

11 feignait de m'aimer, je l'aimais en effet;

Et, comme d'une foi qui sert à me confondre.

Ce qu'il doit à ma flamme eut lieu de me répondre.

Malgré l'ingratitude ordinaire aux amants, [ments.

D'autres que moi peut-être auraient cru ses ser-

Je m'immolais entière à l'ardeur d'un pur zèle;

i'.ct effort valait bien qu'il fùl toujours lidèle.

Sa perlidie enfin n'a plus rien de secret,

11 la fait éclater, je la vois à regret.

C'est d'abord un ennui (|ui ningo, qui dévore. J'en ai déjà fouffert, j'en puis souffrir encore : .■(lais, quand à n'aimer plus un grand cœur se résout, Le vouloir, c'est assez pour en venir à bout, (luoi qu'un pareil triomphe ait de dur, de funeste. On s'arrache à soi-même, et le temps fait le reste.

Voilà l'élat, seigneur, où ma triste raison .\ mis enfin mon àme après sa trahison. Vous avez su tantôt, par un aveu sincère, IJue sans lui votre amour efit eu de quoi me ])laire; Et que nion cunir, touché du respect de vos feux. S'il ne m'eût pas aimée, eùl accepté vos vœux. Puisqu'il me rend à moi. je vous tiendrai parole; .Mais, après ce qu'il faut que ma gloire s'immole. Etouffant un amo'ur et si tendre et si doux, [vous. Je ne vous réponds pas d'en prendre autant jiour (;e sont des traits de feu que le temps seul imprime. J'ai pour voire vertu la plus parfaite estime'.' Et, pour èlre en élat de remplir votre espoir. Celle estime suffit à qui sait sou devoir.

CENARUS.

Ah! pour la mériter si le plus pur hommage...

ARIANE

Seigneur, dispensez-moi d'en ou'ir davantage. J'ai tous les sens encor de trouble embarrassés : Ma main dépend de vous, ce vous doit être assez; .Mais, pour vous la donner, j'avouerai ma faiblesse. J'ai besoin qu'un ingrat par son hymen m'en presse. Tant que je le verrai en pouvoir d'être à moi. Je prétendrais en vain disposer de ma foi : Un feu bien allumé ne s'éteint qu'avec peine. Le parjure Thésée a mérité ma haine; Mon cœur veut être à vous et ne peut mieux choisir : Mais s'il me voil, me parle, il peut s'en ressaisir. L'amour par le remords aisément se désamio : •■ Il ne faut quelquefois qu'un soupir, qu'une larme; Et, du plus fier courroux quoi qu'on se soil promis. Un ne tient pas longtemps contre un amant soumis. Ce sont vos intérêts. Que, sans m'en ^ ouloir croire, Thésée à ses désirs abandonne sa gloire : Dès que d'un autre objet je le verrai l'époux. Si vous m'aimez encor, seigneur, je suis à vous. .Mon cœur de votre hymen se fait un heur siipréfiie. Et c'est ce que je veux lui déclarer moi-même. Qu'on le fasse venir; allez, Nérine. Ainsi, lie mon cctur, de ma foi, n'ayez aucun souci : Après ce que j'ai dit vous en êtes le maître.

Œ.NARIS.

Ah! madame, par où puis-je assez reconnaître...

AlilA.NE.

Seigneur, un peu de trêve; en l'état où je suis. J'ai comblé votre espcir, c'est tout ce que je puis.

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