‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 697 sur 788 · ARIANE. PHÈDRE · texte numérisé non relu

ARIANE. PHÈDRE

PUtDRE.

Ce retour me surprend. Tantôt contre Thésée

AlUANE.

Du. plus ardent courroux vous étiez embrasée, Et déjà la raison a calmé ce transport?

ARIANE

Que ferais-je, ma sœur? c'est un arrêt du sort.

Thésée a résolu d'achever son parjure ;

Il veut me voir souffrir; je me tais et j'endure.

l'IlÈDRE.

Mais vous, répondez-vous d'oublier aisément Ce que sa passon eut pour vous de charmant? D'avoir à d'autres vœux un co?ur si peu contraire, (Jue...

Al;UMi.

Je n'ai rien promis que je ne veuille faire. Qu'il s'engage à l'hymen, j'épouserai le roi.

ruÈrii;E.

Quoi! par votre aveu même il donnera sa foi? Et, lorsque son amour a tant re<;u du votre, Vous le verrez sans peine entre les bras d'une autre '

AKIANE.

Entre les bras d'une autre ! Avant ce coup, ma sieur,

.l'aime, je suis trahie, on connaîtra mon cœur.

Tant de périls bravés, tant d'amour, tant de zèle,

.M'auront fait mériter les soins d'un infidèle!

A ma honte partout ma flamme aura fait bruit.

Et ma lâche rivale en cueillera le fruit!

.l'y donnerai bon ordre. 11, faut, pour la connaître.

Empêcher, s'il se peut, ma fureur de paraître :

.'\Ioins l'amour outragé fait voir d'emportement.

Plus, quand le coup approche, il frappe sûrement.

irest par là qu'affectant une douleur aisée

Je feins de consentir à l'hymen de Thésée;

A savoir son secret j'intéresse le roi.

Pour l'apprendre, ma sœur, travaillez avec moi;

Car je ne doute pas qu'une amitié sincère

Contre sa trahison n'arme votre colère,

Que vous ne ressentiez tout ce que sent mon cœur.

PHÈDRE

Madame, vous savea...

ARIANE

Je vous connais, ma sœur.

Aussi c'est seulement en vous ouvrant mon âme Que dans son désespoir je soulage ma flamme. Que de projets trahis! Sans cet indigne abus, .l'arrêtais votre hymen avec Pirithous; Et de mon amitié cette marque nouvelle Vous doit faire encor plus haïr mon infidèle. .Sur le bruit qu'aura fait son changement d'amour. Sachez adroitement ce qu'on dit à la cour; Voyez Eg\é, Mégisle, et parlez d'Ariane. Mais surtout prenez soin d'entretenir Cyane; C'est elle qui d'abord a frappé mon esprit. Vous savez que l'amour aisément se tiahit : Observez ses regards, son trouble, son silence.

PHÈDRE

J'y prends trop d'intérêt pour manquer de prudence. Dans l'ardeur de venger tant de droits violés. C'est donc cette rivale à qui vous en voulez?

W AHl.tNE.

Pour porter sur l'ingrat un coup vraiment terrible,

H faut frapper par là; c'est son endroit sensible.

Vous-même, jugez-en. Elle me fait trahir;

Par elle je perds tout : la puis-je assez ha'ir?

Puis-je assez consentir à tout ce que la rage

M'offre de plus sar:glant pour venger mon outrage?

Rien, après ce forfait, ne me doit retenir;

-Ma sœur, il est de ceux qu'on ne peut trop punir.

Si Thésée, oubliant une amour ordinaire. M'avait manqué de foi dans la cour de mon père. Quoi que pût le dépit en secret m'ordonncr, Cette infidélité serait à pardonner.

Ma^rivale, dirais-je, a pu. sans injustice. D'un cœur qui fut a moi chérir le sacrifice ; La douceur d'être aimée ayant touché le sien. Elle a dû préférer son intérêt au mien. Mais, étrangère ici, pour l'avoir osé croire. J'ai sacrifié tout, jusqu'au soin de ma gloire; Et, pour ce qu'a quitté ma trop crédule foi. Je n'avais que ce cœur que je croyais à moi. Je le perds, on me l'ôte : il n'est rien que n'essaye La fureur qui m'anime, afin qu'on me le paye. J'en mettrai haut le prix, c'esf à lui d'y penser.

PUÈDRE.

Ce revers est sensible, il faut le confesser;

Mais, quand vous connaîtrez celle qu'il vous préfère.

Pour venger votre amour que prétendez-vous faire?

ARIANE

L'aller trouver, la voir, et de ma propre maia- Lui mettre, lui plonger un poignard dans le sein. .Mais, pour mieux adoucir les peines que j'endure. Je veux porter le coup aux yeux de mon parjure, Et qu'en son cœur les miens pénètrent à loisir Ce qu'aura de mortel son affreux déplaisir. Alors ma passion trouvera de doux charmes A jouir de ses pleurs comme il fait de mes larmes; Alors il me dira si se voir lâchement Arracher ce qu'on aime est un léger tourment.

PUÈDRE.

Mais, sans l'autoriser à vous être infidèle, Cette rivale a pu le voir briller pour elle ; Elle a peine à ses vœux peut-être à consentir.

ARIANE

Point de pardon, ma sœur; il fallait m'avertir : Son silence fait voir qu'elle a part au parjure. Enfin il faut du sang pour laver mon injure. De Thésée, il est vrai, je puis percer le cœur; .Mais, si je m'y résous, vous n'avez plus de sœur. Vous aurez beau vouloir que mon bras se retienne; Tout perfide qu'il est, ma mort suivra la sienne; Et sur mon propre sang l'ardeur de nous unir .Me le fera venger aussitôt que punir.

Non, non; un sort trop doux suivrait sa perfidie Si mes ressentiments se bornaient à sa vie : Portons, portons plus loin l'ardeur de l'accabler. Et donnons, s'il se peut, aux ingrats à trembler. Vous figurez-vous bien son désespoir extrême. Quand, dégouttante encor du sang de ce qu'il aime Ma main, offerte au roi dans ce fatal instant, Diavera jusqu'au bout la douleur qui l'attend?

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