‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 727 sur 788 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

D. JUAN, CFIARI.OTTE, MATlIUniNE, SGANARELI.E.

MATnUIllNE.

Monsieu, qu'es' don qu'où faites là?

Es' qu'eu parlez d'amour à Charlotte?

D. JUA.N, à Mathuriiie.

Au contraire; C'est qu'elle m'aime; et moi, comme je suis sincère, Je lui dis que déjà vous possédez mon cœur.

CllAlILOTTE.

Qu'es" don que vous veut la Mathurine?

D. JUAN, à Cliarlolte.

Elle a peur (Jue je ne vous épouse; et je viens de lui dire (Jue je vous l'ai promis.

MATIIUI'.TNE.

(Juoi! Charlotte, es' pour rire?

D. JDAN, à 5lallilMine.

Tout ce que vous direz ne servira de rien? Elle me veut aimer.

CIHBLOTTE.

Mathurine, est-il bien D'empêcher que monsieu...

D. JlAN, "i Cliarlouc.

Vous voyez qu'elle enrage.

MATilURl.MÎ.

"h! je n'emiiôche rien, il m'a déjà...

D. JUAX, à riiarlollc.

Je gage.

•Ju'elle vous soutiendra (|u'elle a reeu ma foi.

CllAl; LOTIE.

■le n' pensais pas...

D. JUA.V, à Malliininc.

(Jageons qu'elle dira de moi Qui' j'aurai fait serment de la prendre pour femi:;c.

M.UnCRlNE.

Vous v'ncz un peu trop lard.

CUARLOITE.

Vous le dites.

HATIRRINE.

Tredaine!

Pourquoi me disputer?

CHARLOTTE

Pisqu' monsieu me veut bien.

WATnLlilXE.

C'est moi qu'i veut putôt.

ClIAr.LOITE.

Oh! pourtant j' n'en crois rien.

MATHURINE

I m'a vu la première, et m' l'a dit : qu'i réponde.

CIIARI.OTIE.

Si v's a vu la première, i m'a vu la seconde, El m' veut épouser.

MATHURINE

Bon!...

D. JDAN, à Malliurinc.

lié! que vous ai-je dit?

MATHURINE

C'est moi qu'il épous'ra. Voyez le bel esprit!

n. JUAN, à Clnrlotlc.

N'ai-je pas deviné? La folle! je l'admire.

CHARLOTTE

,^'i j' n'avons pas raison, le v'Ià qu'est pour le dire : I sait notre querelle.

MATHURINE

Oui, puisqa'i sait c' qu'en est, (Jn'i nous juge.

CHARLOTTE

Monsieu, jugé-nous, s'i vous plaît :

Laqueule est parmi nous...

MATHURINE

Gageons q' c'est moi qu'il aime.

\ou zallez voir.

CHARLOTTE

Tant mieux : vous allez voirvou-mèmc.

MATHURINE

Dites.

CHARLOTTE

Parlez.

D. JUAN

Comment! est-ce pour vous moquer? Quel besoin avez-vous de me faire expliquer?

ACTi; H, SrKM" V.

A l'une (le vous doux j'ai promis marioge; J'en ileirjcure iraceord : eu faut-il Javaiilage? i;t chacune de vous, dans un déliai si pruiiipt, i\o sait-i'lle pas liien coiiinic les choses vonl? (!elle à qui je nie suis engagé dnil [leu craiiiilre te que, pour l'étonner, l'autre s'olisline à feindre; I.'l tous CCS vains pro|)ûs ne sont (ju'à mépriser. Pourvu que je sois prêt toujours à l'épouser. Oui va de bonne foi hait les discours frivoles; J'ai promis dos effets, laissons là les paroles. C'est par eux que je songe à vous mettre d'accord ; Kt l'on saura bientôt qui de vous deux a tort. Puisqu'on me mariant je dois faire connaître Pour laquelle l'amour dans mon cœur a su naître.

{\ Malhurini'.)

Laisscz-la se flatter, je n'adore que vous.

lA Cliailolle.f

Ke la détrompez point, je serai votre époux.

(A Malliuriue.l

Il n'est cliarnies si vifs que n'effacent les vôtres.

(A Cliarloltc.)

Quand on a vu vos yeux, on n'en peut souffrir d'aulne affaire me presse et je cours l'achever; [très. Adieu : dans un moment je viens vous retrouver.

CIIAKI.OIIE.

C'est moi qui li plaît mieux, au moins.

SIATlRlllSE.

Pourtant je pense Çue je l'épouseron.

SGANARF.I.IE.

Je jilains votre innocence.

Pauvres jeunes brebis, qui pour trop croire un fou. Vous-mêmes vous jetez dans la gueule du loup I Croyez-moi toutes deux, ne soyez pas si promptes A vous laisser ainsi dujier par de beaux contes. »>ongez à vos oisons, c'est le plus assuré.

D. JUAN, iTVeii.Tnl.

U'où vient que Sganarellc est ici demeuré?

sûA^A^,Eli.c.

Mon maître n'est qu'un fourbe, et tout ce qu'il débite Fadaise; il ne promet que pour aller plus vite. Parlant de mariage, il cberclie à vous tromper. 11 en épouse autant qu'il en peut attraper,

(U aperçoil It. Juau qui 1 écoute )

Et... Cela n'est pas vrai : si l'on vient vous le dire, Répondez hardiment qu'on se plaît à médire : Que mon maître n'est fourbe en aucune action, Uu'il n'épouse jamais qu'à bonne intention, (Ju'il n'abuse personne, et que s'il dit qu'il aime.... Ah! tenez, le voilà; sacboz-le de lui-même.

D. JUAN, .'i Syanarclle.

Cui!

SCA.NAHtLLE.

Le monde est si plein, monsieur, de médisants. Que, comme on parle mal surtout des courtisans. Je leur faisais entendre à toutes deux, pour cause. Que, si quelqu'un de vous leur disait quelque chose, U fallait n'en rien croire; et que de suborneur...

D. JCAX.

Sganarolle!

.SGANARiaLE.

Oui, mon maître est un homme d'honneur, Je le garantis tel.

D. JUAN

Ilom!

SGANARELLE

Ce seront des botes.

Ceux qui tiendront do lui des discours malhonnêtes.

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